Numérique : le boom du blogging pour raconter le Tchad autrement

Numérique : le boom du blogging pour raconter le Tchad autrement

NUMERIQUE – Avec son célèbre concours, Mondoblog a retenu dix Tchadiens pour l’année 2020. Un phénomène qui montre l’envie des jeunes de diffuser des contenus plus positifs sur leur pays.

La cuvée 2020 des mondoblogueurs tchadiens est exceptionnelle ! Pas moins de dix blogueurs ont été retenus pour cette 7ème édition du concours de la maison RFI. Et classe ainsi le pays de Toumaï dans le top 3 des pays représentés. Outre ces champions de Mondoblog, d’autres passionnés du numérique s’intéressent au blogging et ont créé des journaux intimes en ligne.

Au pays de Toumaï, les premières heures du blogging arrivent avec les débuts d’internet dans les années 2000. Les premiers à se lancer étaient des étudiants majoritairement issus de la diaspora et des amoureux du journalisme comme Makaila Nguebla ou encore le défunt Mini Mini Medard (directeur de publication du journal RAFIGUI).

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Mais le blogging a connu de sombres moments qui ont freiné son émergence. Makaila Nguebla et Mini Mini Medard finiront par s’exiler sous la pression des autorités tchadiennes. N’oublions pas qu’à cette époque les blogs étaient désignés comme des sites d’information.


Il faut dire que les premiers blogueurs laissaient transparaître leur passion pour le journalisme. Ils étaient jeunes, fougueux et avaient la rage de contribuer à un réel changement positif dans leur pays”, explique Salim Azim Assani, co-fondateur de WenakLabs. Avant de poursuivre : “Il y a eu ensuite une vague de blogs et sites politico-militaires qui a monopolisé la blogosphère tchadienne rendant cela néfaste aux yeux du régime en place.”. Résultat, les blogueurs étaient perçus comme des rebelles et les plateformes censurées.

WenakLabs travaille pour la démystification

Dans les années 2010, débute une révolution dans le monde des TICs avec les initiatives tels que le WenakLabs. Avec des objectifs clairs sur la toile tchadienne presque encore vierge : création de contenus, élaboration de statistiques, analyses sur la société, contribuer à la documentation du Tchad sur le web… Ce laboratoire d’idées innovantes travaille à démystifier les nouvelles technologies notamment le blogging et créer une blogosphère saine et solide.


Le travail avec WenakLabs consistait à démystifier le numérique auprès de l’opinion et de porter un plaidoyer auprès du gouvernement afin qu’il reconnaisse le statut de blogueurs. Le blogging est un rempart vers le développement de l’économie numérique.

Salim Azim Assani, premier mondoblogueur tchadien.

Les efforts de ces fous du numériques payent. En 2018, la loi 31 consacre son chapitre IV à la presse en ligne et au blog. Ainsi, le texte dit : “On entend par blog le site internet qui offre à chacun la possibilité d’exprimer sont point de vue personnel sur un sujet particulier et à tous les lecteurs de réagir à celui-ci en formulant des commentaires.”

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Avec cet engouement, WenakLabs a organisé un BlogCamp dans le cadre du novembre numérique de 2019 pour rassurer les jeunes tchadiens : tout le monde peut être blogueur.

Beaucoup de jeunes ont un intérêt pour le blogging, mais beaucoup croient par exemple qu’il faut absolument avoir suivi une formation quelconque pour tenir un blog ; ou qu’il faut avoir un ordinateur avec une connexion internet qui coûte chère,” explique Annadjb Ramadane, formateur du BlogCamp et l’un des Tchadiens les plus suivis en ligne sur Mondoblog et Twitter.

“Raconter à leur manière le Tchad…”

Mahmoud Sabir est lui aussi blogueur. Il est passionné par la lecture, l’écriture et le journalisme. “Au début, je ne lisais avec passion que les autres. Au fil de temps, je me suis rendu compte que je pouvais aussi écrire et raconter des histoires. Je blogue depuis un an et demi“, indique la nouvelle recrue de Mondoblog.

Dans un pays où la liberté d’expression est strictement contrôlée, le blog offre un espace d’expression sans limite. Ajouté à cela la possibilité de créer des contenus innovants et créatifs.

Le blogging, qui est pour moi synonyme de liberté, est l’un des meilleurs moyens pour partager ses pensées sans filtre et atteindre un maximum de personnes sur internet. Beaucoup de nos jeunes se sont rendus compte de la nécessité de raconter à leur manière le Tchad, leur ville, leur quotidien… Ce sont des réalités dont on ne parle pas forcément dans les médias nationaux et internationaux.

Annadji Ramadane, blogeurs

Moins connu mais tout aussi couru par les jeunes tchadiens, le Blog4Dev portée par la Banque mondiale est également un succès au Tchad. Ainsi, Memadji Isabelle et Louange Madiyam ont été lauréats respectivement en 2019 et 2020.

Bien que le pas de la démystification est levé, le combat en ligne continue à en croire les internautes. Car en plus du fait d’inculquer une culture numérique aux Tchadiens et assurer le rayonnement du Tchad sur la toile, il faut rattraper le retard accusé dans un pays où le coût d’internet est l’un des plus chers au monde.

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