Culture : est-il normal que 9 296 oeuvres tchadiennes se retrouvent au musée du Quai-Branly ?

Culture : est-il normal que 9 296 oeuvres tchadiennes se retrouvent au musée du Quai-Branly ?

Le rapport Sarr-Savoy du nom des deux chercheurs mandatés par le président Macron pour se pencher sur la restitution du patrimoine africain détenu en France sera publié vendredi 23 novembre. Dans ce rapport que Tchadinfos a pu consulter, deux extraits mentionnent le Tchad. On relève que 9 226 pièces en provenance du Tchad sont inventoriées au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Ce rapport Sarr-Savoy est le résultat de la promesse faite par Emmanuel Macron lors de son passage à Ouagadougou au Burkina Faso le 28 novembre 2017. Le président français entend rendre temporairement ou définitivement le patrimoine africain détenu en France d’ici cinq ans. Les mandatées Bénédicte Savoy (historienne) et Felwine Sarr (économiste) ont répertorié en tout 90 000 œuvres d’art africaines dans les collections nationales françaises essentiellement stockées au musée du Quai-Branly Chirac spécialisé sur les arts africains. Les chercheurs ont travaillé sur 46 000 œuvres du musée sur les 300 000 qu’il détient.

L’ensemble de ces pièces relèvent du “trésor pillé, butins de guerre, vols, pillages ou acheter majoritairement pendant la période coloniale”, peut-on lire, pour le Tchad entre 1884-1960 c’est 8 558 qui ont été ramenés en France. À partir de l’indépendance, c’est 738 oeuvres. Au total, 9 296 biens culturels ont été inventoriés dans ce rapport. Masques, bijoux, statues, tissus, armes, ustensiles, instruments de musique, outils, objets rituels, poteries, photos, etc. Tous ont été rapportés souvent lors des expéditions coloniales ou missions civiles à l’exemple de la mission confiée à Charles Le Coeur qui a rapporté 247 objets du Tchad (1933–1935).

Fer de lance, Musée de l’Homme (Afrique)

Est-il possible de voir ces richesses rejoindre leurs pays d’origine?

D’après les chercheurs techniquement, un retour des biens culturels est possible. Mais il requiert d’abord quelques préalables, à savoir la modification de la loi régissant le code du patrimoine français et une demande du pays d’origine en question. Le Benin par exemple a été le premier pays africain à demander la restitution de ces richesses historiques et culturelles. Le président Talon entend faire de son pays un destination touristique et vecteur de développement.

“Terre cuite Sao”

Le Tchad dans tout ça…

Le Tchad compte cinq musées, trois musées relevants du ministère de la Culture (N’Djamena, Abéché et Sarh), un musée communautaire celui de Gaoui et un musée privé celui de Moundou initiative de l’ancien maire de la ville Laoukien Kourayo Medard. Le musée national de N’Djamena détiendrait entre 5000 et 6000 pièces, mais un chiffre précis sera communiqué lors de la fin de l’inventaire actuellement en cours. Mais une chose est sûre : un tour au musée national situé au quartier Amriguebé laisse les visiteurs pantois. C’est “un musée dans un bâtiment flambant neuf”, mais “la collection exposée est hélas décevante”, explique une internaute sur Twitter. De quoi remettre en cause les estimations de 5000 à 6000.

Musée de Gaoui, “le dernier des saos” et guide du musée

Le musée communautaire de Gaoui par contre dispose beaucoup de pièces. Le musée est en revanche laissé à l’abandon. Et pour cause : la ville ne dispose pas de ressources financières nécessaires pour l’entretien et la conservation. Un tour au musée vous laisse sans voix, les richesses sont en train de se disloquer sans conservation appropriée.

Qu’en disent les autorités ?

La culture malheureusement ne semble pas être inscrite sur le cahier de priorité des autorités. Plusieurs tentatives de joindre la ministre de tutelle Madeleine Alingué ont été infructueuses, on nous fait savoir qu’elle ne souhaite pas se prononcer sur le sujet. Cela voudrait-il dire que le gouvernement rechignerait à emboiter le pas au Benin pour réclamer ce qui lui est dû ? Il est tout de même incongru qu’une grande partie de notre richesse culturelle, historique et patrimoniale se trouve en France. Ainsi, un enfant parisien aura plus de chance d’en apprendre sur les géants Sao ou encore sur les terres de Toumaï qu’un enfant n’djaménois.

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