dimanche 29 janvier 2023

Opinion : retour sur les 100 jours du gouvernement Kebzabo

Ce samedi 21 janvier 2023 marque le 100ème jour de Saleh Kebzabo au poste de Premier ministre. 10 décades qui n’auront servi qu’à confirmer que le natif de Léré n’est qu’un figurant dans ce dispositif transitoire. En plus du rôle secondaire qui lui est réservé, le mode de gestion des quelques dossiers que lui laisse le Président de transition est loin d’être exemplaire. Entre ses limites physiques, ses dédissions et sa gestion familiale des affaires, on se demande si Kebzabo est vraiment l’homme de la situation et s’il restera encore longtemps aux commandes du gouvernement.

L’analyste politique de l’université de N’Djaména, Gilbert Maoundunodji, présageait dès le 13 octobre dernier, date de nomination de Saleh Kebzabo à la tête du gouvernement de transition que « la tâche du nouveau premier ministre ne sera pas de tout repos ». A l’entendre, on pouvait croire qu’il avait lu dans une boule de cristal ces 100 premiers jours de Saleh Kebzabo à la tête de l’exécutif. Selon les aveux de certains de ses proches collaborateurs, il accumule bon nombre de failles et d’erreurs qui font grincer des dents et interrogent sur ses réelles capacités. Dédissions, limites physiques, déphasage avec l’administration, absence de ligne politique et favoritisme sont autant de griefs à l’encontre de la gestion du premier ministère par SK.

Dédissions

Que Saleh Kebzabo se dédisse sans cesse par rapport aux positions qui étaient les siennes lorsqu’il était dans l’opposition peut se comprendre. La realpolitik étant ce qu’elle est, il est obligé de se plier aux choix de la hiérarchie exécutive. Mais on aurait aimé voir plus de résistance de sa part, même si celle-ci n’aurait été que de façade. Plus d’aplombs, une sorte de baroude d’honneur pour entretenir une fierté fortement éprouvée. Où est donc passée la verve de l’homme de presse qui avait toujours le bon mot, la bonne formule pour envoyer dans les cordes les décideurs politiques d’antan ? Pour celui qui se posait en chantre de la liberté de réunion (un sujet parmi tant d’autres), il est bien silencieux sur les interdictions consécutives de manifestations.

Limites physiques

Officiellement, Saleh Kebzabo est né le 27 mars 1947. Soit 76 ans bientôt révolus. Loin de penser qu’une personne de cet âge ne peut être à la hauteur d’une fonction qui « n’est pas de tout repos », il y a des témoignages qui font état de limites physiques. « Le poids de l’âge et la charge de travail font que le PM est complétement largué » affirme une source travaillant au premier ministère ; qui constate que les parapheurs s’entassent sans être traités ou orientés. Au-delà des personnes qui travaillent dans les bureaux de l’ancien hôtel Chari, la presse et les observateurs de la vie politique tchadienne ont aperçu Saleh Kebzabo somnoler lors d’une session du Conseil national de transition.

Serait-il temps de céder, à l’instar d’une Jacinda Ardern qui ne se sentait plus la force de continuer ?

Déphasage

« On dirait que Saleh Kebzabo n’a jamais été ministre » s’étonne la même source. Pour elle, le PM « a perdu la main après plus de 20 ans de passage à vide ». Ministre presque sans discontinuité entre 1993 et 2000 (aux portefeuilles du Commerce, des Travaux publics (2 fois), des Affaires étrangères, des Mines/Énergie/Pétrole et enfin de l’Agriculture), il n’est pas dénué de sens de dire que l’homme ne sait plus comment fonctionne la machine administrative tchadienne des années 2020. Cette longue période loin des dossiers est un handicap dans le cadre d’une mission aussi funambulesque que celle de premier ministre de transition. Car il faut être au fait de ces modus-operandi qui n’existaient certainement pas à son époque, même ceux qui semblent être les plus insignifiants, afin de comprendre (et anticiper) les manœuvres et de lire dans les agissements des ministres et collaborateurs.

Ligne politique

Le gouvernement de Saleh Kebzabo a pour mission d’entamer l’application des recommandations du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS). Mais malheureusement, à vouloir jouer les Superman, il se perd en conjecture… Il veut, comme on a pu le constater le 3 novembre dernier lors de la présentation de sa politique générale, être sur tous les tableaux. En voulant faire du social, en voulant régler les problèmes d’électricité et dans le même temps piloter les différents comités ad hoc chargés du suivi de DNIS, tout en oubliant qu’il n’a que 24 mois. Résultat des comptes au bout d’un trimestre ? C’est le statu quo !

D’autre part, SK pâtie du fait que l’équipe gouvernementale en place ne lui est pas dévouée. Tout premier ministre qu’il est, il ne peut compter sur la solidarité d’une frange de fidèles afin (tout d’abord) de le tenir informer mais aussi (ensuite) de travailler pour ses intérêts. Aux antipodes de cela, l’impression que reflète cette équipe est que chacun fait cavalier seul et prêche pour sa propre chapelle auprès de Mahamat Idriss Déby. Certains pourraient même être tentés de manigancer contre lui.

« Rosine Soglo »

L’ombre de Jeanne Kebzabo plane sur le premier ministère. L’épouse du PM a, selon les indiscrétions des proches collaborateurs, un droit de regard sur toutes les décisions de son époux. « C’est une régente, comme l’était Rosine Soglo pour son époux, Nicéphore Soglo, président du Bénin (ndlr : de 1991 à 1996). ». Cette méthodologie de travail ‘’décentralisée’’ entraine forcément des dérives : gestion autarcique, favoritisme, jugements qui ne sont pas toujours fondés sur les réalités politiques, etc. Et cela crée sans surprise des déçus dans les rangs des compagnons de routes de l’UNDR (Union nationale pour le développement et le renouveau). Certains se sentent floués, voire trahis par cette omniprésence de « madame ». Jusqu’à quand seront-ils patients et accepteront d’avaler des couleuvres ?

Dans ce rôle de chef de gouvernement « Saleh Kebzabo est une pure déception » regrettent en guise de conclusion nos sources. Entre l’opposant qu’il était et l’homme de gouvernement qu’il est redevenu, un fossé s’est creusé. Au vu de toutes ces failles, de ces erreurs accumulées et de ce manque de soutien au sein de l’exécutif, la question est légitime de savoir si Kebzabo est l’homme de la situation et si son gouvernement tiendra jusqu’à la fin de la transition.

Chérif Adoudou Artine

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