Découverte de Toumaï : « J’ai eu de la chance d’avoir vécu cela », Pr Michel Brunet

Découverte de Toumaï : « J’ai eu de la chance d’avoir vécu cela », Pr Michel Brunet

INTERVIEW – Pr Michel Brunet, paléontologue français encore appelé « le père de Toumaï » est de passage au Tchad. Il était responsable de la mission qui a conduit à la découverte du plus vieil hominidé Sahelentropus Tchadensis, plus connu sous le nom de Toumaï. Le professeur Brunet est à l’affiche du film « Michel Brunet au nom de l’Humanité » dont l’avant-première a été diffusée ce 16 mai à l’Institut français du Tchad (IFT). Tchadinfos.com est allé à sa rencontre.

Quels sont vos souvenirs de l’expédition qui a conduit à la découverte  de Toumaï ?

En 2001, quand Toumaï a été mis au jour, je n’étais pas moi sur le terrain pour des raisons simples. J’étais dans l’enseignement supérieur, j’avais des étudiants et donc il fallait faire de l’enseignement. Et que les charges étant ce qu’elles étaient, on se relayait. J’étais le directeur de la mission, donc le responsable de la mission. C’est moi qui avais monté tout cela avec l’aide du CNARR. Le directeur de l’époque, Dr Abakar Adoum Haggar avait beaucoup aidé. Il faut remonter en 1997, on est sur le terrain, on tourne un film avec la société Gédéon Programme. On était basé à mi-chemin entre Korotoro et les sites où on a trouvé Toumaï. Justement je savais par des lectures que plus à l’ouest de Korotoro, on avait apparemment déjà vu des choses. J’avais lu des choses qui impliquaient qu’il y avait des animaux qui semblaient plus anciens. Un matin, j’ai dit « je m’en vais ». Le réalisateur voulait nous suivre mais j’ai dit non. On était trois ou quatre et on est parti vers l’ouest. Et cette année-là, on a trouvé les sites, qui en 2001, ont livré Toumaï. Alors je n’ai pas trouvé Toumaï mais j’ai trouvé les sites.

Je me souviens, il y avait un qui trouvait plus de fossiles que les autres. C’était Ahounta Djimdoumbalbaye, le grand (taille) Ahounta. On avait fait le point à mon retour, j’ai dit qu’il n’y a aucune raison pour qu’on ne trouve pas un hominidé sur ce site. Je rajouterai maintenant, il y avait aucune raison non plus pour qu’on en trouve (rire). Déjà les littératures et puis des collègues m’avaient prédit que je ne trouverai rien au Tchad. Parce que c’était le East Side History. A Aounta j’ai dit on va trouver et c’est toi le meilleur chasseur de l’équipe qui trouvera. Je ne suis pas voyant mais c’est lui qui a trouvé, c’est lui qui a regardé Toumaï pour la première fois. Je trouve à mes yeux que c’est bien une belle histoire parce que, de fait, ce plus vieux tchadien connu actuellement, il a été regardé dans les yeux pour la première fois par un de ses descendants tchadiens.

Je pense que cette aventure scientifique a été, pour le Tchad, pour la France, pour les gens qui ont participé de près ou de loin, une aventure dont on est fier. C’est un projet qui montre que nous sommes encore des humains. On peut se réunir, s’associer pour faire des choses qui ne rapportent pas d’argent, pire qui en coûtent. C’est tellement rare d’avoir des gens qui font des choses simplement pour le plaisir de savoir. En l’occurrence là, c’est essayer de connaître notre histoire.  Je considère que j’ai eu de la chance d’avoir vécu cela.

Quel était votre sentiment quand on a daté les ossements de Toumaï ?

Je n’étais pas surpris. Les fossiles que j’ai découverts en 1997 m’indiquaient un âge de 6-7 millions d’années. Ces sont les collègues d’Aix Marseille qui les ont faites.

J’étais très content. Quand moi j’étais à l’école primaire, on jouait toujours « au plus grand, au plus gros, le plus quelque chose ». Toute ma vie j’ai joué à essayer d’avoir le plus vieux. Et le jour où on a trouvé Toumaï., on avait le plus vieux. Ça m’a fait un plaisir énorme parce qu’il y en avait deux autres qui venaient d’apparaître peu de temps avant. L’équipe était très heureuse, on avait le plus vieux. Parmi tous les gens qui étaient là, j’étais le seul à savourer cela. C’est dire que toute ma vie, je n’ai pas fait un métier j’ai vécu une passion.

Comment vous avez trouvez le film ?

Aaron Padacké Zegoubé s’est bien débrouillé. Je pense qu’il a su faire passer un certain nombre de messages. Le personnage principal du film c’est Toumaï. C’est son histoire pas la mienne, c’est vrai que son histoire et la mienne se sont croisées à un moment. Alors par moment en voyant ce film, qu’on parlait trop de Brunet. Mais ça dépend de comment on voit les choses, je crois que les deux histoires sont liées que ça plaise ou pas.

Que dites-vous des polémiques autour de Toumaï ?

Depuis que j’ai trouvé Toumaï, je n’ai eu jamais autant d’emmerdes. On a publié dans les plus grandes revues du monde les résultats sur Toumai. Il y en a qui essaie de faire le buzz en racontant des choses. Ils feraient mieux d’aller sur le terrain chercher les fossiles. Ça serait plus important. Toumaï a un crâne de bipède, il est bipède, il a des dents qui vont bien avec ça. Globalement, c’est bien un pré-humain. Cela ne changera pas. Toumaï a été trouvé au Tchad, on dit que ces préhumains étaient à l’Est du grand rift et qu’à l’Ouest c’était les grands singes. Non ça ne marche pas, la preuve. Mais c’est ça la science.

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