Tchad: la Société des télécommunications bat de l'aile

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Créée il y a plus d’une dizaine d’années, la Société des télécommunications du Tchad ( Sotel) ne cesse d’accumuler les difficultés. Pour la remettre en flot, le gouvernement envisage un certain nombre de mesures, dont un plan de départ volontaire que conteste le personnel.

“Les causes de l’enlisement de la Sotel sont multiples”, déclare Abdoulaye Sabre Fadoul, ministre des Postes et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Selon lui, la société était mal partie au moment de la libéralisation du secteur des télécoms au début des années 2000. Il n’y a pas eu des moyens suffisants mis à sa disposition pour développer le mobile. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la situation de la Sotel “est ridicule”, comparativement aux deux autres opérateurs de la téléphonie, Airtel et Tigo Millicom.

“Ensuite vient la mauvaise gestion du peu de ressources dont la Sotel a disposé. Et là aussi les responsabilités sont partagées entre les dirigeants qui se sont succédé à la tête de la Sotel et l’Etat qui n’a pas assuré une pleine tutelle sur la Sotel et l’absence depuis la création de la Sotel, d’une vision stratégique à long terme sur la Sotel”, ajoute M. Sabre Fadoul.

Peu de temps après sa création, fin 20 mai 2000, Sotel se dessaisit de ses recettes à hauteur de 57% au profit de la Société Tchadienne des Postes et de l’Epargne (STPE) et l’Office Tchadien de Régulation des Télécommunications (OTRT) et se prépare à une privatisation appuyée par la Banque mondiale. Mais la société est reprise par Libertis, une entreprise privée étrangère, qui se contente de fonctionner avec l’ancienne licence. Ceci mécontente la Banque mondiale qui met fin à son accompagnement.

Seule face à son destin, la Sotel cumule les passifs. Mais l’Etat tchadien décide de sauver son entreprise, éponge le passif de 55 milliards F CFA (110 millions USD) pour permettre au groupe de repartir sur de nouvelles bases et de faire face un tant soit peu à ses deux concurrents qui gagnent très vite du terrain. La privatisation est à nouveau à l’ordre du jour.

En 2010, avec l’intervention de l’ancien guide libyen, Mouammar Kadhafi, le rachat est attribué à une entreprise libyenne (Green Network) pour 45 milliards F CFA (90 millions USD). Une avance de 10 milliards F CFA (20 millions USD) est versée au Tchad.

Mais les évènements de Libye et la chute du régime Kadhafi font à nouveau capoter cette deuxième tentative de privatisation. Et la Sotel replonge dans les dettes qui s’élèvent à 20 milliards F CFA (40 millions USD).

Au siège de Sotel (un imposant bâtiment neuf sur l’avenue Charles de Gaulle, la principale rue marchande de N’Djaména), le climat est morose et plein de suspicion. Les caisses sont vides et les retards dans le paiement de salaires récurrents. La société est obligée de recourir à des découverts bancaires pour payer un personnel pléthorique de plus de 550 agents.

Au sein du gouvernement tchadien, l’on assure avoir tiré les leçons de toutes ces défaillances et commencé à reconstruire la Sotel sur des bases beaucoup plus saines. “Nous proposons un plan de départ volontaire du personnel. Nous avons fait ce choix pour éviter un licenciement pour motif économique qui est souvent injustes. Personne n’est visée, mais tout agent qui désire partir peut saisir cette occasion et bénéficier de tous les avantages”, indique le ministre des Postes et NTIC.

Suivant le plan de départ volontaire, qui date de juin 2013, seuls 175 agents contractuels ayant totalisé 15 ans et plus de services se voient proposer 30 mois de salaire mensuel brut comme indemnités de départ. Parmi les 139 agents ayant servi entre dix et quatorze ans, les volontaires au départ ne recevront que 24 mois. Aux agents contractuels ayant totalisé entre un et neuf années d’ancienneté (185 au total) et aux 66 fonctionnaires détachés auprès de Sotel, il n’est proposé que 12 mois de salaire.

Hormis les fonctionnaires en situation de détachement, il est également accordé, à titre de rétribution de l’ancienneté passée au sein de l’entreprise, 10% du montant du salaire brut par an à tous les agents contractuels ayant totalisé cinq ans d’ancienneté, 15% pour ceux ayant six à dix ans, et 20% pour ceux ayant plus de dix ans.

En cas de privatisation de la société, deux ans après l’adoption du plan de départ volontaire par le gouvernement, il sera encore payé à chacun des candidats au départ 30% des indemnités qu’ils auront déjà perçues entretemps.

Le document précise, par ailleurs, qu’en plus de toutes ces indemnités, l’employeur prendra, en collaboration avec le comité de mise en oeuvre du plan de départ, des dispositions pour prendre en charge les cotisations sociales des employés concernés, par la Caisse nationale de prévoyance sociale (pour les agents contractuels) et la Caisse nationale de retraite du Tchad (pour les fonctionnaires détachés).

Dans tous les cas, l’employé candidat au départ volontaire doit être en situation régulière vis-à-vis de la Sotel, selon le document. L’employeur doit également avoir marqué son accord formel pour le départ sollicité. Au cas échéant, son refus doit être motivé et le maintien de l’employé à son poste ne peut excéder six mois, période au cours de laquelle les dispositions devront être prises en vue de pourvoir à, son remplacement de manière efficiente.

Réunis en assemblée générale, la semaine dernière, les membres du Syndicat National des Agents du Secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (SYNASTIC) ont rejeté en bloc les indemnités de départ volontaire proposées par le ministère de tutelle.

“Si c’est pour 60 mois, nous sommes partants. Ce chiffre avait été retenu suite à une négociation, à l’époque de la société libyenne Green Network qui a repris Sotel Tchad à un moment”, affirme Moustapha Adoum, président du SYNASTIC.

Selon lui, le départ volontaire se définit par rapport à des critères précis, notamment des critères financiers qui incitent les uns et les autres à partir. “Quand on quitte un boulot, il faudrait s’assurer que ce qu’on perçoit permet de tenir un certain moment. Or, dans le plan présenté par le ministère de tutelle, il n’y a aucun point qui puisse pousser quelqu’un à partir. En dehors du titre de départ volontaire, il n’y a rien”, déplore M. Moustapha Adoum.

“Avant mon arrivée, il y avait un projet de pacte social dont le coût global se chiffre à 12 milliards F CFA (24 millions USD, Ndlr). Ce travail a été fait en perspective de la privatisation de la Sotel avec les Libyens. Mais comme cette privatisation a échoué, le pacte social était à mon avis mort aussi”, rétorque M. Sabre Fadoul.

Le ministre des Postes et NTIC assure avoir mis en place un comité regroupant des représentants du ministère, de la direction générale de Sotel et des partenaires sociaux. Le comité lui a soumis un nouveau projet de pacte social dont le coût est de 11 milliards F CFA (22 millions USD).

“Ce projet réserve des avantages considérables aux agents qui décident de partir à commencer par le plus âgé. C’est vraiment un plan qui assure l’équilibre entre les agents qui décident de partir et les intérêts de la Société qui a besoin un peu d’énergie pour souffler”, conclut M. Sabre Fadoul.

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