MIDI, le boss du Sahel

MIDI, le boss du Sahel

Le Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno (MIDI), a pris, lundi, les rênes du G5 Sahel. Pendant une année, il va consolider son leadership dans la lutte contre le terrorisme dans la région.

Les leaders des cinq pays du G5 Sahel étaient tous là au 7ème sommet de N’Djaména: le burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, le malien Bah Ndaw, le nigérien Mahamadou Issoufou et le mauritanien Mohamed Ould El-Ghazaouani et l’hôte tchadien, Idriss Déby Itno. Même le ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avait également fait le déplacement de N’Djaména. De même que le Premier ministre marocain, Saad Eddine El-Otmani, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat (fraîchement réélu pour un second mandat), la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, et plusieurs délégations d’organisations partenaires et de pays amis.

Ould El-Ghazaouani a cédé la présidence tournante du G5 Sahel à Déby. Au cours des douze prochains mois, le Maréchal du Tchad présidera aux destinées de l’organisation régionale. C’est la seconde fois, après la présidence de 2015 à 2017; il connait donc l’ampleur des responsabilités qui l’attendent.

Le bilan sécuritaire du G5 Sahel en 2020 se révèle positif avec un rapport de forces favorables qui s’est nettement imposé aux groupes terroristes, s’est réjouit le président mauritanien en ouvrant le sommet de N’Djaména. La force conjointe s’est renforcée en capacités de commandement et de planification, et même en coordination avec les forces partenaires et des opérations conjointes qui contribuent significativement à la fragilisation des groupes terroristes, à la reconquête des territoires et au rétablissement de l’autorité de l’Etat. Parmi les résultats obtenus par la force conjointe, il y a la densification des opérations dans la «zone des trois frontières», le déploiement des premiers contingents de la Task force Takuba, le lancement des travaux de planification de l’engagement des forces africaines au Sahel de 3.000 hommes et, récemment, la planification à Nouakchott d’une opération conjointe de grande envergure au fuseau ouest.

Faire monter les forces en puissance

Les forces nationales et la force conjointe reprennent l’initiative de mener simultanément des opérations et les groupes armés et terroristes enregistrent de plus en plus de pertes, tant en matériel qu’en personnel, avec la neutralisation de plusieurs de leurs principaux leaders. «Pour consolider ces acquis, le G5 Sahel continuera à œuvrer pour que ses forces de défense et de sécurité nationale puissent assurer pleinement leurs missions régaliennes et pour que la force conjointe continue sa montée en puissance», a promis Ould El-Ghazaouani.

Son successeur, non plus, n’est pas du genre à dormir sur les lauriers. Le Maréchal du Tchad promet de mettre un accent particulier sur le suivi de la feuille de route du Sommet de Pau qui a connu un début d’exécution à l’issue du sommet de Nouakchott du 30 novembre 2020, d’œuvrer au renforcement des quatre piliers consacrés (la stratégie militaire, la formation des armées des pays du Sahel, le retour de l’Etat et des administrations et le développement) et de s’atteler à la mise en œuvre immédiate des actions retenues.

«En matière de lutte contre le terrorisme, notre stratégie militaire gagnera en efficacité si la force conjointe du G5 Sahel et les forces armées des pays du Sahel montent en puissance. A cet égard, la force conjointe reste le noyau central de notre dispositif sécuritaire», a insisté le président tchadien. Il a exhorté ses pairs du Sahel à rendre complètement autonome la force régionale, en la dotant des moyens financiers et logistiques propres. Car «c’est à cette condition qu’elle pourra développer toutes ses capacités opérationnelles réelles sur le terrain».

Lors de la réunion du Conseil des ministres de novembre 2019 à Ouagadougou au Burkina Faso, le chef de la diplomatie tchadienne, Amine Abba Siddick, a déjà pointé la défaillance sinon l’insuffisance du dispositif sécuritaire commun de la force conjointe à faire face aux menaces persistantes des terroristes. Lors de la réunion du comité de défense du G5 Sahel, le concept stratégique de la force a été ainsi modifié pour permettre au commandant de la force de mener des opérations inter-fuseau.

