Le Tchad au secours de la Centrafrique : le Sommet de N’Djaména ou l’amorce d’une sortie de crise en RCA

Du 9 au 10 janvier 2014, s’est tenue à N’Djaména une Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), sous l’égide du Chef de l’Etat tchadien, Président en exercice de ladite Institution.

Cette réunion à haut niveau qui avait pour but de définir des voies et moyens permettant de sortir la RCA de l’impasse s’est notamment conclue par la démission du chef de la transition centrafricaine, Michel Djotodia. Un départ survenu certes dans des circonstances particulières, mais qui était néanmoins nécessaire et salvateur.

La réactivité et l’autorité dont a fait preuve le Président tchadien, en organisant en un temps record la réunion, ont sans doute permis d’éviter le pire. Au-delà de renforcer l’espoir d’une prochaine sortie de crise en RCA, le sommet de N’Djaména rassure quant à la capacité dorénavant réelle des Etats africains à endiguer les maux qui menacent la stabilité du Continent.

Un triste constat s’impose cependant au regard de la situation actuelle de la Centrafrique : le « Rwanda » ne semble pas avoir servi de leçon ; car l’intolérance ethnico-religieuse a fait, encore une fois, saigner l’Afrique.

Certains médias et commentateurs réduisent ces évènements à une équation simple basée sur une opposition entre d’une part la Séléka, force ayant porté Djotodia au pouvoir, et assimilée (à tort ou raison) à toute la communauté musulmane de la RCA du fait de l’appartenance religieuse de ce dernier. Et d’autre part, les Anti-balakas, milices constituées par les contestataires du dorénavant ex-Président de la transition centrafricaine, essentiellement chrétiens.

De telles simplifications de situations complexes et compliquées ne sont pas sans danger, car pour régler durablement une crise, chacun doit être mis face à ses responsabilités. La « tchadophobie » ou tout simplement la xénophobie en Centrafrique est un facteur antérieur à l’accession au pouvoir de Michel Djotodia et a parfois des motivations irrationnelles. Nous avons eu en RCA un « cocktail Molotov » fait certes d’intolérance ethnico-religieuse, mais également en grande partie d’opportunismes socio-économiques en tous genres.

Car remarquons que les Peuls Mbororo, essentiellement nomades éleveurs, ont été maltraités par les fermiers moins pour leur appartenance religieuse que pour une simple histoire de zones de pâturages, quand bien même que les premiers sont majoritairement musulmans et les seconds, chrétiens.

De plus, certaines autorités tchadiennes assignées en RCA par le passé ont déjà relevé la tension existant entre locaux et Tchadiens et avaient même, en leur temps, tiré la sonnette d’alarme en mettant en garde le Gouvernement de notre pays contre « un massacre programmé des Tchadiens en RCA dans les mois ou années à venir ».

Nos compatriotes, gagnant leur vie à la sueur de leur front, sont souvent accusés de piller via leurs activités économiques florissantes en terre centrafricaine, les richesses de ce pays. Depuis l’exacerbation de la crise ces dernières semaines, près de 10 000 tchadiens de la RCA craignant pour leur vie, ont du regagner le territoire national. Il y a parmi eux une multitude de femmes et d’enfants parfois grièvement blessés. Cela est abject et déplorable.

Ceci étant, nous devons tous garder à l’esprit les enseignements du respecté Mandela qui n’a eu cesse de répéter la nécessité de pardonner l’offense pour aboutir à la réconciliation, vitale pour la stabilité et donc la bonne marche d’un pays, et celle d’un Continent.
La communauté centrafricaine vivant dans notre pays n’a d’aucune manière été inquiétée, et nous devons cela au recul de nos dirigeants qui ont toujours cherché à apaiser les esprits. Leur sens des responsabilités et du discernement, et la hauteur de vue dont ont fait preuve les Tchadiens sont à saluer et doivent continuer.

Le Sommet de N’Djaména donne 15 jours au Président du Conseil National de Transition en RCA, Alexandre Ferdinand Nguendet, pour désigner un nouveau Chef de la transition centrafricaine.

Le futur Président et son Gouvernement devront avant tout relever le défi de l’instauration ou la restauration d’un Etat de droit garantissant à tous ceux qui vivent sur le territoire centrafricain, la sécurité de leurs personnes et de leurs biens. Sans cela, aucune transition et aucun redressement de la RCA ne sera viable.

VIVE L’AFRIQUE DE LA SOLIDARITE ET DES ACTES FORTS !

Yousra et Bouchra Abderahim N’DIAYE

(Article paru en janvier 2014 dans l’hebdomadaire tchadien « Horizons Nouveaux »).

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