Tchad : la forte pluviométrie dans le sud a-t-elle eu raison des agriculteurs ?

AGRICULTURE – La forte pluviométrie au Tchad vers la fin du mois d’octobre est source d’inquiétude dans le milieu agricole. Des champs détruits, des récoltes pourries et des activités génératrices de revenus mises aux arrêts.

La situation est alarmante. Juste un tour dans quelques villages de la province du Logone occidental pour vivre la réalité.

La pluie l’a fait comme le dirait vulgairement “à l’envers” aux agriculteurs. La persistance de la pluie en cette fin du mois d’octobre pénalise les cultivateurs, surtout ceux d’arachide qui voient les fuits de leurs sémences pourrir dans les magasins. L’on dit ici, “pluie matin, pluie midi et pluie le soir, c’est la danse de la pluie”. Une situation qui doit alerter les autorités en charge de l’agriculture.”Que Dieu nous pardonne mais nous en avons assez de cette pluie qui détruit plus que nous aide “, c’est la nouvelle chanson des agriculteurs du Logone occidental, à l’instar de ceux qui se trouvent dans la zone méridionale.

Sous un ciel menaçant depuis le lever du jour et les grondements du ciel quasiment noir, les Logonais vaguent normalement à leurs occupations dans la capitale de la province, Moundou. Ici, la pluie “n’empêche pas aux maïs de pousser”. Mais est-il le même constat dans les zones rurales ? Le constat est tout à fait le contraire dans les villages environnant la cité

Un chemin vers les villages de Besseye 1 et de Mbalakabra, l’un à 52 kilomètres de Moundou et l’autre à 30 kilomètres, nous fait découvrir la ” tragique réalité des cultivateurs “. Les plus touchés par ce changement brusque de la météo au Tchad sont les cultivateurs d’arachide. En effet, généralement au Tchad, la récolte des arachides intervient au mois d’août, au plus tôt et octobre, septembre au plus tard novembre. Mais où en sommes-nous cette année ?

Il est impossible que le soleil sorte pour nous permettre d’étaler les récoltes. On est face à un dilemne

Konadji Ndoro, cultivateur résident à Besseye 1

A Besseye 1, à 52 kilomètres de Moundou, Konadji Ndoro, cultivateur depuis plus de 40 ans déjà, présente la situation de sa saison de labour. “ J’ai récolté mes arachides depuis la fin du mois d’août mais même en fin du mois d’octobre, je n’arrive pas à les sécher parce que la pluie ne s’arrête pas. Et là, il est impossible que le soleil sorte pour nous permettre de les étaler les récoltes. On est face à dilemme “, exprime le vieux homme de plus de 60 ans avec un sentiment de désespoir. Comme lui, plusieurs cultivateurs du village font le même constat.

C’est le cas de Nodjimadji Jean, grand-père de six enfants, assis sous son manguier à Mbalakabra, une sous-préfecture à 30 kilomètres de la ville de Moundou. “Je ne sais pas ce que la pluie nous veut cette année. Prenez-vous même les arachides et décortiquez-les.” Résultats du constat: la plupart des arachides ont pourri. D’ajouter pour Nodjimadji Jean que ” la pluie cette nous a surpris et nous ne savons pas comment faire pour nous en sortir “.

Conséquences de cette surabondance de pluie

Pour Nerayo Mbaiogaou Marcel, commerçant d’arachide au marché hebdomadaire de Besseye, ce vendredi est une fois de plus un marché perdu.” Les trois dernières semaines ont été que des pertes pour moi. Je n’arrive pas avoir les arachides de bonne qualité.Tout ce qu’on me présente tend à pourrir. Et c’est pratiquement le même constat au marché de Deli, de Bebalem et Benoye que j’ai l’habitude de faire. ” Un avis que partage tant d’autres ” victimes ” de cette intempérie. C’est aussi un arrêt des petits activités qui sont liées aux récoltes.

Quel avenir pour ces cultivateurs ?

La situation est de loin d’être facile et l’avenir tend du jour le jour à s’assombrir pour ces cultivateurs qui ne vivent que de leurs récoltes. ” Je vous informe que si cette pluie continue jusqu’en mi-novembre, je perdrai définitivement la moitié de ma récolte d’arachide parce qu’à chaque fois, je suis obligé de trier avec les enfants, les arachides pourries de celles qui sont encore bonnes “, remonte Konadji Ndoro.

C’est aussi la fin des activités génératrices de revenu pour les jeunes qui ne vivent que des 10% des récoltes d’arachide qu’on les donne lorsqu’ils sont employés dans les champs d’arachide. A l’exemple du jeune Mbairessem Narcisse, élève en classe 3e au collège général de Mbalkabra. ” J’ai deux sacs que j’ai eu il y a trois semaines mais à force de les garder dedans, les arachides commencent à pourrir alors que je compte vendre ces graines pour m’inscrire à l’école. C’est comme ça que je le fais à chaque année depuis plus de huit ans. ” A son image, beaucoup de jeunes font la même activité pour survivre. Mais malheureusement, le changement du climat a eu raison d’eux. Une question : doit-on craindre une possible cherté des produits agricoles cette année ?

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