L’essentiel du rapport de l’International Crisis Group sur l’Armée tchadienne

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DEFENSE – International Crisis Group a publié le 22 janvier un rapport sur l’Armée tchadienne. Voici ce qu’il faut savoir du document intitulé : “ Les défis de l’Armée tchadienne”.

Les défis de l’armée tchadienne”, tel est l’intitulé du rapport qui ôte le sommeil au gouvernement tchadien.

Dans le rapport, le centre de recherche met sur le tapis quelques problèmes qui minent l’Armée nationale tchadienne. Il s’agit, entre autres, de l’impunité, l’absence de la méritocratie, le clanisme, le communautarisme, la corruption avant de proposer quelques pistes de solutions.

Le communautarisme et le clanisme dans l’armée : source d’une “cohésion générale faible”

« L’armée tchadienne, souvent sollicitée par ses voisins et les partenaires occidentaux, est une pièce maîtresse du dispositif contre le terrorisme au Sahel. Mais sa cohésion générale est faible, les tensions communautaires et les problèmes d’indiscipline y sont récurrents et, plus récemment, de nouvelles dissensions ont émergé en son sein », souligne le rapport.

Selon le document, « les différences de traitement entre les troupes d’élite et les autres soldats ainsi que le manque de représentativité régionale et ethnique aux postes de commandement minent sa cohésion ».

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Selon les chercheurs de l’International Crisis Group, « si l’armée est conquérante à l’étranger, elle est loin d’être un facteur d’unité nationale sur son territoire ».  « La volonté affichée par le président Déby à son arrivée au pouvoir en 1990 de créer une armée nationale et professionnelle ne s’est jamais concrétisée. Au cours des 30 dernières années, les autorités ont certes mené plusieurs réformes, mais aucune n’a permis une réelle restructuration des forces de sécurité et de défense, qui demeurent organisées sur des bases communautaires. »

L’absence de la méritocratie, l’impunité, la corruption… 

Le rapport n’a pas hésité à pointer du doigt « l’absence de méritocratie ainsi que le fossé entre troupes d’élite – dirigées essentiellement par des membres de la communauté du président – mieux formées, mieux équipées, mieux rémunérées et le reste des soldats, nettement moins considérés par le pouvoir, sape la cohésion de l’armée ». Conséquence : « cette situation provoque un fort sentiment d’injustice et la frustration de nombreux soldats ».

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Au Tchad, les relations entre la population et les forces de défense sont ambivalentes. Dans les zones où l’insécurité est forte, comme dans la province du lac Tchad, l’armée est parfois perçue comme un pourvoyeur de sécurité. Mais quid d’autres provinces ? « Au sud par exemple, elle est en revanche souvent considérée comme intrusive. Ces dernières années, une défiance envers les militaires s’est accentuée chez une partie de la population. Les abus fréquents et les cas de corruption dégradent l’image de l’armée, et l’impunité de certains soldats perçus comme proches du pouvoir est de moins en moins tolérée, notamment par la jeunesse. »

« Des fragilités inhabituelles » au sein de l’armée? 

Des éléments de l’Armée nationale du Tchad (ANT) au Nord Mali Ph Dr

Le rapport répond par l’affirmative. « Si la question de l’armée se pose avec plus d’acuité aujourd’hui, c’est qu’elle connaît des fragilités inhabituelles. Celles-ci tiennent, avant tout, à sa nature et aux défis auxquels elle est confrontée. Si la lutte contre le terrorisme fait consensus au sein de la société, le Tchad est aussi en proie à des conflits (fraternels) dans lesquels rebelles et soldats ont parfois des liens de parenté ». 

Ainsi, « en février 2019, lors de l’incursion sur le territoire tchadien de rebelles de l’Union des forces de la résistance (UFR) depuis la Libye, certains officiers tchadiens de haut rang ont refusé de combattre leurs parents enrôlés dans la rébellion. La même année, des militaires ont exprimé leur réticence à aller combattre des groupes d’auto-défense dans la localité aurifère de Miski au nord du pays pour des raisons similaires. Dans ce contexte, les loyautés militaires sont fluides et dépendent surtout des circonstances », poursuit le document de 47 pages.

Une armée qui se présente comme un risque à la stabilité du Tchad

« L’état actuel et la nature même de l’armée présentent un risque pour la stabilité du Tchad », laissent entendre les chercheurs. Et cela est une bombe à retardement.« A court terme, l’élection présidentielle prévue en avril 2021 pourrait se dérouler dans un climat social tendu et mettre à l’épreuve les forces de sécurité »

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A moyen terme, « beaucoup de Tchadiens et de diplomates sont surtout inquiets des risques de crise de succession violente le jour où le président, dont la santé fait l’objet de spéculations récurrentes, quittera le pouvoir ».

« L’armée concentre en son sein beaucoup d’enjeux de pouvoir et des rapports de force qui divisent la société tchadienne. En cas de fin de règne soudain du président Déby, l’armée pourrait se morceler et des luttes entre factions rivales, notamment le long de lignes communautaires, pourraient éclater avec des conséquences imprévisibles, voire dangereuses, pour la stabilité du pays », alerte l’ICG.

Ce que propose l’ICG

L’International Crisis Group ne s’est pas arrêté seulement à relever les problèmes de l’Armée nationale tchadienne. Le centre a aussi fait des propositions pour y remédier.

Dans un premier temps, les autorités devraient rendre l’armée plus « représentative de la population et renforcer sa cohésion interne ». « Cela implique de diversifier et rendre plus transparentes les campagnes de recrutement, de mettre fin aux promotions éclair peu justifiées et de permettre des évolutions de carrière plus formelles et linéaires ». L’ICG propose en outre aux autorités tchadiennes et les partenaires internationaux de s’assurer que les investissements, notamment en matière de formation, ne soient pas « uniquement concentrés sur les troupes d’élite ». 

Afin de réduire la « défiance » dans l’armée, et l’impunité en son sein, l’ICG suggère aux autorités de « sanctionner rapidement les abus des militaires ». Par ailleurs, dans les zones rurales, « les autorités pourraient prévenir les conflits d’intérêts en évitant de déployer des hauts gradés de l’armée dans des zones où ceux-ci possèdent de grands troupeaux et ainsi éviter que ces derniers ne prennent parti dans la résolution des litiges entre agriculteurs et éleveurs ».

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L’International Crisis Group est une organisation indépendante qui s’emploie à prévenir les guerres et à élaborer des politiques qui bâtiront un monde plus pacifique. « Nous soutenons la bonne gouvernance et la politique inclusive qui permettent aux sociétés de s’épanouir. Nous nous engageons directement avec un éventail d’acteurs de conflit pour rechercher et partager des informations et pour encourager une action intelligente pour la paix », souligne le centre.

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