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Agriculture : “Au Tchad, les semences améliorées sont moins connues”

Agriculture : “Au Tchad, les semences améliorées sont moins connues”

La prévision métrologique pour la campagne agricole 2020-2021 annonce un léger retard des pluies, mais aussi de fortes inondations dans certaines zones de production. Dans certaines parties du pays, des producteurs risquent de subir les mêmes excès de pluies de l’année passée. Dans une interview au journal Le Progès, la directrice des Semences et Plants, Mme Halimé Mahamat Hissène, nous éclaire. Voici l’intégralité.

Mme la directrice, par rapport à la prévision météorologique, quelles sont les semences que vous proposez suivant les variétés et les zones, et pourquoi ?

Depuis plusieurs décennies, le climat est en train de changer. La sélection a orienté tout ce qui est culture aride vers des variétés à cycles courts ou moyens, pour permettre d’avoir la production, même pendant une saison de pluies plus courte que d’habitude. Le système n’est pas propre au Tchad. Dans la sous-région Afrique centrale et Afrique de l’ouest, la plupart des variétés de grandes cultures, comme les céréales, l’arachide et le niébé, sont à cycles de 70 à 120 jours en moyenne, pouvant correspondre à plusieurs zones du pays. En fonction de chaque zone agro-écologique, nous utilisons telle ou telle variété, selon son cycle.

Quelles sont les variétés les plus pratiquées et consommées selon les zones?

Par exemple, pour le mil, c’est le gB8735 et le DBs5 qui sont plus utilisés. Pour le sorgho, nous avons plusieurs variétés, dont les s35, K3R et Kolmon. Les variétés de maïs 2009TZeeW et CMs 85-01 sont cultivées beaucoup plus dans la province du salamat, et celle CMs 86-02, vers la zone du Lac Tchad. Pour l’arachide, nous avons la fleur 11 et aussi des variétés comme la JL24, qui commence à être appréciée dans le Centre du pays. Le sésame essentiellement produit au Tchad est le s42 et une autre variété, qui s’appelle PACHeKINo. Nous avons, pour le niébé, l’IT93K-503-1, qui vient de l’IITA (un centre de recherche sous-régional), et la TN5-78. en dehors de cela, nous avons le riz, tel que le NeRICA (New Rice of Africa), qui est un ensemble de variétés de riz pluvial pouvant être produit en dehors de bas fonds. Il est très répandu au Tchad.

D’une manière générale, comment s’effectue la mise à disposition de ces semences sur l’ensemble du territoire national?

La disponibilité des semences au Tchad dépend des niveaux d’utilisation de semences améliorées. Au Tchad, la plupart de nos producteurs utilisent les semences produites dans leurs champs. De la sélection directe, ils choisissent les épis les plus jolis et gardent les graines pour les utiliser à la campagne prochaine. Beaucoup de producteurs n’utilisent pas ou ne connaissent pas qu’il y a des variétés améliorées avec un meilleur rendement et adaptées aux saisons. Donc, en 2021, notre objectif est d’at- teindre, au moins, 20% de couverture en semences améliorées. Présentement, nous en sommes autour de 5% de disponibilité. Les quantités disponibles de toutes ces cultures sont de 2 000 à 3 000 tonnes donc loin de nos objectifs. Il reste beaucoup à faire. Peut-être que les gens ne le savent pas, mais, pendant longtemps, tout ce qui est intrant agricole a été subventionné par l’Etat. Depuis 2015, l’Etat n’achète plus de semences, donc ne subventionne plus la production. Ni l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER), ni l’ITRAD (Institut Technique de Recherche Agricole pour le Développement) n’en produisent pour distribuer. L’ITRAD produit des semences de base, achetées par des producteurs semenciers privés, des paysans et organisations de producteurs, qui les reproduisent et les mettent à la disposition des autres producteurs (R1 et R2). L’Etat n’a pas de magasins pour stocker des semences et les distribuer aux producteurs. Ce sont les partenaires du ministère de la Production de l’Irrigation et des équipements Agricoles, comme la Banque mondiale, la BID, la BDEAC, la Coopération suisse, le FIDA, la FAO, etc. qui viennent en appui aux producteurs sur l’étendue du pays, en appuyant, directement, les producteurs semenciers dans la production des semences pour les distribuer aux autres producteurs, ou en achetant les semences et les distribuant aux producteurs. Il y a également des producteurs qui achètent eux-mêmes des semences. Maintenant, les semenciers sont organisés en Fédération nationale des producteurs semenciers, pour promouvoir leurs productions. Nous les aidons en produisant des annuaires et autres documents, où sont répertoriés tous les producteurs, avec les variétés et quantités de semences produites. Nous mettons ces annuaires à la disposition de nos partenaires et des ONG qui travaillent dans la plupart de nos provinces, comme le CICR, l’OXFAM, le FLM, entre autres. Ces documents leur permettent d’acheter des semences certifiées pour les mettre à la disposition des producteurs. Notre travail essentiel est d’assurer le suivi et de certifier les semences améliorées.

Au début de la campagne, tous les semenciers sont directement répertoriés au niveau de notre direction ou à travers nos partenaires. Donc, nous établissons un calendrier, pour pouvoir, au moins, contrôler les champs, deux à trois fois, pendant la campagne. Chaque fois que nous passons, nous contrôlons les parcelles semencières, prodiguons des conseils et donnons des orientations pour que la qualité des semences ne soit pas détériorée. Toutes les semences doivent être pures et de meilleures qualités pour que nous puissions assurer un meilleur rendement chez les producteurs. Lorsque la production est déjà récoltée, nous l’analysons au laboratoire pour nous assurer que la qualité est bonne, puis nous assistons au conditionnement.

Quels sont les rapports entre les cycles initiaux et les cycles réduits dans l’amélioration des semences?

Dans l’amélioration de plantes dans notre zone, les plus grands problèmes sont liés à la sécheresse et au changement climatique. Mais, nous voulons toujours aller vers ce cycle court. Le croisement s’effectue entre une variété appréciée par les producteurs pour des critères agronomiques, gustatifs et autres, et une variété de cycle court ou à fort rendement sous faible pluviométrie. Le rapport n’est pas aussi grand, ni aussi éloigné du cycle d’origine de la variété. Souvent, après croisement, on peut tomber sur le cycle de la variété à cycle court.

Peut-on réduire jusqu’à 10%, par exemple, le cycle d’une semence?

Oui, parce que chaque espèce a son cycle. Par exemple, dans les espèces du sorgho, on peut trouver des cycles allant de 70 à 130 jours. Donc, la variété que l’on veut améliorer aura un cycle entre 70 et 130 jours. Si nous avons une variété de 130 jours, nous allons la croiser avec une autre variété de 70 jours par exemple. Notre objectif est d’avoir 70 jours et la meilleure qualité de celle de 130 jours. Nous ne pouvons pas sortir du cycle normal de l’espèce, mais, nous pouvons amener une meilleure qualité d’un cycle long à son cycle le plus court de la même espèce.

Propos recueillis par

Mahamat Hassan Adoum

Le Progrès N° 5315

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