Santé : la contraception, une pratique entrée dans les habitudes des Tchadiennes

Santé : la contraception, une pratique entrée dans les habitudes des Tchadiennes

ENQUÊTE – Des Tchadiennes recourent de plus en plus à la contraception. Tchadinfos a mené une enquête auprès du personnel de santé, des femmes et des hommes pour en savoir plus.

D’un air détendu et assuré, Achta Mahamout vient à peine de sortir de la salle de planning familial au service de la gynécologie de l’Hôpital de la mère et de l’enfant. Couverte d’un voile, d’une taille moyenne, toute fraîche comme une jeune mariée, la jeune femme tient un coton au muscle, l’endroit où elle s’est fait injecter. C’est pour la première fois qu’elle  utilise le dépo-proveras (contraceptif). Celui-ci est l’un des contraceptifs, injectable chaque 12 semaines, pour espacer les naissances.

La jeune mère, d’un enfant, fait déjà recours à la contraception. Pour elle, tout dépend de l’entente du couple et des moyens. « Les méthodes contraceptives nous permettent de faire un bon planning familial. Il ne suffit pas de faire beaucoup d’enfants. Il faut subvenir à leur besoin et leur éducation. C’est pourquoi on préfère limiter les accouchements » a mentionné Mme Achta Mahamout.

La méthode dépo-proveras (injectable) est la plus sollicitée par les femmes. Rien que pour ce mois de janvier 2019, plus de 100 femmes sont enregistrées, pour les contraceptions, selon le registre de l’hôpital de mère et enfant.

Espacer les naissances, éviter de tomber enceinte ou même arrêter d’accoucher, voilà les principales raisons pour lesquelles les femmes font recours à la contraception. L’avantage, enrayer les avortements, parfois risqués. Mais comme toute œuvre humaine, elle est dépourvue de fiabilité. Cette pratique expose les femmes à divers effets indésirables notamment, la prise de poids et des troubles de cycle menstruel. Tomber enceinte finit parfois par arriver, même étant sous contraceptif. Mme Hadjé Louise, ménagère,  partage son opinion : « j’ai conçu plusieurs fois avec la pilule. Et aujourd’hui je pense que mon organisme ne réagit plus à cette méthode. Je l’ai jugée inutile ».

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Pour ces cas, Dr Ndilbé Soumbatingar Steve gynécologue explique qu’ « il n’y a aucune contraception qui soit vraiment efficace à 100%.  C’est pourquoi il y a ce qu’on appelle les indices de Pearl qui évaluent l’efficacité des contraceptions. Il y a des méthodes qui ont des indices de Pearl élevé, moyen et aussi faible. Raison pour laquelle certaines femmes tombent enceinte, étant sous contraception. Généralement, elles ignorent certains détails ». « L’utilisation des contraceptifs va grandissant, au fil des années » ajoute-t-il.

Contraceptive_dépo-proveras/ph: am diaagency.com

Définie comme l’ensemble des méthodes qui consistent à entretenir des relations sexuelles sans avoir d’enfants, la contraception, qui autrefois était considérée comme tabou, est de plus en plus sollicitée par les femmes.

Du préservatif masculin à l’implant ou dépo-proveras ou encore Javelles, en passant par les injections, les pilules, le préservatif féminin et le stérilet, la prescription de ces méthodes se fait après consultation.

Généralement, les femmes qui utilisent les contraceptifs prennent du poids. Selon le gynécologue Dr Ndilbé Soumbatingar Steve, cela est dû aux hormones. « Les femmes y prennent goût et  ne contrôlent plus leur alimentation. Pourtant, il y a certains aliments qu’il faut éviter, tels que les graisses. Les femmes qui ont un début de cancer et ne le savent pas, une fois avoir pris les implants, peuvent automatiquement provoquer un cancer de sein plus développé..Il y a également celles qui ont la tension artérielle ou qui ont déjà pris d’âge ou du poids, à qui il n’est pas conseillé d’appliquer les méthodes contraceptives », relève-il.

Ce qui peut être l’ultime recours n’est pas toujours fiable. Cependant, quelques conséquences comme des saignements abondants, troubles du cycle menstruel, prise abondante du poids, absence des règles, à long terme avoir des difficultés à concevoir ne sont pas à écarter.

Les hommes ont cependant leur avis sur la question

La majorité des hommes sont contre ces méthodes de contraception. Chacun d’entre eux avance différentes raisons et même sens. Pour Roland Vincent, « Il est inadmissible qu’on ait rien et qu’on se permette de faire un enfant. Qu’on assume tout ce qu’on fait ». Quelques-uns avancent ces mêmes idées, « Dieu a dit, multipliez-vous et remplissez la terre, donc pourquoi contredire à cela » ajoute Mr Mbailao Yves. « Je suis contre ces méthodes. Elles ont des conséquences qu’on néglige. Si nous utilisons bien le préservatif, pourquoi faire encore recours aux pilules, implants et autres » joint un certain Mabiro. Pour Tidjani Barka, « selon les normes de l’islam, on ne doit pas utiliser les contraceptifs. Les utiliser, c’est empêcher la naissance d’un être humain et c’est comme un pêché ».

Parmi les hommes rencontrés, Fabien Manassé fait l’exception. Il trouve que la contraception est une opportunité à ne laisser passer. « Il arrive que certaines femmes comptent mal leur cycle menstruel, et faire recours à la contraception est une bonne chose. Ça permet non seulement à la femme mais aussi à l’homme de bien équilibrer ou espacer les naissances » dit-il.

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