Ephéméride : le « drame » de Bébalem du 16 avril 1952

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Pendant la colonisation du Tchad, un événement malheureux désigné par le « drame » de Bébalem est survenu le 16 avril 1952, dans cette localité située dans la région du Logone Occidental, actuellement, dans le département de Ngourkosso. De quoi s’agit-il ? Retour sur cet événement qui date de 69 ans.

La fusillade de Bébalem s’est déroulée pendant les élections locales où des partis politiques comme le FAC, l’UDR ou encore le PPT étaient en compétition. La majorité de la population serait favorable au PPT contrairement à certains chefs de canton. Ainsi, les premières protestations débutèrent d’abord à Moundou, Bénoye, entre autres. A Bébalem, même si le même sentiment anime la population en faveur du PPT, la situation est calme.

Mais, un jour, précisément le 11 avril 1952, le chef de canton de Bénoye Bandoumal, se rendit à Bébalem pour rendre visite à son collègue et se congratuler. Ils décidèrent d’organiser une fête. Treize chefs de village acceptèrent, les autres refusèrent. Le même jour, on célébra le sacrifice du frère de Jacob Boyo (un chef de quartier en désaccord avec le chef de canton Mbailao), décédé et la cérémonie groupa de nombreuses personnes. Croyant que la réunion était une manifestation hostile à son égard, Mbaïlao le jeune chef de canton de Bébalem décrit comme quelqu’un d’intelligent et honnête, décide, le  12 avril 1952, d’envoyer un camion à Moundou pour prévenir l’administration. Le camion fut pris à partie par la foule mais parvint à destination.

Dirigée par le capitaine Pascal, la compagnie portée de marche, se rassembla à Laï, le 14 avril 1952, puis gagna Moundou par le Pont de Doba. Une conférence réunit le 15 avril 1952, à Moundou autour de Bergerol, Roser, le commandant Laurent, commandant le groupe I du régime des tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) et les autres officiers. La situation était tendue mais rien n’indiquait qu’un soulèvement général était en préparation.

Le commandant de la gendarmerie de Bébalem demande des renforts estimant qu’il n’était pas sûr de tenir le tata du chef en cas d’attaque. L’effectif des forces engagées avoisinait 120 à 125 hommes, à grande majorité des africains. A l’aube de la journée du mercredi 16 avril 1952, Bébalem est comme en état de siège. Aux environs de 6 heures du matin, le chef de région accompagné de deux officiers, de l’interprète Moll et d’un informateur local se rendit à la case de Boyo qui fut saisi par l’administrateur et embarqué dans une camionnette bâchée. La famille et les voisins alertés réagirent immédiatement et enlevèrent le prisonnier. Le chef de la région Paul Roser reçut sur la tête un coup de perche sans gravité.

Dans un récit de cet événement, l’écrivain Bernard Lanne, rappelle que, trois groupes de manifestants se formèrent. « Un dialogue s’ensuivit. Les manifestants clamaient que les « Blancs n’ont plus rien à faire ici ». Des coups de sifflets semblaient diriger les mouvements de la foule. Les trois groupes avaient fusionné devant le campement et faisaient face aux forces du maintien de l’ordre. Les officiers envisagèrent une charge pour disperser la foule », relate-t-il.

Le même jour du 16 avril 1952, autour de 7 heures, une réquisition spéciale d’usage des armes est signée et remise au commandant des troupes. Les populations de Bébalem, environ 600 personnes étaient à 30 mètres environs face aux troupes. Après de tirs de sommation, les forces de l’ordre ont demandé à l’interprète Moguena de dire en ngambaye aux manifestants de rentrer sinon ils seront dispersés.

Malheureusement, le drame se produit. Les forces de l’ordre ouvrent le feu sur les manifestants faisant 24 morts dont 4 femmes et un enfant, huit blessés. Un bilan qui, selon certains observateurs, serait plus lourd que celui donné par l’administration coloniale.

Une grande partie de la population de Bébalem se réfugia en brousse. Des arrestations ont visé les meneurs du mouvement. A partir du 18 avril 1952, les gens commencent à retourner chez eux. Les chefs de village ayant fui regagnèrent leur domicile. Le 20 avril 1952, une lettre en ngambaye émanant du catéchiste Ndjelardjé et de quatre autres anciens de l’église protestante fut remise aux autorités. Citant le passage de la Bible recommandant la soumission aux pouvoirs établis, elle exprimait la honte de ce qui s’était produit. Le 21 avril 1952, la vie reprenait son caractère normal à Bébalem, entièrement repeuplé.

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