Reportage : Le Tchad rend hommage à l'archevêque de la capitale

N’DJAMENA, 28 novembre (Xinhua) — L’archevêque de la capitale tchadienne, Mgr Mathias Ngartéri Mayadi, décédé il y a une dizaine de jours en France, a été inhumé jeudi. Tout un pays est venu rendre hommage à un homme d’Eglise qui a oeuvré pour le dialogue interconfessionnel et la cohabitation pacifique dans son pays.

Le président tchadien Idriss Déby Itno, le gouvernement au complet, les députés, les corps constitués, des centaines de milliers de Tchadiens, de différentes confessions religieuses. L’imposante Place de la Nation, érigée en face de la Cathédrale de N’Djaména, la capitale du Tchad, et du Palais rose, le siège de la présidence, a eu de la peine à contenir tous ces hommes et femmes.

Le temps était sec et poussiéreux en ce jour d’hiver, mais la Nation tchadienne a tenu à rendre hommage à “une de ses boussoles”, ainsi que les représentants des missions diplomatiques accréditées au Tchad et des évêques venues des pays de l’Afrique centrale.

“Mgr Mathias Ngartéri Mayadi a combattu le bon combat. Il a achevé sa course la bible à la main et gardé sa foi”, a déclaré Pasteur Souina Potifar, secrétaire général de l’Entente des églises et missions évangéliques au Tchad (EEMET).

Le président du Conseil supérieur des affaires islamiques du Tchad, Cheikh Hissein Hassan Abakar, lui, a salué la mémoire d’une “référence historique qui s’en est allé”.

“Il est pour moi, un ami personnel”, a précisé le leader de la communauté musulmane du Tchad avant de remercier “au nom, des hommes de Dieu, le chef de l’Etat qui a déployé, d’énormes moyens pour évacuer feu Mathias et affréter son avion personnel pour rapatrier le corps”.

“En proie à une bien douloureuse émotion”, le président Déby Itno a rendu hommage “à l’homme de Dieu, l’homme de pardon et d’amour du prochain, l’homme d’unité, l’initiateur de la journée nationale pour la paix au Tchad, Monseigneur Mathias Ngartéri Mayadi qui rendait plus d’un service à son pays”.

Selon le chef de l’Etat tchadien, l’ancien archevêque de la capitale faisait preuve d’un sens élevé de la défense des intérêts de son pays et ses opinions républicaines n’ont jamais varié. “Il mérite le plus noble éloge qu’on puisse faire d’un citoyen modèle parce qu’il fut à la fois utile à l’église et à la République”.

La journée nationale de la paix, instaurée depuis quatre ans sous l’inspiration de feu Mgr Mathias Ngartéri et des leaders des autres confessions religieuses (islamique et protestante), est célébrée le 28 novembre de chaque année, jour anniversaire de la proclamation de la République du Tchad. En cette journée, tous les Tchadiens, musulmans et chrétiens, se rassemblent en une grande prière commune en faveur de la paix et de l’unité de la nation tchadienne.

Le président Déby Itno a ainsi salué “l’éloquent exemple tchadien de cohabitation pacifique entre les différentes confessions religieuses”.

“Cette vie pleine de symbiose est à l’opposé de ce qui se passe non loin de nos frontières. Nous devons cette harmonie interconfessionnelle à l’action désintéressée et éminemment patriotique de l’ensemble des leaders religieux dont le révérend archevêque Mathias Ngartéri”, a-t-il affirmé.

“Cette paix chèrement acquise doit être jalousement conservée”, a martelé le chef de l’Etat tchadien. “Afin de poursuivre l’oeuvre entamée par feu Monseigneur Mathias Ngartéri”, il a exhorté ses compatriotes à privilégier les vertus du dialogue et de la réconciliation pour bâtir leur pays dans la paix et la stabilité.

Après ces hommages de toute une Nation à “une de ses boussoles”, la dépouille mortelle de l’ancien archevêque de la capitale a été remise à la Conférence épiscopale du Tchad pour un culte liturgique et son inhumation.

Monseigneur Mathias Ngartéri Mayadi est décédé le 19 novembre dernier en France, à 72 ans, dans l’avion qui l’évacuait pour des soins appropriés. Une semaine plus tôt, un accident cardio- vasculaire l’avait alité pendant plusieurs jours à l’hôpital des Eléments français au Tchad.

Premier évêque du Tchad (en 1986), il a été nommé archevêque de N’Djaména, fin juin 2003. C’est après une décennie à la tête de l’Eglise catholique au Tchad qu’il a tiré sa révérence, laissant derrière lui beaucoup de projets ambitieux, notamment la construction d’une basilique dont il a posé la première pierre, il y a quelques mois, en compagnie du président Déby Itno.

Feu Mgr Mathias Ngartéri Mayadi a été inhumé provisoirement ce jeudi soir, au Séminaire Saint-Luc de Bakara, à la sortie sud-est de N’Djaména. En attendant la fin des travaux de rénovation de la Cathédrale de Notre-Dame où sa dépouille sera transférée pour y reposer définitivement.

Par Geoffroy Touroumbaye

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