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Tchad : un déguerpissement sous haute sécurité au quartier Ndjari

Tchad : un déguerpissement sous haute sécurité au quartier Ndjari

SOCIÉTÉ – A Ndjari, dans le 8e arrondissement de la ville de N’Djamena, les habitants d’un site « réservé à l’Etat » ont été déguerpis manu militari ce mardi 14 janvier 2020.

Un important dispositif sécuritaire au quartier Ndjari dans le 8e arrondissement de N’Djamena ce mardi 14 janvier 2020. Camion à eau, des Toyota bourrés de policiers du commissariat du 8e arrondissement, des agents du Groupement mobile d’intervention de Police (GMIP). Ici, les autochtones du quartier Ndjari, sont ainsi déguerpis de là où ils habitent depuis la naissance du quartier.   

Sur l’axe qui quitte la station d’essence ECRB Oil  vers l’épicentre du quartier Ndjari, tout paraît encore normal. Mais au deuxième virage, sur la ruelle qui côtoie le grillage qui entoure la mosquée de Ndjari, l’on aperçoit un imposant dispositif sécuritaire déployé. Plus de cinq Toyota, contenant chacun environ une dizaine d’hommes armés. « Que se passe-t-il ? » telle est la question que les passants se posent. La réponse : un déguerpissement. « Un tel dispositif sécuritaire juste pour ça ? », s’interrogent les observateurs.

Ici à Ndjari, les habitants connaissent la pire journée de leur vie. Du moins pour les uns. Certains autochtones se précipitent pour enlever ce qui reste de leurs maisons avant que le camion à eau des GMIP ne passe pour tout casser. D’autres observent stupéfaits la scène qui se déroule. Pas droit à l’erreur.

Jeunes gens, personnes âgées, enfants et majoritairement femmes courent de part et d’autre ne sachant à quel saint se vouer. Mais la Police est là pour les recadrer. Contrainte ! Des tôles enlevées avec précipitation et déposées en pleine rue, des sacs d’habits jetés aux bords des caniveaux et accompagnés des morceaux de labours, c’est de la « panique au village ». Même pour filmer, il est clairement interdit.

A l’origine du déguerpissement

Les habitants de la section 3, ilot 16 de Darassalam, dans le 8ème arrondissement de N’Djaména, vivait dans la crainte d’être brutalisés, au début de cette semaine, par des policiers, qui leur ont annoncé cela le jeudi dernier, après leur avoir fait passer une mauvaise journée.

Tôt le matin du jeudi 19 décembre 2019, des éléments des unités d’élite de la Police nationale dont le Groupement Mobile d’Intervention de Police (GMIP) et de l’Unité Spéciale d’Intervention de Police (USIP), bien armés et encagoulés, et autres, investissent, à bord d’une dizaine de véhicules, cette partie du quartier Darassalam, « à la convoitise de diverses personnalités » depuis quelques années.

La « relance d’implantation de bornes »

Sous les regards impuissants des habitants de cet ilot 16 de la section 3 de Darassalam, démunis pour la plupart, des agents du ministère de l’Aménagement du Territoire, du Développement de l’Habitat et de l’Urbanisme, surveillés par les éléments des unités d’élite de la police, posent des bornes, à l’aide de leurs équipements.

L’arsenal policier envahit les lieux pour ce « bornage », alors que les habitants attendaient plutôt une mise en œuvre de leur dernière requête pour la « relance d’implantation de bornes », introduite auprès du délégué général du Gouvernement auprès de la Commune de N’Djaména. Même s’ils sont, constamment, menacés par des policiers armés pour arracher leurs parcelles, les habitants de cet ancien village de Darassalam n’en ont jamais accueilli à ce nombre, selon eux.

Assis sur des nattes ou à même le sol, par petits groupes, les habitants, en particulier vieilles et vieux, de l’ilot 16 de la section 3 de Darassalam, plongent, ce jour, dans de longs silences, entrecoupés par des mouvements de l’impressionnant dispositif policier. « Ils veulent nous arracher nos terres. Mais, ils oublient que nous finirons tous dans la terre ! », souffle un habitant.

