Le tourisme tchadien peut-il profiter de la crise au Sahel ?

Longtemps délaissée et assez méconnue, la destination Tchad souhaite s’imposer dans le paysage touristique international. Si N’Djamena parvient à maintenir un niveau de sécurité élevé sur son territoire, le secteur pourrait surmonter les conséquences de la crise sécuritaire au Sahel.
Le kidnapping de sept touristes français, le 19 février, au nord du Cameroun, risque de gripper les projets touristiques du Tchad, qui, pourtant, espérait bien ne pas subir la crise au Sahel. Treize touristes français qui devaient s’envoler le 24 février avec 128 autres pour N’Djamena ont annulé leur départ, se conformant aux directives sécuritaires du Quai d’Orsay qui a placé le pays en zone rouge depuis l’intervention des forces tchadiennes au Mali, en janvier.
Il est aussi formellement déconseillé de se rendre en Mauritanie, au Niger et a fortiori au Mali, où les armées malienne, française et tchadienne sont engagées dans de violents combats avec les jihadistes. Le tour opérateur français Point Afrique, spécialiste de vols charters, ne dessert plus aucun pays de la région… excepté le Tchad, qui n’a pas connu pas de rapts d’étrangers sur son sol.
Le voyagiste français l’assure : le Tchad a retrouvé la paix et les forces de sécurité veillent au grain. Pas question donc de renoncer aux deux prochains vols prévus les 4 et 7 mars. Mi-février, outrepassant encore les mises en garde des autorités françaises, le tour opérateur avait envoyé pour la troisième fois une centaine de touristes à Faya-Largeau, au nord-est du territoire tchadien.
Si la situation sécuritaire ne se dégrade pas dans le pays, le phénomène des vases communicants pourrait tirer le tourisme vers le haut. Le Tchad n’a accueilli que 62 416 visiteurs entre 2006 et 2008, mais affiche l’ambition d’en recevoir 500 000 d’ici à 2020 et de faire du secteur le deuxième pourvoyeur de devises. Pour cela, évalue-t-on au ministère du Tourisme, il faut investir – tout de même – entre 637,5 et 1 275 milliards de Francs CFA (environ 1 à 2 milliards d’euros), augmenter le parc hôtelier et former 7 000 à 10 000 personnes.
Mariage de raison
Entre Point Afrique et le Tchad, c’est surtout un mariage de raison. Longtemps replié sur lui-même, le pays veut désormais s’ouvrir au monde, tandis que le spécialiste du vol charter, qui bat de l’aile depuis 2007 – année des premières actions contre des touristes en Mauritanie – souhaite relancer son activité. Entre 2007 et 2010, il a dû abandonner tour à tour Gao, Mopti, Tamanrasset, Djanet, Atar et Agadès, où il avait mis en place des liaisons depuis plus de 15 ans. Entre 2009 et 2011, la société a perdu 6,5 millions d’euros et n’emploie plus que 5 salariés contre 90 lors des années fastes.
Pour se tirer d’affaire, le voyagiste Point Afrique mise sur le massif de l’Ennedi.
Pour se tirer d’affaire, le voyagiste veut faire découvrir le massif de l’Ennedi. Au printemps 2012, alors au creux de la vague et malgré les mises en garde du Quai d’Orsay, il affrète trois vols vers Faya-Largeau. Ils sont 400 téméraires à tenter l’aventure, qui devrait être renouvelée en 2013 avec 800 personnes. « Le terrorisme et le fanatisme nous privent des destinations magnifiques comme le Niger, la Mauritanie ou le Mali. C’est une chance que le Tchad soit encore fréquentable », se réjouit Yves, un vieux baroudeur du Sahel, qui a fait partie de la première expédition.
Niche pour fortunés
En attendant, le Tchad reste une destination confidentielle et Point Afrique est le seul voyagiste à s’y intéresser. « Pour en faire une destination prisée, il faudra plus de dessertes », plaide Célérique Ribeaucourt, la directrice de l’agence Acabao. Mais il faudra aussi changer l’image du pays, écornée par des années de guerre. « La paix est revenue au Tchad [depuis juin 2010, NDLR], mais le pays continue à faire peur. Si la situation au Mali s’enlise, le Tchad risque d’en pâtir. Les touristes feront des amalgames même si les deux pays ne sont pas voisins », prévient Mustapha Hiane, le responsable Sahara chez Nomades Aventures.
Dernière difficulté, et non des moindres, le Tchad reste une destination qui n’est pas à la portée de tous. Les randonnées dans le désert demandent du temps. « Le Tchad ne se visite pas en une semaine. Il faut compter au moins deux à trois semaines et être prêt à débourser au moins 2 500 euros », commente Laurent Boiveau, guide touristique spécialiste du Tchad. La majorité des touristes qui se rendaient habituellement dans les autres pays sahéliens, où, pour moins de 1 000 euros, ils pouvaient s’offrir un tour dans le désert, ne pourront pas tous se payer la destination.
Désormais, les « petits budgets » – qui ont même délaissé le Maroc -, se rendent au sud de l’Espagne, au Portugal ou dans les pays de l’Est, explique Christine Coumet, chef de produit Afrique chez Labalaguere. Pour l’instant, un seul pays africain a vraiment bénéficié de ces reports : le Cap-Vert. Bonne réputation, stabilité politique, transport aérien développé, l’archipel où le tourisme représente 30% du PIB, figure en bonne place chez les tours opérateurs spécialisés sur l’Afrique. « Le côté naturel, exotique, la richesse culturelle » du petit archipel, témoigne Mustapha Hiane, a conquis beaucoup d’Occidentaux. Un exemple à suivre pour le Tchad ?
Source : Jeune Afrique

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