Tchad : le Maréchalat de Déby « inscrit le Tchad dans sa tradition militaire », Dr Sali Bakari

Tchad : le Maréchalat de Déby « inscrit le Tchad dans sa tradition militaire », Dr Sali Bakari

INTERVIEW – Le pays de Toumaï a célébré la fête de son d’indépendance le 11 août dernier. 60 ans après, le Tchad demeure toujours attaché à sa tradition militaire. Son président de la République vient d’être élevé à la plus haute distinction militaire. Nous avons fait le tour de la question avec l’historien, Dr Sali Bakari.

Enseignant-chercheur au département d’histoire de l’Ecole Normale Supérieure de N’Djamena (ENS), Dr Sali Bakari est spécialiste des questions de conflits, paix et sécurité.

De l’antiquité à nos jours, qu’est-ce que l’histoire retient par rapport à l’apport de l’armée dans le développement de la cité ?

L’armée a été toujours le moteur de la construction des cités et donc des Etats. Si on prend l’histoire de l’humanité d’une manière générale, dans toutes les civilisations, que ce soit la civilisation gréco-romaine, civilisation indo-pakistanaise, les civilisations qui se sont développées en Amérique latine autour de l’Amazonie, que ce soit les différentes civilisations développées en Afrique autour du Bassin du Lac-Tchad (Kanem Bornou ; Ouaddaï ; Baguirmi) au fleuve Niger et un peu partout, les armées ont joué un rôle dans le processus de création des Royaumes et après dans les défenses de ces royaumes. C’est l’armée qui devait défendre les sites stratégiques de l’expansion territoriale et défendre les royaumes contre les invasions.  

Au XXIème siècle, est ce que l’armée en plus de son rôle de défendre ne peut avoir d’autres attributs ?

En principe l’armée en plus de son rôle de défendre l’intégrité du territoire physique, de la sécurisation des biens et des personnes, peut avoir également d’autres attributs. Prenons par exemple le cas de l’histoire africaine que nous connaissons mieux. A partir des années 90, s’est posée la question de la place de l’armée dans le processus des constructions des Etats notamment quelle devrait être la ‘’place de l’armée par rapport au développement économique et social et par rapport à la démocratie ’’. Alors, là les armées ont joué un grand rôle dans beaucoup de pays. En plus de ça, au-delà de la fonction militaire, l’armée est également un instrument de développement puisque qu’on peut trouver dans l’armée différents segments qui peuvent s’occuper des questions de développement : vous avez les génies militaires, les génies civiles…

Le Tchad, 60 ans après l’indépendance continue toujours d’avoir un attachement particulier à l’armée au point de fournir des militaires dans des champs d’opérations en dehors de son territoire. Qu’est ce qui explique cela ?

L’attachement du Tchad à l’armée s’explique par l’histoire de ce pays. Le Tchad est un pays qui a une forte tradition interventionniste qui remonte à la première guerre mondiale. Même si beaucoup de spécialistes occultent cet aspect, il y a déjà quelques éléments tchadiens qui ont été envoyés pour participer à la première guerre mondiale et après, la participation à la seconde guerre mondiale. En plus de ces deux guerres qui se sont déroulées hors de nos frontières, n’oubliez pas que 6 ans après les indépendances, la première rébellion sera créée et cette rébellion va jouer un rôle important dans la dynamique politique du pays. Ce qui fait que l’armée devient un instrument de conquête de pouvoir mais aussi un moyen de sa préservation. Aussi, le Tchad ayant connu des guerres, l’armée constitue un dispositif important de révolution politique du pays.

Le président de la République a été élevé au titre du maréchal du Tchad, une plus haute distinction militaire. Qu’est qu’on peut attendre de lui ?

D’abord, je dirais que la distinction est la consécration pour le président de la République et en même temps, elle inscrit le Tchad dans sa tradition militaire. C’est-à-dire un pays qui est influencé par l’armée et cela démontre aujourd’hui avec la consécration qui a été effectuée le 11 août que nous avons atteint le point culminant.

Maintenant à la question qu’est ce qu’on peut attendre de lui, n’oubliez pas qu’aujourd’hui on est plus dans des guerres conventionnelles mais la guerre n’est pas finie. On est dans une région du Bassin du Lac-Tchad qui est fortement impactée par les actions de Boko Haram et je crois que cette consécration du Chef de l’Etat peut aider le Tchad à faire face aux nouvelles formes de menaces qui constituent le terrorisme international.

Cette élévation est un signe fort pour les terroristes ?

C’est un signe fort pour les terroristes. Au-delà du fait que ça soit une consécration personnelle pour le président de la République, cela démontre la place qu’occupe l’armée au sein de l’Etat d’une part et d’autre part, la trajectoire tumultueuse que le Tchad a connue. Donc c’est un pays qui a une armée qui dispose d’une capacité opérationnelle qui s’explique par la présence des forces armées tchadiennes un peu partout en Afrique au nom des valeurs pour défendre des idéaux universels. C’est vraiment un signe fort comme vous le dites.

Le Tchad compte toujours sur son armée pour combattre le terrorisme. Est-ce une solution durable ?

Il y a différentes approches quant au combat contre le terrorisme. Il y a l’approche militariste et urgentiste qui consiste à déployer des forces armées sur le terrain pour faire face à la menace réelle mais l’option militaire seule ne peut résoudre le problème contre le terrorisme. Il faut donc accompagner à l’action militaire d’autres actions : des efforts sur le plan du développement ; la création des infrastructures éducatives, sanitaires…tout ceux-ci sont des moyens sur lesquels l’Etat tchadien peut compter pour davantage faire mieux.

Interview réalisée par Al-mardi Charfadine

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