Enseignants vacataires, victimes collatérales des grèves


L’année scolaire 2020-2021 s’égrenant aux rythmes de nombreuses manifestations et grèves n’enchante pas les enseignants vacataires dans certains établissements privés. Le paiement de leurs honoraires de vacation fait l’objet de controverse. Certains responsables des établissements se défendent.


Nombre d’enseignants vacataires traversent aujourd’hui une situation particulièrement pénible. Mais ce n’est pas le cas de certaines écoles privées qui les recrutent et leur paient de modiques frais de vacation. Tous les vacataires que nous avons rencontrés sont unanimes : “Les manifestations, grèves profitent à nos employeurs. Car si nous ne travaillons pas, ils ne paient pas. Et pourtant, les parents continuent de payer la scolarité de leurs mômes’’, pestent-ils.


Un enseignant vacataire dans un établissement du 9e arrondissement de N’Djaména qui a requis l’anonymat rapporte : “J’ai 15 heures de cours par semaine pour 45.000 francs le mois mais depuis novembre, je n’ai jamais gagné 20.000 francs. Au moindre coup de vent ou à la chute d’une feuille flétrie sur le toit causant un petit bruit, il faut rentrer. Ce n’est plus prudence. C’est devenu un réflexe de l’administration’’. Et de poursuivre : “Certes, les élèves du lycée de Walia jettent des cailloux, mais cette peur est injustifiée’’.

Des élèves et parents également se plaignent. Un élève accosté au sortir d’un collège déclare en zozotant : “touzours (toujours) rentrez, touzours rentrez, c’est trop !’’. Une mère de famille grogne : “Visiblement, on paie cher pour rien. Un peu seulement, les enfants sont à la maison. Mes habitudes sont chamboulées et je ne peux plus faire le marché le matin car je suis obligée de les surveiller quand ils rentrent tôt. Les cours ont repris il y a juste 2 jours et l’administration m’a envoyé une convocation pour verser le reste des frais de scolarité sinon ils ne pourront retirer leurs bulletins ni passer la 2ème composition’’.


Dans la matinée du mardi 16 février, nous nous sommes rendus au lycée Gabriel Lisette à Chagoua. L’ambiance est morose. A peine arrivé sur les lieux, nos potentiels interlocuteurs, élèves et vacataires, sont en train de rebrousser chemin. Cause : le passage d’un cortège de véhicules des forces de l’ordre et aussi parce que des pierres ont retenti sur les tôles ondulées de ce lycée. Le responsable, lui, tente de se justifier par la crainte “de débordements des élèves du public’’. “C’est simplement par précaution (…). Quand un enseignant ne fait pas cours, il n’est pas payé !’’, lâche-t-il.


Un responsable au lycée Hérédité se défend. “Comme vous pouvez le voir, après notre grève de solidarité de 3 jours, nous faisons cours normalement, payons régulièrement nos vacataires et leur octroyons même des acomptes. Nous ne suspendons les cours qu’en cas d’extrême nécessité. Cela y va de notre image (…)’’. Dans les lycées Sacré-Cœur, Adventiste et Collège évangélique les cours se poursuivent et certains responsables de ces établissements affirment hors micro que le paiement des honoraires des vacataires ne connait pas de retard. Un vacataire rétorque : “L’année dernière, les cours étaient interrompus en mars en raison du coronavirus alors qu’on s’attendait à les finir en juin. Les parents avaient pourtant soldé l’intégralité des frais de scolarité mais on avait rien reçu. Seul, un établissement donnait 25.000 francs par mois pendant les mois restants’’.


Toujours sous l’anonymat, un autre vacataire souhaite que “ l’enseignement en salle de classe pendant les manifestations soit émargées et enfin, que des cours de rattrapages soient programmés pour combler les heures perdues afin d’aider les élèves sinon ce ne sera plus la baisse de niveau mais il n’y aura même plus de niveau’’.


BACTAR Frank I.

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