REPORTAGE : le rêve brisé d’un commis de charge

REPORTAGE : le rêve brisé d’un commis de charge

SOCIÉTÉ – A la recherche de leur pitance quotidienne, les jeunes de la capitale tchadienne s’adonnent à des activités moins valorisées et de fois dangereuses. Nous sommes allés à la rencontre de Daoud Abdéraman, commis de charge de son état.

Sous une chaleur éclatante après une forte pluie dans la nuit précédente, les N’Djamenois se dépêchent pour se rendre dans leurs lieux de travail pour les uns, se distraire pour les autres. Comme nous, certains ont bravé l’eau de la pluie, les boues des quartiers reculés de N’Djamena, comme Gassi, Boutalbagara, Atrone pour aller au travail. D’un côté, les conducteurs des bus commerciaux, de l’autre des commis de charge.   Des klaxons des motos se font entendre de tout bord, la circulation est serrée, l’embouteillage s’installe sur la grande artère de la ville. Nous sommes à 8 heures du matin. Contrairement à nous, il y a ceux qui sont debout depuis 5 heures du matin, sous une température débordée de fraicheur. C’est le cas de ces chauffeurs de transport commun, les commis de charge…

Dans le quartier mouvementé et populaire de la métropole tchadienne, Moursal, à proximité du rond-point aigle, sur l’avenue Goukouni, entre le marché Dembé et l’Eglise évangélique du Tchad n°12, des jeunes gens se tiennent à la longueur de la journée. Motif : faire embarquer des clients dans les bus de transport commun. Sur une longue file des voitures garées, se trouve Daoud Abderaman. L’homme âgé de 27 ans est commis de charge depuis 7 ans. « Je suis ici depuis 2012. J’étais d’abord apprenti à l’époque mais cela ne marchait pas trop. Donc j’ai décidé de gagner ma vie en devenant commis de charge », explique-t-il tout en cherchant les clients en arabe local.

Le début de l’aventure

Tout commence pour lui en 2011, quand il arrive à N’Djamena. Le jeune a quitté son village N’Goura, dans la province de Hadjer-Lamis afin de gagner sa vie. Daoud est arrivé aux côtés de son oncle, chauffeur de bus dans la capitale tchadienne. « Mon oncle voulait une personne de la maison comme apprenti pour réduire ses dépenses. C’est pourquoi je suis venu avec lui », se souvient ce père de deux garçons. Celui que ses amis appellent « le vieux » a une ambition en quittant son village : avoir son propre bus de transport commun comme son oncle.

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Il s’est lancé sur le trajet du marché Dembé au marché à mil. On est en 2010. La course vers son objectif final est lancée. Mais elle ne durera pas pour longtemps. Coup dur pour le jeune à peine majeur à l’époque. « On a fait un accident avec un cousin. Je me suis cassé la jambe gauche. Cela m’a amené à rester à la maison et ce, quatre mois seulement après mes débuts en tant qu’apprenti bus de mon oncle », confie avec pleine d’amertume le « vieux ». A la suite de cet accident, il s’est amené à se séparer de son oncle. « On ne se comprenait pas avec mon oncle. Pour lui, je ne sers à rien avec un pied », explique avec regret Daoud Abderaman. Mais il faut survivre. « Quelques mois après, j’ai commencé avec un ainé à être commis de charge. »  C’est dès ce jour que son aventure commence. Nous sommes en 2011.

Daoud en plein boulot
Photo : Adelph / Tchadinfos


Je réponds aux besoins essentiels de ma femme et mes fils grâce à ce travail. C’est instable et dur mais grâce à Dieu, nous survivons

Daoud Abderaman, commis de charge à N’Djamena
50 francs pour charger un taxi

Pour Abderaman, son métier même étant peu valorisé reste son gagne-pain. « Je réponds aux besoins essentiels de ma femme et mes fils grâce à ce travail. C’est instable et dur mais grâce à Dieu, nous survivons », lance-t-il avec sourire aux lèvres.

Pour un taxi de cinq passagers, un commis de charge gagne 50 francs CFA.  « Je sais que j’ai 50 francs par taxi… Et je fais au moins 30 à 40 voitures par jour. Ce qui me donne entre 1 500 à 2 000 par jour », relate l’homme de 27 ans. Comme lui, Manassé, un autre commis de charge, laisse observer sa satisfaction. « Nous sommes exposés au danger pour peu d’argent mais, c’est mieux que rien faire. »

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Dans les rues des quartiers populaires de N’Djamena, deux enfants de la rue sur cinq font dans ce métier qui est peu régularisé. « Ici, c’est les grands qui décident qui doit faire quoi. Je suis obligé de négocier avec eux un pourcentage afin de faire le travail. Ils me donnent ma part et garde-la-leur. Et c’est un mauvais comportement », dénonce Hassan, un autre commis de charge.

Dans l’espoir que les communes réglementent ce secteur de transport, Daoud Abderaman s’expose au soleil pour le pain de ses enfants en attendant un avenir meilleur : celui d’avoir son propre bus de transport.

Un commentaire

  1. Fadoul
    22 juin 2019 at 13 h 35 min Répondre

    C’est vraiment touchant! qu’allah les aides à voir ce dont il ont besoins.

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