Résolution des conflits intercommunautaires : Stratégie de l’évitement ?

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OPINION – Nous sommes de ces peuples qui croient qu’il suffit d’esquiver les problèmes pour qu’ils se résolvent d’eux-mêmes. Ces dernières semaines, l’actualité tchadienne est dominée par des violences meurtrières entre agriculteurs et éleveurs. Pourquoi ce retour à la case départ ?

Les conflits entre agriculteurs et éleveurs, semblent clairement être attisés par des intérêts partisans, la circulation incontrôlée des armes et des ressentiments vieux comme le monde dans l’environnement rural.

Un caillou dans la chaussure

Les pouvoirs publics semblent impuissants face à l’escalade de la violence qui risque d’engendrer d’autres tensions tout aussi dévastatrices. Et le pays continuera de payer un lourd tribut en vies humaines. Ces situations devraient tous nous interpeler : Comment pouvons-nous avancer dans un monde en constante évolution tout en restant aussi rétrogrades ?

En effet, les changements climatiques, la pression démographique rapide, la croissance des cheptels rendent le pastoralisme caduc et persister à faire comme il y a un siècle en arrière relève soit de la myopie politique, soit d’un manque d’anticipation, soit des deux.

Il paraît pourtant relativement aisé de saisir les racines et la dynamique de ces conflits. Clairement, les ressources se font rares pour tout le monde. Et l’insuffisance ou l’absence des voies de transhumance crée du désordre – la prise de position des autorités administratives et militaires le plus souvent en faveur des éleveurs fait germer de rancœurs. Comme toujours, tout le monde sortira son petit mouchoir pour pleurer les morts d’aujourd’hui et demain, tout s’arrangera tout seul – en vrai, le statu quo !

” La légitimation de l’injustice et de l’arbitraire “

Il est donc urgent de s’asseoir, se parler et envisager des modifications structurelles susceptibles de préserver les revenus des uns et des autres, favorisant ainsi une économie pacifiée et apaisée. On se souvient du code pastoral (2014) adopté puis annulé dans la foulée. L’opinion publique avait jugé “le code sur le pastoralisme inopportun pour l’instant. Il est une légitimation de l’injustice et de l’arbitraire. Son objectif est de transformer tout le territoire du Tchad en un vaste pâturage pour les éleveurs et les propriétaires de capital-bétail qui ne constituent que 3,5% de la population tchadienne”, selon Baldal Oyamta de la LTDH (Ligue tchadienne des droits de l’homme).

Et nous sommes repartis au texte d’avant l’indépendance (1959), comme si la meilleure façon de faire face aux problèmes du Tchad consiste à leur tourner le dos. Il faut penser à de nouvelles formes d’élevage plus adaptées à la situation réelle du pays en prenant en considération les données démographiques, la pression sur les sols ainsi que les aspects sociaux de l’ensemble des zones sujettes à ces problèmes récurrents. Ensuite, favoriser une nette séparation entre les intérêts des administrateurs et de ceux qu’ils sont censés administrer.

Cela permettrait la restauration de l’autorité de l’État et par là sa légitimité. Un canevas pour une véritable réconciliation des populations en conflit. Sans ces courageuses initiatives, il est à craindre que le statu quo actuel risque d’être fatal pour l’ensemble du pays. Et au pire des cas, voir des organisations terroristes s’en mêler.

Avec Noël Flavien Kobdigué alias Karkasson

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