1.200 soldats tchadiens dans la «zone des trois frontières»

Le 15 décembre 2019, lors du sommet extraordinaire du G5 Sahel tenu à Niamey, le Tchad a décidé l’envoi d’un bataillon au fuseau centre, dans la «zone des trois frontières» (entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger). Il l’a réitéré lors du sommet de Pau, en France, le 13 janvier 2020. Ce second bataillon était à Diffa, au Niger, lorsque la secte terroriste Boko Haram avait attaqué des positions de l’armée tchadienne, le 23 mars 2020, sur l’ile de Bohoma, tuant près de 100 soldats. Le déploiement a été ajourné, les soldats ont rebroussé chemin pour participer à la «colère de Bohoma». Cette opération, menée d’une main de maître par le Maréchal Déby lui-même, a permis d’éliminer un millier de terroristes et de nettoyer Boko Haram des parties tchadiennes du lac Tchad.

En marge du sommet de N’Djaména, le chef de l’Etat tchadien a annoncé à ses pairs de la région l’envoi de 1.200 soldats tchadiens dans la «zone des trois frontières». C’est le deuxième contingent que le Tchad met à la disposition du G5 Sahel; 750 soldats sont déjà déployés à Wour dans le nord du pays.

Pendant que les rideaux tombaient sur la première journée du sommet des chefs d’Etat, les 1.200 soldats tchadiens se trouvaient déjà à Nguigmi, à la frontière entre le Tchad et le Niger. Le ministre tchadien délégué à la Défense, le général Mahamat Abali Salah, et ses homologues du G5 Sahel, ainsi que le chef d’Etat-major général des armées, sont allés les galvaniser.

«Quand je vois ces hommes, je suis sûr que nous allons gagner cette guerre. Je pense que le rythme s’accélère sur le terrain», s’est réjoui le ministre mauritanien de la Défense, Hanena Ould Sidi. «Nous sommes convaincus qu’avec la présence tchadienne, les données vont changer», a renchéri le nigérien Issoufo Katambe.

L’Afrique peut protéger l’Afrique                        

Pris individuellement, aucun État du Sahel ou du monde ne peut vaincre le terrorisme. C’est pourquoi le Maréchal du Tchad a toujours été convaincu que la mutualisation des efforts reste la seule option pour combattre le terrorisme dans la bande sahélienne. L’armée tchadienne a été la première à se lancer, en 2013 aux côtés de la France, pour stopper l’avancée des groupes djihadistes et terroristes dans le nord du Mali. Depuis, elle y est restée et fournit aujourd’hui des troupes à la Mission multidimensionnelle des Nations unies au Mali (Minusma). Elle participe également à la Force multinationale mixte (FMM) qui, depuis 2015, combat Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. En déployant un deuxième contingent dans la «zone des trois frontières», le Maréchal du Tchad montre, une nouvelle fois, que les Africains peuvent protéger les Africains, que l’Afrique peut sauver l’Afrique du terrorisme.

Invité spécial du sommet de N’Djaména, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a salué le leadership tchadien. «La sécurité précède le développement», disait l’inoubliable Cheikh Anta Diop. La sécurité sert le développement. Un pays comme le Tchad l’a compris et a versé le sang de ses enfants au Mali, au Nigeria, au Niger et au Cameroun, dans un élan panafricaniste sans précédent dans le continent. Honneur au peuple tchadien! Honneur à ses soldats! Honneur à son leader!».

Le diplomate sénégalais qui dirige aujourd’hui l’Institut panafricain de stratégies, paix, sécurité et gouvernance, a exhorté vivement les pays africains à s’unir et mettre rapidement sur pied une armée africaine, avec des troupes d’élite, des forces spéciales bien équipées et entrainées, pour faire face au terrorisme. «Nkrumah (ancien président ghanéen et chantre du panafricanisme, Ndlr) voulait, dès 1963, une armée africaine. Nous avons attendu 58 ans plus tard sans mettre en œuvre sa directive. Nous devons enfin répondre à son interpellation», a insisté Gadio. En véritable patron du Sahel et du bassin du lac Tchad, le Maréchal du Tchad montre la voie vers cette armée continentale.

François Ngueryan

Un commentaire

  1. MIDI, le boss du Sahel – Tchadinfos.com - News Cameroun
    16 février 2021 at 13 h 00 min Répondre

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