Tchad : les stations-services prolifèrent dans la capitale

N’DJAMENA, 30 mars (Xinhua) — Depuis la mise en exploitation en 2011 d’une raffinerie au nord de la capitale tchadienne, les stations-services prolifèrent à travers la ville, la plupart en violation des normes requises.

A côté de grands groupes tels Total, Oil Libya et la Société des produits pétroliers (SPP), des particuliers se sont mis à créer des points de vente de carburants. Cette frénésie a gagné les opérateurs économiques tchadiens depuis que le gouvernement tchadien et la République populaire de Chine ont mis en exploitation une raffinerie à Djarmaya, à 80 km au nord de N’Djaména, la capitale.

“Logiquement, la distance normale entre deux stations-services doit être d’au moins 500 mètres. Mais des stations-services sont même séparées juste par une rue de 20 ou 30 mètres”, indique Abdoul Mahamat Saleh, directeur du Raffinage, du stockage et de la distribution au ministère de l’Energie et du Pétrole. A la sortie nord de la capitale, sur la route qui mène à la raffinerie de Djarmaya, l’on compte une demi-douzaine de stations sur à peine 1 km.

Certaines stations-services se retrouvent même à côté des habitations, séparées simplement par un mur mitoyen mettant ainsi la vie des habitants de la concession voisine en danger. D’autres sont implantées près des écoles ou des bâtiments publics, alors qu’elles devraient en être situées à plus d’un kilomètre au moins de ces lieux.

“Les normes de sécurité ne sont pas respectées dans la plupart de ces stations”, indique Abdoul Mahamat Saleh. Selon lui, certaines stations n’ont même pas de bacs de sables, ni d’extincteurs qui sont nécessaires en cas d’incendie.

L’implantation anarchique de ces stations-services constitue un sérieux casse-tête pour la municipalité de N’Djaména, la capitale. Les services communaux ne sont pas à mesure de dire combien d’essenceries se trouvent dans la capitale tchadienne. “Chaque jour que Dieu fait, les gens construisent des stations-services. Parfois, certains individus occupent le domaine communal sans avis de la mairie et implantent leur station. Ils font comprendre que l’autorisation est venue d’en haut”, déclare Adoum Hissène Mahamat, un ancien responsable administratif de la commune.

Afin de contrôler l’implantation de ces stations-services, une commission mixte composée des fonctionnaires des plusieurs ministères (Pétrole, Commerce, Sécurité publique, Santé, Affaires foncières, Aménagement du territoire, urbanisme et habitat) et de la Mairie de N’Djaména a été mise sur pied. Elle est chargée des études de dossiers d’agrément et du site d’implantation.

“Malheureusement, certaines autorisations sont accordées par complaisance. Sur le plan technique, ces stations-services sont implantées dans des zones parfois à risque, sans véritablement une étude préalable de terrain. Elles ne respectent pas le cahier des charges qui leur est assigné par le ministère du Pétrole”, affirme Abdoul Mahamat Saleh technique du ministère du Pétrole.

Selon la procédure en vigueur, avant de construire ou d’exploiter une station-service, l’on doit obligatoirement en faire la demande au ministre en charge des hydrocarbures. La demande doit être accompagnée d’un plan cadastral et un d’arrêté de gré à gré, d’un arrêté d’attribution ou d’une note d’affectation de terrain, d’un permis de construire définitif délivré par la mairie, d’une autorisation administrative d’exercice commerciale du ministère du Commerce, d’une copie des statuts de la société ou l’identité de la personne physique, d’un devis estimatif du projet de construction de la station, d’un plan d’ensemble situant le point de distribution par rapport aux constructions et terrains contigus, d’un plan de masse ( installation des cuves et des pompes volumétriques), d’un plan d’ensemble (montrant la position nord, sud, est et ouest des stations existantes, établissements scolaires, lieux publics, bâtiments administratifs, axes routiers, etc.), d’un certificat d’épreuve des cuves, d’un casier judiciaire, d’un certificat médical et d’une copie de la carte nationale ou du passeport du gérant.

Ensuite, les agents de la direction du Raffinage effectuent une descente sur le site pour faire un dernier constat avant que le projet de décret qui donne l’agrément d’exercice ne soit engagé. Après l’obtention de l’agrément, un délai de trois mois est accordé pour la construction de la station.

“Puisque la procédure pour l’obtention d’autorisation est longue, certains individus se rabattent parfois auprès des délégués des arrondissements et obtiennent un soi-disant papier qu’ils sont prêts à brandir à tout moment. Et ils commencent par exercer, sans respect de normes de sécurité”, affirme Abba Issa, gérant d’une station Total.

Depuis deux semaines, l’Autorité de régulation du secteur pétrolier (ARSAT), composée de fonctionnaires des différents services (dont le ministère du Pétrole, le ministère du Commerce, les Impôts et taxes, et la commune de N’Djaména) essaie de mettre de l’ordre dans toutes ces stations-services qui créent souvent des incendies.

Fin octobre 2011, un terrible incendie, déclenché dans un dépôt anarchique au sein du marché de Dembé, dans le VIIème arrondissement de la capitale, a consumé des milliers des litres de carburant, des dizaines de minibus et des millions de francs CFA en espèces. Le feu aurait gagné les habitations voisines, si les sapeurs-pompiers de l’opération Epervier (la force française stationnée à N’Djaména depuis les années 70) n’étaient pas intervenus à temps.

En mars 2012, un autre incendie d’origine inconnue a ravagé une partie du dépôt Oil Libya, au quartier industriel de Farcha, au Ier arrondissement. Il a fallu trois heures aux sapeurs-pompiers de la mairie, de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique (ASECNA) et de l’opération Epervier pour circonscrire le sinistre.

“A l’issue du contrôle de l’ARSAT, toutes les stations-services qui ne respectent pas la réglementation seront fermées et leurs exploitants sévèrement punis”, conclut le directeur du Raffinage.

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