Enquête : les vidéoclubs, la révolution est-elle définitive ?

Enquête : les vidéoclubs, la révolution est-elle définitive ?

Les ciné-clubs peuvent être inscrits dans le patrimoine culturel du Tchad. De vidéoclub, l’on a migré vers les ciné-clubs. Véritables lieux de distraction en soirée, les ciné-clubs sont bien animés à cause de la forte fréquentation. En effet, la majorité de Tchadiens et particulièrement de N’Djamenois ont déjà mis les pieds dans un ciné-club pour suivre un film, une série, un match de football etc. Mais les N’Djamenois sont en train de perdre cette habitude compromettant ainsi la survie de ces lieux de loisir.

La belle époque des ciné-clubs plein est-elle révolue ? Aux habitués des ciné-clubs de répondre. Au programme de l’un des cinés le populaire de N’Djamena ce jour-là, la série mexicaine « El Diablo ». Dans la cours du ciné-club « Persévérance » de Moursal, on peut constater beaucoup de sièges vides. Même constat au ciné-club « Canal + » qui diffuse la nouvelle série « 24 Chrono Legacy ». Clément Ndoubayidji rencontré à l’entrée du ciné-club est venu par défaut car : « il y a une télé à la maison mais les femmes de la maison regardent télé Novelas alors je suis venu ici voir le nouveau « 24h Chrono » a-t-il justifié.

Rude concurrence 

Dans la ville de N’Djamena, on peut voir des panneaux publicitaires sur lesquels on peut lire qu’un décodeur est à 5 000 F CFA au lieu de 10 000 F CFA, la parabole est offerte à condition de payer l’abonnement de 10 000 F CFA. Autrement dit, avec 15 000 FCFA on peut avoir accès à une centaine de chaines qui proposent chacune une panoplie de contenus. D’après la thèse de l’enseignant-chercheur, Patrick Ndiltah, 35 000 personnes sur l’ensemble du pays étaient abonnées à Canal + en 2009. Il est clair que ces chiffres ont depuis évolué et vont continuer à grimper avec les publicités de l’entreprise.

En effet, le taux des fréquentations des cinéclubs a considérablement diminué principalement parce que Canal + est dans presque tous les foyers tchadiens. C’est d’ailleurs la raison qu’évoquent certains Tchadiens qui fréquentaient avant les ciné-clubs. « Avec 10 000 F CFA, j’ai accès à des films pendant un mois. Et ça m’évite les désagréments et le désordre du ciné », déclare Denis. Ainsi, pour regarder des séries, des films, certains Tchadiens n’ont qu’à s’installer confortablement chez eux et profiter. Ce qui explique la diminution des taux de fréquentation dans les cinés quand des films et séries sont projetés.

La majorité des cinés clubs diffusent des matchs de football et pour cela ils se procurent eux aussi des décodeurs Canal + et Bein. Ces matches sont d’ailleurs les meilleures sources de revenu des cinés. Abdelmadid, gérant du Ciné Roma dans le quartier Ndjari nous confie : « lors d’un derby, on peut faire facilement une recette de 100 000 FCFA en une soirée parce que le tarif d’entrée change. 250 F CFA et même 400 FCFA pour certaines places. » Même constat fait par Emmanuel, le gérant du « ciné » Canal + au quartier Chagoua. Il précise cependant que cela dépend des matches, « le classico, ou certains matches importants qui sont retransmis  en journée ou dans l’après-midi. » déclare-il.

A ces occasions, les clients accourent vers les cinéclubs qui sont parfois débordés. Cela oblige même certains clients à rester debout pour suivre les matches. Les clients, quant à eux, donnent souvent la même raison que Noubaramadji Sosthène, client du Ciné Bambin. « Quand on suit le match au ciné, il y a l’ambiance, du bruit, on a même l’impression d’être dans un stade. C’est pour cela que je suis toujours les matchs au « ciné », explique-t-il. Est-ce les seuls moments où les Tchadiens vont dans les cinéclubs ? Malheureusement, d’après les propos la majorité des Tchadiens interrogés, c’est à cette occasion qu’ils vont au ciné.

Là aussi, les cinéclubs ont de la concurrence qui affecte leur taux de fréquentation. Si pour les films, certains N’Djamenois préfèrent rester chez eux, pour les matches aussi certains désirent le bar. Loin de l’ambiance qu’offrent les ciné-clubs, ils aiment regarder les matches assis devant une bière. « C’est l’entre-deux ici, il y a l’ambiance. Certes pas comme dans les ciné-clubs mais ce n’est pas comme à la maison aussi où nous sommes seuls devant la télévision. C’est pour ça que je viens ici » déclare Remy, un adepte des matches retransmis dans les bars.

Rappelons que les ciné-clubs sont les fruits des vidéoclubs. Comme on a pu le lire dans la thèse du Dr Patrick Ndiltah, le phénomène vidéoclubs commence quand chaque soir. Au nom de l’hospitalité tchadienne, les voisins accouraient dans les ménages équipés d’un téléviseur et d’un lecteur de cassettes vidéo pour regarder des films, clips vidéo. Pour permettre à tous ceux qui venaient de mieux regarder, on sortait les équipements du salon pour les installer dans la cour de la maison. Peu à peu pour permettre aux propriétaires d’entretenir leurs équipements, ils instaurèrent un tarif d’entrée dans la cour de la maison. Ainsi pour venir s’asseoir devant le petit écran, il fallait payer 25 ou 50 FCFA.

Boukar Ezéchiel se souvient encore : « ah ! Cette époque, le ciné-club se résumait à une télévision, un magnétoscope, des cassettes et une batterie pour faire fonctionner la télévision. Et on appelait même ça vidéoclub. Avec 50 F CFA, tu pouvais découvrir des films souvent étrangers. On se débrouillait pour avoir 50 F CFA et aller au vidéoclub », souffle-t-il. Depuis les vidéoclubs ont fait place aux ciné-clubs. Désormais l’équipement est constitué d’un projecteur, un grand tableau blanc, un lecteur de CD ou DVD et plus récemment une clé USB, un ordinateur et un décodeur.

Tous les cinéclubs ont deux programmations, la matinée  qui est diffusée à 18h et la soirée  aux environs de 20h. Et le tarif a également change. Il faut débourser 100 F CFA. Bien que le taux de fréquentation ait considérablement diminué, enfants, jeunes, hommes et parfois des femmes y vont pour se divertir, découvrir, rire. « Je suis venue regarder la série Catalina. Nous n’avons pas de télévision chez nous alors je viens ici pour suivre ça », informe Bénédicte Ndildé, qui s’apprête à entrer dans la cour du ciné Bambin au quartier Moursal.

Le taux de fréquentation négatif joue considérablement sur la vie de certains cinéclubs. Certains cinéclubs ont fermé comme nous le confie un habitant du quartier Boutalbagar. « Trois cinés ont été ouverts successivement à côté de chez nous. Mais faute de fréquentation, ils sont fermés », affirme Cyril Mbainaïsem, jeune du quartier. Le temps des rassemblements autour d’un même loisir est-il fini ?

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