Affaire Mateyan Bonheur : ce que son père nous a confié

Affaire Mateyan Bonheur : ce que son père nous a confié

Son enfant est fauché par le cortège du président de l’Assemblée nationale le 4 novembre. Le flou entoure les circonstances de sa mort. Entre spéculation et indignation, Manayal Naoutengar, père du défunt nous raconte les derniers moments de son fils.

La famille est en larme. Elle pleure encore aujourd’hui. Mardi 5 novembre, au domicile du défunt à Atrone dans le 7e arrondissement, d’un côté on sert les dents, de l’autre, on étouffe la colère au fond de soi.  A notre arrivée, nous sommes conduits auprès de Manayal Naoutengar, père du défunt Mateyan Bonheur. C’est un homme courageux qui nous a reçus.

Yeux rougis par la peine, Manayal Naoutengar se souvient encore de la dernière fois qu’il a vu son fils debout, sur ses deux jambes. « C’était vers 17 heures. Je revenais du travail, lui, il faisait son entrée. Quelques minutes plus tard, il est reparti à ses activités de mototaxi », explique le père de Mateyan Bonheur, le visage abattu.

Le temps de se reposer, le téléphone de Manayal Naoutengar sonne. Au bout du fil, on lui annonce que son fils a connu un accident. Sans tarder, l’homme et sa femme se remorquent sur la moto et débarquent sur les lieux. Arrivés, leur fils a été évacué aux urgences de l’hôpital général de référence nationale.  

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« Quand nous étions arrivés, mon fils parlait encore, nous avions échangé des mots », rapporte Manayal père. Mais selon lui, c’est la lenteur dans la prise en charge au niveau de l’hôpital qui aurait précipité la mort de son fils. « Le gros problème, c’est au niveau de la prise en charge à l’hôpital. On a mis presque deux heures sans toutefois voir un médecin. Même pour les médicaments, j’ai mis une heure quelques sans toutefois m’en procurer », relate le père du défunt. « Il a fallu qu’une sœur appelle un médecin quelque part pour venir au secours. Mais celui-là est arrivé aussi avec un retard. Au même moment, il y a un patient qui était au bloc opératoire. Donc ils ont dit que c’est après lui qu’ils vont s’occuper de mon fils. Et c’est de là qu’il a rendu l’âme », témoigne-t-il.

La mort du père de trois enfants a été rendue officielle vers 20 heures. Immédiatement, de vives réactions ont envahi les réseaux sociaux au point qu’elles sont devenues même virales : « nous exigeons la démission du président de l’Assemblée nationale ». « Les tueurs de Mateyan Bonheur doivent être punis », s’indignent des internautes tchadiens.  

À travers des posts et des tweets, on accuse la garde du président de l’Assemblée nationale d’avoir agi maladroitement. Qu’elle n’a pas le droit de tirer sur des individus. À cette réaction, nous avons contacté un officier de l’armée nationale tchadienne que nous taisons le nom. Selon lui, les consignes sécuritaires à ce niveau sont strictes.  « La garde sécuritaire a le droit d’ouvrir le feu sur toute menace à la sécurité des hautes autorités. » C’est pourquoi, il y a toujours, une sirène qui annonce le passage des hautes autorités pour éviter des incidents, conclut-t-il.

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Du côté de la famille, aucune tension. Manayal Naoutengar affirme l’entourage du président de l’Assemblée nationale a pris contact avec leur chef de race. C’est avec cette rencontre que la famille décidera du programme des obsèques.

Mateyan Manayal Bonheur est titulaire d’un Master en Droit privé. Faute d’emploi, il s’est converti en conducteur de mototaxi. Dans la soirée du 4 novembre, devant le centre des jeunes Don Bosco, il a reçu deux balles tirées par les agents de la sécurité du président de l’Assemblée nationale. Marié à deux femmes, Mateyan Bonheur laisse trois orphelins.  

2 Commentaires

  1. Moussa Batraki
    7 novembre 2019 at 11 h 45 min Répondre

    Ca n’a aucun sens. Les gens font une analyse de menace avant de surélever le niveau de sécurité pour recourir à l’usage des armes en cas de nécessité. Et quelle menace envers le Président de l’Assemblée Nationale du Tchad? Une sirène sert à annoncer le passage d’un Officiel comme partout dans le monde, pas pour dire “cassez-vous sinon on vous tire dessus”. Si c’était le cas on nous aurait appris cela à l’école. Tirer une fois en l’air aurait suffit. Tirer 1 fois sur l’engin de la personne aurait suffit. Tirer une fois sur la personne aurait déjà été de trop mais 2 fois dans ce cas précis c’est juste un homicide.

  2. DJINBO Pascal
    8 novembre 2019 at 5 h 58 min Répondre

    Je me suis dit est-ce que c’est la fin du monde qui commence au Tchad car ce cortège est supposé selon ma petite compréhension des choses la représentativité des Peuples . Mais telque c’est parti

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