Le délégué général du Gouvernement auprès de la Commune de N’Djaména, Djibert Younouss, rencontré à cet effet, confirme avoir visé un ordre de mission autorisant des agents du ministère de l’Aménagement du Territoire, du Développement de l’Habitat et de l’Urbanisme de procéder au bornage de la section 3, ilot 16, au quartier Darassalam. Il soutient mordicus qu’il s’agit d’une « réserve de l’Etat que ces gens sont venus occuper » et qui viendrait d’être attribué à la Police nationale.

Le noyau d’ancien village, « Koudou »

« Aujourd’hui, la Police nationale a reçu des financements pour construire un commissariat. Après le bornage, nous allons recenser les occupants, et nous prendrons des dispositions pour les délocaliser sur un autre site. Ce sont des familles démunies, donc nous ne pouvons pas les laisser dans cette situation. Nous avons demandé, à cet effet, à l’administrateur délégué auprès de la Commune du 8ème Arrondissement de procéder au recensement de ces personnes », déclare M. Djibert Younouss.

Les habitants, eux, réitèrent que leur ilot n’est pas une réserve, mais, plutôt, un noyau d’ancien village, « Koudou », juste non morcelé jusqu’à ce que son entrée dans le périmètre urbain le fasse séparer par une rue, avec une autre partie, actuellement reconstruite.

La construction du commissariat

Des documents à l’appui, les habitants de la section 3, ilot 16, décrivent que le site devant servir à la construction du commissariat de sécurité est plutôt la section 2, ilot 51 bis de N’Djari Kawass, et non Darassalam, surtout pas l’ilot 16 de la section 3. Effectivement, dans les différentes correspondances échangées entre la direction générale de la Police nationale et les services de la municipalité pour l’identification des réserves devant abriter le commissariat de sécurité publique, il n’a jamais été fait mention de la section 3, ilot 16 de Darassalam. Avant le bornage particulier, « sous haute sécurité », du jeudi dernier. Ce lopin de terre a déjà fait couler assez d’encre et de salive sans que les autorités n’aient jamais arrêté cette manœuvre.

Tantôt réserve administrative, tantôt une attribution à la Police nationale ou à un complexe scolaire privé, etc., les habitants rapportent avoir vécu « toutes sortes de pression » et vu « de faux documents de tous genres, y compris de faux plans ».

Le dernier faux attributaire de cette section, avant ce fameux plan, destiné, selon les habitants, à justifier que « c’est une réserve de l’Etat attribuée à la Police nationale », est le Complexe Dar Toumaï, un établissement scolaire privé, sous le couvert d’une demande inexistante du ministère de l’Education nationale (elle est même juste citée sans être référencée et n’a même pas de trace au ministère).

La CATZU n’a pas siégé depuis 2017

D’ailleurs, expliquent-ils, l’attribution d’un terrain s’effectue dans une commission appelée CATZU (Commission d’Attribution de Terrain en Zone Urbaine), qui regroupe toutes les structures en son sein. Or, des sources proches du ministère de l’Aménagement du Territoire confient que, depuis 2017, la CATZU n’a pas siégé pour statuer sur des attributions.

Certains occupants rencontrés sur place tranchent que, ces nombreuses « fausses attributions » ne visent qu’à leur arracher leurs terrains. Dans leur requête adressée au délégué général du Gouvernement auprès de la Commune de N’Djaména, enregistrée à son cabinet le 29 novembre 2019, ces habitants rappelaient que « leurs ennuis dus à la convoitise continue de leurs terrains se sont intensifiés après la confusion dans la casse d’il y a une décennie de leurs habitations d’anciens villages non morcelés avec celles prévues dans les plans cadastraux comme réserves de l’Etat ».

Empêcher de reconstruire

Ils disent avoir été empêchés de reconstruire sur la grande partie de leur place alors que ceux dont les maisons ont été démolies avec eux les ont reconstruites depuis. Depuis la descente musclée de policiers du jeudi dernier, rapportent-ils, beaucoup de leurs enfants font des cauchemars, à cause de la présence d’agents surarmés et encagoulés. Sinon, auparavant, ils sont habitués que, chaque fois qu’il y a des sorties de policiers pour disperser des manifestants quelque part, l’on semble détourner cette mission pour venir les menacer d’arracher leurs terres.

Avec le journal Le Progrès

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