Edito : Entreprendre, ce n’est pas si facile

Edito : Entreprendre, ce n’est pas si facile

La 4ème édition de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat s’est achevée samedi dernier par une « nuit de l’entrepreneur ». Avec en «guest star» la Première dame, Hinda, Déby Itno qui s’est émerveillée de voir à l’œuvre «le talent, le génie, l’inventivité et l’ingéniosité des entrepreneurs tchadiens».

Loin de nous l’idée de briser l’enthousiasme et la bonne foi de la Première dame qui œuvre inlassablement pour la jeunesse à travers sa fondation (Grand Cœur), la majorité de stands qu’on avait vus ressemblaient plus à des shops de revendeurs de produits finis qu’à des vitrines d’entreprises innovantes. Et durant la Semaine, l’on a vu se rivaliser en théories des «coachs en entreprenariat», certains débitant des idées aussi saugrenues comme celle selon laquelle «on peut entreprendre avec 0 franc».

Et pourtant, dans la pratique, rien n’est aussi facile. Sur le terrain, au Tchad plus qu’ailleurs, créer une petite entreprise est un véritable parcours de combattant. L’entreprenariat, ce n’est pas de la motivation à 0 balle ni de la foire.

Le chômage frappe durement les jeunes Tchadiens, des milliers de jeunes arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Les portes des emplois de la Fonction publique n’étant ouvertes qu’à un petit nombre d’élus ou de privilégiés, la plus grande partie se retrouvent sans emploi ou sous-employés. Et le seul recours, pour survivre, reste l’auto-emploi. Mais ceux qui décident de s’engager dans cette dernière voie, se retrouvent face à de nombreux obstacles : une insuffisance de la formation à l’esprit d’entreprise (les jeunes Tchadiens sont formatés depuis le banc de l’école à travailler dans l’administration publique), le manque de compétences, l’absence des services d’accompagnement et de conseil, l’absence de fonds propres, des formalités longues et lourdes, etc. 

Le premier et plus grand défi à relever est donc celui de la formation des entrepreneurs. La formation, ce n’est pas cette motivation 2.0 que donnent des coachs en entreprenariat qui, pour la plupart, n’ont jamais rien entrepris. La formation, ce sont de réels programmes incitant les jeunes à développer très tôt un esprit d’entreprise. Il faut instaurer même une formation à l’entreprenariat dans l’enseignement secondaire. Car le hiatus vient aussi du décalage abyssal entre les besoins du secteur privé en matière de compétences et les savoirs acquis par les jeunes à l’issue de leur cursus scolaire et universitaire.

Le constat de cet échec de notre système scolaire est fait par tous, en premier lieu les pouvoirs publics : les jeunes diplômés sont les plus touchés par le chômage du fait de l’incohérence entre les filières proposées et les besoins des employeurs, ainsi que par le manque de stimulation des capacités entrepreneuriales dans les cursus. Il faut absolument faire évoluer cette situation où plus on va à l’université, moins on a de chances de trouver un emploi. Et c’est la responsabilité des pouvoirs publics d’étudier et de décider des formations nécessaires, de s’assurer que les jeunes qui vont se retrouver demain diplômés, et entrepreneurs en puissance pour certains, puissent avoir une formation adéquate.

Le gouvernement tchadien doit former les jeunes que le marché de l’emploi réclame. Il doit aussi fournir aux jeunes qui ont acquis des compétences entrepreneuriales les moyens financiers pour se lancer. L’accès au financement est sans doute la plus grande menace pour les entrepreneurs du monde entier. Cette menace est beaucoup plus accentuée pour le jeune entrepreneur tchadien passionné qui, de guerre lasse, finit par abandonner ses rêves et ses projets parce qu’il ne peut pas obtenir le capital approprié pour se lancer.

Créer un fonds de 30 milliards de francs CFA, c’est bien beau. Mais ce n’est pas la panacée. Ce pactole ne servira pas véritablement à booster l’entreprenariat des jeunes, et par conséquent à résorber le chômage, si nous ne mettons en place des mécanismes de financement pérennes et équitables et un système inclusif et ouvert à tous.

Aujourd’hui, plus que jamais, il nous faut donc libérer le potentiel intellectuel et économique des jeunes entrepreneurs et innovateurs tchadiens, afin de créer des millions d’emplois de qualité et promouvoir une croissance économique inclusive pour le pays.

La Rédaction

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