vendredi 24 septembre 2021

Tchad: « J’ai subi des tortures pires que ce que vous avez vu », Achta Abakar

TÉMOIGNAGE – Depuis quelques jours, la vidéo d’une femme en train de se faire fouetter provoque l’indignation sur les réseaux sociaux. Tchadinfos.com, a contacté la présumée victime qui donne sa version des faits.

Achta Abakar, âgée de 28 ans, habite la localité de Tchoukou Talia dans la province du Lac. D’après elle, les faits remontent il y a « huit mois et ce sont bien des éléments de la Garde Nationale et Nomade Nationale du Tchad (GNNT) » qui l’ont fouettée.

« L’un d’eux a voulu coucher avec moi, mais j’ai dit que je suis l’épouse de quelqu’un. Donc j’ai refusé, et il m’a accusé de trafic des drogues. C’est comme ça qu’ils m’ont frappée. J’ai subi des tortures pires que ce que vous avez vu. Ils m’ont introduit dans le fleuve, avec un système de torture spécifique. J’étais couchée, malade pendant plus de six mois. Je viens de me relever il y a à peine 40 jours », rapporte-t-elle.

 Achta Abakar informe qu’elle n’est pas la seule victime de la localité. Selon elle, « plusieurs autres femmes ayant refusé de céder aux avances de ces hommes en treillis subissent le même sort ».

« Il y a souvent même pire que cette situation. Dès que l’un des éléments de la GNNT tombe sous les charmes d’une femme et qu’elle refuse. Soit on trouve des motifs pour la fouetter, soit on accuse son mari d’être trafiquant de drogues et on l’emprisonne », complète la présumée victime.

La dame renseigne que son affaire a été transmise aux responsables des éléments de la GNNT depuis la publication de la vidéo sur internet. D’après Achta Abakar, ce responsable aurait qualifié ce qui s’est passé de « très horrible et inadmissible ». « Il a demandé de sursoir sur cette affaire, même si cela est inacceptable. Il s’est engagé à réparer les préjudices subis », précise la présumé victime.

Toutefois, elle confie : « Depuis plus de trois ans que ces hommes sont arrivés dans la localité de Tchoukou Talia, si une femme refuse de faire l’amour avec l’un d’eux, si elle n’est pas tabassée, c’est son conjoint qui paie le prix. »  Généralement, les méthodes sont les mêmes : on accuse, le mari de trafiquant de drogues, on l’emprisonne, le torture et on amène la femme à céder, pour obtenir la liberté de son époux, renchérit elle.   

De son côté, le procureur du Lac contacté en début d’après-midi a affirmé ne pas avoir été encore saisi du dossier.

Lire aussi: Tchad : des vidéos de femmes battues suscitent l’indignation

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