Tchad : le secteur des télécoms connaît une faible croissance

N’DJAMENA, 13 novembre (Xinhua) — Le secteur de la téléphonie mobile au Tchad, libéralisée depuis une quinzaine d’années, poursuit son expansion, mais de manière timide. Les goulots d’étranglement et les défis persistent, selon le dernier rapport annuel de l’Observatoire du marché des télécommunications, publié il y a une semaine.

D’année en année, le secteur des télécommunications au Tchad connaît une évolution positive, bien que parfois faible. Entre 2013 et 2014, le nombre d’abonnés du secteur a augmenté de 89,3% en passant de 2,8 millions à 5,3 millions, tandis que le chiffre d’affaires du secteur est passé de 112,5 milliards à 178 milliards F CFA, soit une progression de 58,2%.

“Avec ce chiffre d’affaires et un taux de pénétration globale de 40,4%, ce secteur tend à être l’un des moteurs de la croissance au Tchad”, affirme Idriss Saleh Bachar, directeur général de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP).

En 2014, comme les années précédentes, le marché de la téléphonie reste dominé par le prepraid qui génère la quasi-totalité de son chiffre d’affaires.

Il est partagé entre trois opérateurs de téléphonie mobile (Tigo, Airtel et Salam), un opérateur historique du fixé associé à une technologie CDMA (Salam) et trois fournisseurs d’accès à l’internet. Deux autres fournisseurs d’accès à l’internet ont fait leur entrée sur le marché, mais ne sont pas encore opérationnels.

L’opérateur Millicom Tigo domine le secteur avec plus de 55% des parts du marché, soit près de 3 millions d’abonnés, selon le rapport annuel 2014 de l’ARCEP. La filiale locale du groupe indien Bharti Airtel voit ses parts baisser de 45,9% en 2013 à un peu plus de 43% en fin décembre, avec environ 2,3 millions de clients. Le groupe Sotel Tchad et l’ensemble des fournisseurs d’accès à Internet se contentent de moins de 6%.

Depuis 2013, Tigo connaît une croissance à deux chiffres de son parc d’abonnés, alors que Airtel peine à dépasser les 8%. Cette augmentation remarquable du nombre d’abonnés chez Tigo serait en parti due à sa qualité de service qui serait un peu meilleure que celle des autres opérateurs dans plusieurs endroits du pays.

En termes d’emplois, le secteur des télécoms au Tchad a été également moins attractif en 2014, comparativement à l’année précédente. En effet, après avoir atteint 1.207 en 2013, le nombre d’emplois directs a chuté de 7,5% pour atteindre 1.117. En 2014, le groupe public Sotel reste le plus gros pourvoyeur d’emplois directs du secteur avec une proportion de 48,2; Tigo vient en deuxième position avec 27,8%.

“La baisse du nombre d’emploi pourrait dégrader davantage la qualité de service chez les opérateurs de téléphonie”, déclare Kobobé Onsou, directeur de la Veille technologique, des Etudes et des Projets à l’ARCEP. Depuis 2012, cet ingénieur statisticien économiste est chargé de l’Observatoire du marché des communications électroniques et des questions statistiques.

Au Tchad, comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les tarifs d’interconnexion sont restés inchangés depuis plusieurs années mais ceux du Tchad restent deux fois ou trois fois plus élevés que ceux de beaucoup de pays.

“Sur la base d’une étude plus poussée déterminant les niveaux de coût de revient de chaque opérateur, l’ARCEP doit encadrer la réduction des tarifs d’interconnexion en fixant le tarif minimum et maximum. Si rien n’est fait dans ce sens, l’intensification de la communication intra-réseau reste à venir”, précise M. Kobobé Onsou.

Des efforts considérables ont été constatés en matière d’accès Internet au Tchad. Pour faciliter l’exploitation de leurs réseaux 3G et 4G, les opérateurs de téléphonie mobile proposent une gamme de terminaux adaptés, mais à des prix relativement plus élevés que dans certains pays.

Les tarifs de connexion Internet ont relativement chuté chez Airtel et Tigo mais restent très élevés, comparés à un pays comme le Niger où on peut avoir 2,5 Go à 10.000 FCFA contre 1 Go à 10.000 au Tchad.

“Pour parler effectivement de la 3G et 4G au Tchad, les opérateurs doivent augmenter leur débit en conséquence afin d’avoir au moins 256 Kb/s par utilisateur. Les autorités doivent également réviser les arrêtés et décret fixant les montants des redevances sur les radiocommunications afin que les particuliers et les cybercafés aient accès au haut débit à moindre coût”, insiste directeur de la Veille technologique, des Etudes et des Projets à l’ARCEP.

Les travaux de pose de la fibre optique devant relier N’Djaména, la capitale, au Soudan voisin ont commencé en 2014 et couvrira une distance de 1.482 km. En 2014, le gouvernement tchadien a attribué les licences 3G/4G aux opérateurs de téléphonie mobile Airtel et Tigo.

“L’octroi de ces licences est une étape importante vers le développement des infrastructures de télécommunications et l’accès à l’internet haut débit”, indique M. Kobobé Onsou.

Cependant, beaucoup de défis restent à relever, déplore le directeur de la Veille technologique, des Etudes et des Projets à l’ARCEP: l’opérateur historique public Sotel et les fournisseurs d’accès à l’internet peinent à déployer leurs réseaux sur l’étendue du territoire national; les prix des terminaux, notamment pour l’accès à l’internet haut débit, sont élevés; le problème d’électricité est omniprésent, la plupart des antennes fonctionnent 24h sur 24 avec des groupes électrogènes; la bande passante des opérateurs ne permet pas d’offrir le haut débit (au moins 256 kb/s à chaque utilisateur); l’interconnexion reste coûteuse; beaucoup de textes pèsent sur le secteur; etc.

Depuis quelques mois, le groupe Bharti Airtel est en négociation avec le français Orange pour la cession de sa filiale tchadienne et de trois autres en Afrique subsaharienne (Burkina Faso, Congo-Brazzaville et Sierra Leone).

Si la licence accordée à Celtel au début des années 2000, va vraisemblablement changer de main pour la troisième fois (après Zain et Airtel), Sotel est englué dans une longue crise.

Le personnel du groupe public multiplie, ces dernières semaines, des grèves perlées de trois jours pour revendiquer la signature d’une convention d’entreprise harmonisée, le paiement du 13ème mois de salaire de 2014, le retour de la gestion de la passerelle internationale à la société, ainsi que la clarification de la convention de partenariat technique et financier signé le 8 juin 2015 par les autorités de tutelle avec un groupe étranger.

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