jeudi 9 décembre 2021

Édito : #Challenge_Crime au Tchad

Ces derniers jours, les Tchadiens se livrent à un jeu macabre : qui tuera de la plus horrible des façons ?

Mercredi 10 novembre. Une jeune fille tue sa cousine à Mao, à la suite d’une dispute. Le même jour, à N’Djamena, un jeune enseignant, surveillant au lycée Toumaï, est mortellement poignardé par un élève de la classe de 3e. C’est le troisième enseignant abattu dans la capitale cette année ; le 23 mars dernier, deux enseignants avaient été abattus par un agent de la Garde nomade devant les locaux de la SNRJ (Section nationale des recherches judiciaires). C’est la suite d’une longue série macabre dont l’épisode la plus retentissante reste l’assassinat du Professeur Nomaye Madana, alors directeur du Centre national des curricula, en pleine capitale en 2013.

Jeudi 11 novembre 2021. Deux hommes tentent de faire évader un prisonnier amené pour des soins en lui fournissant une arme avec laquelle, il a tiré à bout portant sur un gendarme à l’hôpital de l’Union.

Toujours ce jeudi, à Bongor, un jeune homme (malade mental, selon certaines sources) assène plus de 50 coups mortels de couteau à son père.

Cette avalanche de barbaries récentes a débuté par un crime, pas aussi mortel que ceux énumérés ci-dessus exhaustivement, mais tout autant barbare : la profanation, le 3 novembre, de la paroisse catholique de Walia Goré, dans le 9e arrondissement de la capitale, par une horde de militaires qui, en plus, ont injurié et frappé le curé, maître des lieux. Ce qui a provoqué une indignation générale, spontanée de toutes parts… sauf au plus haut niveau.

Il a fallu neuf jours au gouvernement de transition pour sortir de son silence et réagir sur la barbarie de la paroisse de Walia. Dans un podcast que nous avons diffusé jeudi 11 novembre, le ministre de la Communication, Abderaman Koulamallah, a affirmé que les auteurs de cette barbarie ont été identifiés et les sanctions sont en cours. « Nous ne laisserons pas cette affaire passer comme tant d’autres. Le gouvernement s’est engagé pour la sécurité du peuple tchadien et nous faisons en sorte qu’il n’y ait aucune zone de non-droit dans notre pays », a-t-il affirmé.

Il a fallu neuf jours au porte-parole du gouvernement pour venir nous seriner le rôle d’un gouvernement responsable : protéger ses administrés. Il a attendu neuf jours pour venir jouer le médecin après la mort ; alors qu’il aurait dû dire cette lapalissade le jour même où cette barbarie a été commise, ou du moins dans les jours qui l’ont suivi, pour apaiser la communauté catholique en particulier, toute la communauté chrétienne et tous les Tchadiens épris de paix en général.

La réaction tardive du gouvernement sur cette barbarie autant que le silence du Conseil supérieur des affaires islamiques (CSAI) étonnent et écœurent. S’il y a eu une avalanche de réactions pour condamner unanimement la barbarie de Walia, c’est toujours motus et bouche cousue chez les oulémas. Le CSAI aurait dû réagir promptement ou aller compatir avec le clergé catholique. Un cadre musulman, défenseur autoproclamé de la cause musulmane, a même eu l’outrecuidance de s’en prendre avec virulence sur les réseaux sociaux à l’archevêque métropolitain de N’Djamena, l’accusant d’avoir indexé « tous les musulmans et toute la communauté » dans la barbarie de Walia…alors que le chef de l’Église catholique au Tchad n’a jamais rien dit de tel. Se taire sur cette barbarie, mais condamner la sortie somme toute légitime et pleine de sagesse de Monseigneur Edmond Djitangar, c’est le comble de l’ignominie et de l’hypocrisie. La grande prière œcuménique, célébrée chaque 28 novembre « pour la paix et la cohabitation pacifique », risque de ne pas faire recette. C’est à juste titre que l’Union des cadres chrétiens entend la boycotter.

De la même manière, les déclarations du porte-parole du gouvernement selon lesquelles le gouvernement fait en quelque sorte qu’il n’y ait aucune zone de non-droit au Tchad est une autre tartufferie. L’école tchadienne est devenue une zone de non-droit où les enseignants subissent régulièrement menaces et agressions. L’hôpital est une zone de non-droit où les personnels soignants sont régulièrement agressés, le plus souvent par des hommes en uniforme. Le Tchad est constitué de 1.284.000 zones de non-droit où sévissent les conflits intercommunautaires, où des Tchadiens torturent et tuent d’autres Tchadiens venus chercher de l’or sur leurs terres, etc. Une terre de non-droit de prédilection où les gens s’adonnent allègrement aux plus horribles et pathétiques des challenges : #CHALLENGE_CRIME (comme un compatriote l’a si bien nommé sur Facebook) ! Sous le regard d’un gouvernement et d’une Justice qui laissent faire.

La Rédaction

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