Edito : journées d’actions citoyennes et après ?

Edito : journées d’actions citoyennes et après ?

Le 6 septembre dernier, le ministre d’Etat, secrétaire général à la présidence, Kalzeubé Payimi Deubet, a lancé les « journées d’actions citoyennes ». « Sur instruction du chef de l’État ». Ces journées sont placées sous le thème « la rentrée scolaire et académique 2020-2021 : enjeux et défis à l’ère de Covid-19 ».

Samedi dernier, le SGP est allé donner un coup de balai à la faculté des Sciences de Farcha. Il a lancé un appel à toute la communauté nationale afin de « mettre la main dans la patte » dans le cadre des journées d’actions citoyennes visant à préparer la rentrée scolaire et académique. Car si certaines établissements scolaires et universitaires sont envahis par les herbes, d’autres sont devenus des mares qui ne disparaitront qu’en novembre ; ce qui, généralement, retarde le démarrage de la rentrée scolaire. L’armée a promis mettre des bennes de sable dans ces cours d’école inondées. C’est bien.

Les journées d’actions citoyennes vont se poursuivre, sur « trois samedis de suite », a promis Kalzeubé. Et puis c’est tout ? Sommes-nous tentés de demander : après, ce sera tout ?  Car ces journées citoyennes, c’est du déjà-vu. Vu même à maintes reprises.

Il y a dix ans exactement, l’on a déjà vu le président Déby aller en guerre contre l’insalubrité. Le 12 juin 2010, au rond-point du Centenaire, au quartier Moursal dans le 6ème arrondissement de la capitale, il avait lancé « la journée citoyenne de salubrité ». « Il faut que nous apprenions à être propres en rendant propre notre environnement », avait-il plaidé à l’endroit de ses concitoyens. « Reconstruire veut dire aussi non sans mal, puisque nous cassons quelques bâtiments et maisons. Mais, on ne peut faire des omelettes sans casser des œufs. Si on veut que la ville de N’Djaména ait une image de capitale de ce grand pays au cœur de l’Afrique centrale, je pense qu’il y a des sacrifices à consentir », a-t-il même déclaré, promettant de « mettre beaucoup de ressources pour la reconstruction de la ville de N’Djaména ».

Dix ans après, les buildings sortis de terre grâce au boom pétrolier, trônent sur des immondices parsemées dans la ville.

Il y a deux ans, en août 2018, face à l’ampleur des dégâts, le chef de l’Etat a dû rassembler les maires de N’Djaména et de ses dix communes d’arrondissement dans son palais et les a vertement sermonnés, leur ordonnant d’assainir la ville endéans soixante-douze heures. Deux ans après la mise en garde présidentielle, rien n’a changé. La capitale du Tchad, qu’on avait rêvé de voir en vitrine de l’Afrique centrale, est aujourd’hui un dépotoir géant à ciel ouvert, envahi par les eaux des pluies. Et la nuit, aidée par les délestages intempestifs de la Société nationale d’électricité et par le couvre-feu permanent imposé par le Covid-19, elle se transforme en un cimetière gigantesque. Triste spectacle !

La pluviométrie, particulièrement dense cette année, est venue rendre plus vilain ce tableau. Des quartiers entiers sont inondés. Des axes importants comme celui qui relie le rond-point de Dembé au rond-point Gazelle sont coupés, rendant difficile, voire impossible la circulation. Face à la défaillance des exécutifs municipaux, ce sont des jeunes gens, ici et là, qui se munissent de pelles et de sacs de sable pour frayer un passage entre les eaux. Mais le travail de ces petits Moïse dans les petites Mer Rouge que les pluies ont créées dans plusieurs quartiers de la capitale, se révèle vite un tonneau de Danaïdes. Car à peine ont-ils fini que le ciel, dans sa sainte furia, s’énerve, s’assombrit et déverse de nouvelles quantités importantes d’eaux. Comme pour leur démontrer que les petites actions citoyennes, sporadiques ne sont guère des solutions face à des défis permanents comme les inondations et l’insalubrité, devenues chez nous de véritables fléaux, eux-mêmes sources d’épidémies, par la faute d’une incurie notoire de nos maires.

Il est temps de revoir ces journées citoyennes sans lendemain qui ressemblent trop à du folklore et de penser, de poser des actions concrètes durables. Car nos déchets que nous produisons par tonne chaque jour ne sont pas une blague. Et la pluie, quand elle décide, ne joue pas la comédie. Il pleut, pleut, pleut encore et au bout de deux heures, l’eau a tout envahi. N’attendons pas que les saletés s’amoncellent et fassent des montagnes pour nous grouiller. N’attendons pas que la pluie arrive avec son corollaire d’inondations pour pleurer. Construisons des infrastructures pour gérer nos ordures ménagères et nos eaux usées au quotidien ! Mettons en place de véritables systèmes de canalisation des eaux et de gestion des crues du Chari !

La Rédaction.

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