mardi 26 octobre 2021

Tchad : la traite, le nouveau cancer des jeunes

Ces dernières années, le trafic des personnes prend des proportions inquiétantes au Tchad. Plusieurs jeunes brisent désormais le silence et témoignent dans les médias, après s’être évadés. C’est de l’’’esclavage moderne’’, dit le sociologue Mbété Félix.  

Le 15 septembre, un jeune dénommé Bangoto Joël, a témoigné à l’antenne de la radio FM liberté. Il a déclaré avoir été vendu par un de ses parents pour garder les chameaux avant de s’évader. ’’Je suis de Béra. Mon oncle se trouve à Abéché. Il m’a demandé de le rejoindre pour un chantier de construction. Je suis venu à N’Djamena pour continuer à Abéché. Arrivé ici, il a plutôt appelé mon patron qui est venu me chercher à l’agence. On m’a conduit directement à Djouman derrière les chameaux. Après deux mois de travail, nous lui avons demandé de nous donner un peu d’argent pour envoyer au village à nos parents. Nous étions au nombre de trois. Il m’a dit que moi, il m’a déjà acheté avec mon oncle donc, il ne me doit rien’’, raconte-t-il.

Lire aussi : Tchad : L’association Tapi-Kep condamne la traite des personnes et les enlèvements contre rançon

Dans le même sens, Bedjimadji Valentin s’est ouvert à nous sur ce qu’il a vécu. Il a été trompé et vendu dans la zone d’orpaillage, à un groupe d’individus, près de la frontière tchado-libyenne. ’’Nous avons été soumis à des traitements dégradants. Trouver de l’eau était difficile pour nous. Nous payons un fût d’eau à 18 000 F CFA. Il n’y a pas autre chose à manger à part le gombo sec. Aucune personne d’entre nous ne s’est lavé durant le temps qu’on a mis là-bas.  Nous dormons sous des tentes que nous avons fabriquées à base de bâches’’. Le jeune a fini par fuir la zone pour regagner la capitale N’Djamena.

Les causes de la traite

Un phénomène qui, selon le sociologue Mbété Félix, s’explique par diverses raisons. ’’Il y a plusieurs explications. La première est une régression sociale. Un genre de chute sociale qui nous retombe dans la nuit noire de ce qu’on peut appeler la traite négrière. Il s’agit d’un esclavage moderne’’, indique-t-il.

Il évoque aussi une situation socio-économique difficile. ’’Depuis quelques années, avec la chute des cours du pétrole, plus rien ne marche. L’économie est à terre’’.

’’La famine, surtout la misère fait que cette fois-ci ce ne ce sont pas des négriers qui viennent prendre les gens par la force, mais c’est un genre de traite où il y a vendeur et acheteur. Il y a des parents qui vendent leurs enfants. C’est une misère sociale qui explique cela. Certains parents vendent les enfants à 100 dollars, l’équivalent de 50 000f CFA’’, déplore-t-il.

Les complicités

Dans les tractations qui aboutissent à la traite des personnes, le sociologue indexe la complicité des autorités traditionnelles.  ’’Il y a des situations de traite où il y a les autorités du village qui signent, les chefs de canton aussi. Est-ce qu’ils savent que c’est mauvais ce qu’ils font ? Je me demande si cela est lié à l’ignorance’’.

En 2010, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a publié un rapport relatif à la traite des personnes au Tchad. L’organisation a indiqué que la plupart des cas sont internes. ’’La traite en interne du pays comprend principalement le mouvement à partir de la région du sud vers le centre et l’Est du Tchad. Les personnes et surtout les enfants sont trafiqués du Mayo-Kebbi, du Moyen-Chari, des Logone occidental et oriental, de la Tandjilé vers N’Djamena ou vers Ouaddaï, Biltine à l’Est du pays’’. Le document mentionne que ’’le gouvernement tchadien est lent à répondre au besoin de prévenir la traite, protéger les victimes et à la poursuite des délits, à la condamnation et à la punition des contrevenants de la traite’’.

La convention    

Pourtant en juillet 2009, le Tchad a ratifié le protocole de Palerme, qui s’inscrit dans la convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, entré en vigueur en novembre 2000. Le protocole  vise à prémunir, réprimer et punir la traite des personnes en particulier des femmes et des enfants.  Le protocole définit la traite comme un crime contre l’humanité marqué par l’intention de tromper ou d’exploiter.

A lire aussi: Tchad : le témoignage d’un jeune, victime de la traite, qui a pu s’échapper de la zone d’orpaillage

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