Edito : Routouang parle bien, mais il ne parle pas fort

Edito : Routouang parle bien, mais il ne parle pas fort

« Le monde du sport en général et le football en particulier est rempli de mafieux qui n’ont aucune notion de patriotisme et d’intérêt de la Nation tchadienne Ils sont souvent prétentieux et se disent ayant les « bras longs » et prêts à réduire l’autorité du ministre au néant. Il est plus qu’urgent que les non-dits de ce secteur soient profondément assainis ». Ainsi parlait Routouang Mohamed Ndonga Christian. Le 3 octobre dernier, le ministre de la Jeunesse et des sports jetait ainsi un pavé dans la mare, promettant de « plonger dans ce monde inconnu sans réserve et avec un mental de fer ».

C’est sur son compte Facebook que le ministre a fait cette sortie et c’est le seul reproche que l’on peut lui faire. Certes, on le connaît très 2.0, c’est-à-dire « digital », mais ce n’est pas sur la toile qu’il doit gérer les affaires du sport tchadien. Et l’on ne saurait se contenter de ses intentions si bonnes soient-elles. Car l’enfer (que ces « mafieux » font vivre au foot tchadien) n’est-il pas aussi pavé de bonnes intentions ? Le temps n’est ni à l’indignation ni aux bonnes intentions. Pour paraphraser le refrain d’une chanson ivoirienne en vogue, Routouang parle bien, mais il ne parle pas fort.

En effet, ce que dit le jeune ministre des Sports est connu de tous. Il est un secret de polichinelle que les sportifs tchadiens, particulièrement les Sao foot, sont mal entretenus. Pendant les compétitions, ils mangent mal, passent même la nuit dans la rue, alors que les dirigeants dorment dans des hôtels de luxe.

Même le président de la République en a eu ras-le-bol et l’a exprimé le 10 août 2019 à l’occasion de la pose de la première pierre pour la construction du stade omnisports de Mandjafa. Il a dénoncé l’incompétence de la Fédé de foot qui ne fait aucun effort pour l’évolution du foot tchadien sur le continent. « Il faut que cela change. On a connu assez d’échecs », a-t-il martelé. Et l’on continue d’aller d’échec en échec. Les Sao viennent encore de s’incliner en deux matchs amicaux contre le Soudan.

Comme le président Déby il y a un peu plus d’un an, le ministre des Sports parle bien, mais il ne parle pas fort. Et oui, l’heure n’est plus aux belles paroles. Il faut agir ! Routouang doit prendre les décisions qui s’imposent car avec les dirigeants actuels du foot tchadien, on ira toujours de Charybde à Scylla, de mal en pis.

Pour vaincre l’hydre qui asphyxie le foot tchadien et le sport en général, le ministre des Sports a besoin de soutien de tous, principalement du Maréchal Déby. Car ceux qui gèrent la Fédération de foot et l’ONAJES (Office national d’appui à la jeunesse et aux sports) sont connus pour avoir réellement les bras longs, très longs même. Moctar Mahamoud est le président inamovible de la Fédé, il est en place depuis plus de deux décennies. Il a pour fidèles lieutenants Ibrahim Foullah et Kadre Saleh. Ce dernier dirige par ailleurs l’ONAJES d’une main de fer ; plusieurs contrôles de l’Inspection générale d’Etat n’ont jamais réussi à l’ébranler.

L’ONAJES est doté d’un budget faramineux de 6 milliards de francs CFA. La Fédé, elle, reçoit chaque année des aides colossales de la FIFA et de l’Etat tchadien. La FIFA avait octroyé, en août dernier, 275 millions de francs CFA pour aider les ligues et clubs dont les activités sont impactées par le coronavirus. Malgré tous ces moyens financiers, le Tchad fait toujours piètre figure sur l’échiquier du football africain et international.

Pour donner un meilleur visage au foot tchadien, Routouang doit donc nettoyer ces écuries d’Augias que sont la Fédé et l’ONAJES. Bien avant lui, un autre jeune ministre des Sports, Betel Miarom, avait osé s’attaquer à cette bande de « mafieux ». Le 27 juillet 2016, il avait retiré la délégation accordée par le Tchad à la Fédé et créé par la suite un comité de gestion avec pour mission de mettre sur pied un nouveau bureau exécutif de la Fédé. Mais les « intouchables » de la Fédé ont fini par avoir sa tête et l’histoire prouve que Bétel Miarom avait raison.

Routouang est bien conscient qu’il joue avec le feu. Soit il se fait brûler les ailes comme Bétel Miarom, soit il éteint ce feu qui consume le foot tchadien depuis plus de deux décennies. Mais pour l’éteindre, il aura besoin du soutien affiché du sapeur-pompier en chef : le Maréchal Déby lui-même !

La Rédaction.

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