Tchad: un ambitieux plan et de grands moyens pour lutter contre le paludisme

N’DJAMENA, (Xinhua) — Pour faire face de manière efficace au paludisme qui fait souvent de ravages au sein de sa population, le gouvernement tchadien vient d’adopter un ambitieux plan national stratégique de lutte pour les cinq prochaines années.

Le gouvernement tchadien devra, avec l’appui de ses partenaires, déployer de moyens colossaux, tant financiers, matériels qu’humains.

Le Programme national stratégique de lutte contre le paludisme (PNS), publié il y a quelques jours, est un programme de 120 milliards F CFA (240 millions USD) destiné à réduire la mortalité et la morbidité imputables au paludisme, particulièrement chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes.

Il prévoit trois axes stratégiques, à savoir la prévention, la prise en charge et les activités d’appui.Toutes ces actions doivent permettre de réduire de 30%, d’ici fin 2016, la morbidité liée au paludisme par rapport à son niveau de 2013,avec une réduction supplémentaire de 20% entre 2017 et 2018.

“Le PNS répond à la vision du gouvernement de faire du Tchad un pays économiquement fort, sans risque de mourir de paludisme”, déclare Dr Ngariera Rimadjita, ministre tchadien de la Santé publique.

“Des stratégies clés à fort impact ont été adoptées pour prévenir la morbidité, notamment la chimio-prévention contre le paludisme, la promotion de l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticides au travers de campagnes de masse ou la distribution de routine aux groupes cibles, le traitement préventif intermittent chez les femmes enceintes et les pulvérisations intra-domiciliaires des insecticides”, précise-t-il.

Selon le ministre tchadien de la Santé publique, le paludisme, maladie autrefois saisonnière, est devenu aujourd’hui une pathologie courante.L’analyse épidémiologique du Tchad montre en effet que 98% de la population vivent dans des zones à risque au paludisme.

Selon l’Enquête sur les indicateurs du paludisme 2010, la prévalence du paludisme est de 29,8% au Tchad. Cependant, cette prévalence varie selon les tranches d’âge; elle est de 35,8% chez les enfants de moins de 5 ans, de 39,3% chez les enfants entre 5 à 14 ans et de 15,2% chez les enfants plus de 15 ans.

“Trois facteurs expliquent cette recrudescence fréquente du paludisme au Tchad”, indique Ndolembai Njesada, représentant au Tchad de”Malaria no more”, une ONG américaine très impliquée dans la lutte contre le paludisme.

Il y a d’abord l’environnement qui favorise la reproduction de l’anophèle, l’agent pathogène du paludisme.

En effet, avec les fortes pluies qui se sont abattu sur le pays lors du dernier hivernage, la presque totalité de la ville de N’Djaména était dans l’eau, comme la plupart des villes de province.

Ajoutées aux tonnes de déchets ménagers qui engorgent les rues et espaces vides de la capitale, le terreau était fertile pour la maladie.

Fin septembre, le ministère de la Santé publique a entrepris une vaste campagne de démoustication des dix arrondissements de la capitale où sévit une flambée du paludisme.

Le deuxième facteur propice au paludisme est lié au déficit de communication sur l’enjeu de la pathologie.

“Une étude menée au cours de l’année 2012 a montré que seulement 35% de la population tchadienne a entendu le message de prévention contre le paludisme”,déplore Ndolembai Njesada.

Ainsi, en octobre 2013, “Malaria no more” a engagé une campagne de sensibilisation contre le fléau. Pendant des jours, ses ambassadeurs de bonne volonté ont sillonné les dix communes de N’Djaména pour exhorter les populations à conserver son environnement propre et à utiliser les moustiquaires imprégnées à longue durée. La caravane devra être déployée à l’intérieur du pays cette année.

Le dernier facteur est la distribution tardive des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée. En juillet 2013, le Fonds de soutien aux activités en matière de population et de lutte contre le sida (FOSAP) a signé un accord de financement de plus de 20 millions d’euros avec l’UNICEF pour l’organisation d’une campagne de distribution de 5,3 millions unités de moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée d’action dans treize régions du Tchad.

Cet accord de financement s’inscrit dans le cadre du Mécanisme transitoire de financement et du Nouveau modèle de financement du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

L’UNICEF a été retenu comme récipiendaire secondaire de ce financement pour la mise en oeuvre optimale de ce programme. Au total, le Tchad a bénéficié dans le cadre de ce mécanisme d’une subvention d’un montant de plus de 25 millions d’euros.

En appui aux efforts mis en oeuvre par le Gouvernement, cette campagne de distribution de masse de moustiquaires devra couvrir gratuitement 100% de la population (soit plus de 9,6 millions de personnes dans treize régions cibles) par des moustiquaires imprégnées de longue durée d’action d’ici fin 2014.

La distribution des moustiquaires se fait, au Tchad, à travers deux voies. Il y a, d’une part, la distribution de routine dans les structures sanitaires ciblant les enfants de moins d’un an ayant complété leurs séries de vaccination et les femmes enceintes et, de l’autre, la distribution de masse ciblant la population générale.

En 2011, à travers le financement de la Banque Islamique de Développement (BID) notamment, le pays appuyé par ses partenaires a réalisé des campagnes de distribution de masse de moustiquaires imprégnées d’insecticides de longue durée d’action dans 9 régions, au bénéfice de plus de 3 millions de personnes.

Mais toutes les moustiquaires distribuées ne sont pas toujours utilisés à bon escient.

“Quand vous quittez N’Djaména pour le sud du pays, les gens couvrent les produits maraichers avec des moustiquaires. Les besoins de la population ne sont pas seulement des moustiquaires”, affirme Dobklama Kadah, directeur général de l’Association pour le Marketing Social au Tchad (AMASOT), très présente dans la prévention contre le paludisme et le sida.

“Si la population utilise des moustiquaires pour pécher et couvrir les produits qu’elle cultive, cela veut dire que j’ai mal fait mon travail. Je prends ça comme un échec”, estime Dr Ngariera Rimadjita.Pour rectifier le tir et relever le défi du paludisme, le ministre tchadien de la Santé publique appelle à une union sacrée.

“L’éradication du paludisme est une bataille commune. Nous n’avons plus de temps. Il y aura un pic saisonnier dans quelques mois. Qu’on se mette au travail”, conclut-il.

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