samedi 1 octobre 2022

Tchad : Bilal Mahamat Ali Saleh, témoin de l’enfer de Kouri Bougoudi

Comme des milliers d’autres, Bilal Mahamat Ali Saleh s’est rendu sur le site aurifère de Kouri Bougoudi, à l’extrême-nord du Tchad, pour faire fortune. Six mois après ses péripéties, il nous raconte son calvaire.  

C’est dans une maison située au quartier N’Djari, dans le 8e arrondissement de N’Djamena que Bilal Mahamat Ali Saleh nous reçoit. Mine sereine, ce témoin de l’enfer de Kouri Bougoudi raconte comment il a foulé le site aurifère, une zone tchadienne située près de la frontière libyenne.

Raison de son départ

« Il n’y a pas d’intégration, on n’arrive pas à trouver les contrats. On s’est retrouvé en groupe avec les amis. On a entendu parler des sites aurifères vers le Nord. Et comme on a entendu dire qu’ils bénéficiaient de l’or, nous avons préféré les suivre », témoigne Bilal Mahamat Ali Saleh.

Assis sur une natte, Bilal Mahamat Ali Saleh indique avoir contourné les agents de sécurité pour arriver dans le Nord du Tchad. Cela, parce qu’il est diplômé (technicien supérieur à la santé).  Pour arriver là-bas, on a fait presque 2 semaines à Moussoro (province du Barh El Gazel) parce que quand quelqu’un se dirige vers là-bas, le gouvernement pense qu’il part en rébellion surtout pour les intellectuels”. Selon lui, les intellectuels en partance pour l’extrême-nord du Tchad sont rapatriés à N’Djamena par le gouvernement.

Son objectif n’était pas d’aller fouiller dans le sous-sol pour trouver de l’or comme ces milliers de personnes.  Bilal Mahamat Ali Saleh est parti plutôt en sa qualité de diplômé de la santé à la recherche du travail pour se faire de l’argent. Après avoir passé quelques mois, la trentaine a pu trouver un job. Il a été recruté dans une clinique privée de Kouri Bougoudi. D’après lui, si cette structure sanitaire n’avait pas fait appel à lui, il emboitera le pas de ses amis. « Même moi si je n’avais pas été recruté, j’allais travailler dans ces sites aurifères».

Aventure complexe

Dans sa blouse blanche, le technicien supérieur de la santé, indique avoir été témoin des calvaires. « J’ai fait six mois là-bas.  On a rencontré beaucoup de difficultés. Les conditions de vie sont très compliquées car les orpailleurs n’ont pas d’eau et vivent dans l’insécurité totale. Là-bas, Dieu merci on peut trouver facilement du travail, mais malheureusement l’argent qu’on trouve ne couvre pas nos besoins car on n’en trouve pas assez ».

Après avoir passé six mois à Kouri Bougoudi, à l’extrême-nord du Tchad, Bilal Mahamat Ali Saleh indique n’avoir pas atteint son objectif. « Mon voyage n’a pas été bénéfique. D’ici j’avais pensé qu’une fois arrivé là-bas je trouverai ce que je veux mais en réalité j’ai rencontré assez d’obstacles. Ce n’était pas facile comme je croyais, surtout en matière de sécurité. Même pour aller faire ses besoins biologiques, il te faut des armes à feu, sinon même pour une simple montre que tu as en main, ils vont t’agresser pour la prendre », relate l’aventurier.

Le retour

Le climat des affaires dans les sites aurifères notamment Kouri Bougoudi, Zouar, Kouri 7, Kouri 35,  et autres ne répondaient pas aux attentes de ce diplômé en santé. Les conflits, les mauvaises conditions de vie et l’insécurité sont permanents.  Face à ces conditions, l’ex-étudiant de l’université Roi Fayçal a plié bagages pour regagner N’Djamena avant les affrontements meurtriers du mois de mai 2022. « Comme on était parti en groupe, on a décidé unanimement de rentrer en groupe », déclare-t-il.

A présent,  Bilal Mahamat Ali Saleh veut réintégrer la société pour ne pas retomber dans son passé. « Maintenant je suis à la recherche du travail. J’ai déposé mes dossiers pour l’intégration depuis 2016 mais jusqu’à maintenant rien. Je continue à faire le suivi », affirme-t-il.

Quelques jours après son départ, les affrontements ont éclaté à Kouri Bougoudi et ont fait des centaines de morts selon diverses sources. Une situation qui a obligé le président du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Deby à se rendre sur les lieux. Après constat, il a ordonné l’évacuation dudit site. « Selon des sources gouvernementales, près de 10 000 orpailleurs tchadiens et internationaux sont évacués des mines d’or de Kouri Bougoudi suite aux affrontements », avait écrit l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Plus de 3 000 orpailleurs bloqués au nord

A ce jour, les orpailleurs identifiés, selon l’OIM, sont du sud et du centre du Tchad, du Soudan et de la République centrafricaine. Dans un communiqué de presse, l’OIM indique que ces derniers « n’ont rien à manger et qu’ils veulent retourner dans leurs communautés et pays d’origine en raison de leur situation précaire ».

 Selon une première évaluation menée par la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’OIM, plus de 3 200 orpailleurs dont 172 enfants sont actuellement bloqués dans les villes de Zouarké, Wour, Zouar, Kollou, Faya tous dans le nord du Tchad. « Les évaluations sont en cours et ce nombre est susceptible d’augmenter » a relevé l’OIM.

Jusqu’à ce jour, il faut indiquer qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre total d’orpailleurs qui  travaillent sur les sites aurifères. Les estimations de diverses sources font état d’environ 40 000 chercheurs d’or dans la localité.

L’exploitation anarchique de l’or a connu une hausse depuis 2012 dans le Sahara. Au Tchad, l’OIM indique que « le district de Kouri Bougoudi, situé à seulement 17 kilomètres de la frontière avec la Libye et à plus de 1 000 kilomètres de la capitale tchadienne, N’Djamena, est l’une des principales zones d’orpaillage artisanal, qui attire des milliers de Tchadiens et de migrants internationaux espérant exploiter les richesses potentielles des champs aurifères ».

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