Moyen Chari : «Globalement, la situation sanitaire n’est pas mauvaise ni alarmante», délégué provincial

Moyen Chari : «Globalement, la situation sanitaire n’est pas mauvaise ni alarmante», délégué provincial

Diagnostiqué au Tchad pour la première fois le 19 mars, le coronavirus continue de se propager. En dehors de N’Djamena, principal foyer de la maladie au Tchad, plusieurs provinces sont touchées. C’est le cas du Moyen-Chari. Youssouf Saleh Mahamat, délégué provincial de la santé de ladite province, dresse un état des lieux dans une grande interview accordée à Tchadinfos.com.

Quel état des lieux peut-on faire de la situation sanitaire dans la province du Moyen-Chari ?

Pour mieux comprendre la situation sanitaire, il faut savoir que la province est subdivisée en  districts sanitaires fonctionnels (au nombre de 8). Trois au Bahr koh, deux dans la Grande Sido, deux dans le Lac Iro et un à Korbol. Exceptionnellement dans le Moyen-Chari, nous avons un hôpital provincial à Sarh qui fait office de référence aux six hôpitaux de district, qui sont implantés à Maingara, Kyabé, Danamadji, Maro qui sont fonctionnels, en attendant les trois autres de Koumogo, Balimba et Korbol. Donc nous disposons de sept hôpitaux avec des médecins à leur tête dans la province, qui couvre une superficie de 40.807 km2 pour une population de 882.328 habitants. Globalement, le paludisme est la maladie la plus répandue dans la province avec un taux de mortalité et de morbidité qui reste élevé, et le premier motif de consultation et d’hospitalisation. Le paludisme est suivi des infections respiratoires, des maladies diarrhéiques et les traumatismes des accidents de la voie publique qui sont légion.

Comment la province réagit à la pandémie de la Covid-19 ?

Particulièrement, le premier trimestre est caractérisé par l’avènement de la pandémie de la Covid-19. Nous avons fait un grand travail de prévention, conformément aux directives sanitaires nationales. Au début on envoyait les prélèvements à N’Djaména pour les analyses, mais depuis le mois de juillet, nous avons reçu un laboratoire mobile qui est installé ici à l’hôpital de Sarh. A la date du 17 septembre 2020, nous avons prélevé et analysé 295 échantillons et avons détecté 23 cas positifs (15 hommes et 8 femmes) dans la province. Malheureusement nous avons enregistrés 5 décès, dont 3 décès suspects dans la communauté se sont révélés aussi positifs. 5 malades sous traitements et 30 personnes actuellement sous surveillance. Nous avons mis plus d’une soixantaine de personnes en quarantaine et elles sont toutes sorties.

Youssouf Saleh Mahamat, délégué provincial de la santé du Moyen Chari / Ph Tchadinfos

Nous sommes dans la surveillance active, qui consiste à alerter et faire des investigations selon les cas qui sont signalés. Si ce sont des cas probants, nous allons jusqu’au prélèvement et à l’analyse pour nous assurer. Nous avons des équipes  d’investigation, de suivi des contacts, de prise en charge, de mobilisation et de la communication. Nous avons mis des équipes de surveillance aux portes d’entrée de la ville et à l’aéroport. Par la suite, nous avons allégé les dispositifs d’entrée de Kyabé et Maro pour renforcer l’entrée de Guéré, qui enregistre un grand afflux de voyageurs qui entrent et sortent. Et au dessus de tout ce dispositif, il y a le gouverneur qui est le président du comité provincial de la gestion de la crise sanitaire, autour duquel, nous nous retrouvons chaque jour pour faire le point.

Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez ?

Le problème qu’on avait au départ était celui de disposer des laborantins et former les autres au dépistage et au prélèvement. Dieu merci, nous avons eu un renfort des laborantins formés avec des équipements de sécurité, un laboratoire mobile d’analyse, ce qui est une très grande avancée pour la province. Nous avons maintenant une capacité de faire entre 50 et 100 tests par jour. Nous avons six laborantins formés à N’Djaména qui sont ici. Nous faisons en ce moment des plaidoyers pour disposer de fonds, afin de former les laborantins de district au prélèvement de la Covid-19, avec un système de sécurité pour éviter la contamination.

La Covid-19 n’a-t-elle pas bouleversé le fonctionnement du système sanitaire au niveau de la province ?

Il faut aussi reconnaitre que cette année, l’avènement de la Covid-19 a joué sur nos indicateurs de santé. Néanmoins, en matière de vaccination, nous avons atteint 80% de taux de couverture vaccinale contre la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, etc.   Nous avons aussi augmenté notre couverture en accouchement assisté. Depuis mars, le taux de fréquentation des structures sanitaires a drastiquement chuté, à cause de la panique liée au coronavirus. Nous constatons ces derniers temps une remontée, parce que la population a compris que nous allons vivre pendant longtemps avec le coronavirus. qu’il ne faut pas se remettre aux charlatans, mais plutôt de fréquenter les structures sanitaires. Là où il faut mettre l’accent c’est l’observance des mesures barrières, l’hygiène, l’assainissement et la protection de soi-même. Nous avons aussi constaté une chute des maladies hydriques à cause du lavage des mains régulier, des rhinites allergiques, rhumes, etc. C’est déjà le début d’un changement de comportement qui est souhaité à travers les campagnes de sensibilisation de masse. Donc nous allons maintenir le rythme et la fréquence de la sensibilisation dans la province pour maintenir certaines mesures préventives salutaires.

Et en termes de ressources humaines?

En matière de ressources humaines, 28 médecins intégrés sont affectés ici et une soixantaine d’infirmiers, qui sont déjà repartis dans les structures sanitaires. Si jamais nous arrivons à avoir au niveau du ministère des contrats pour certains de nos agents, nous serons véritablement soulagés. Mais les défis sont là. Il nous manque aussi des spécialistes dans certains domaines, de nouveaux équipements avec des missions de formation sur place pour la maitrise de leur utilisation. Globalement, la situation sanitaire dans la province n’est pas mauvaise ni alarmante.

Interview réalisé par Moussa Béyadji François

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