Energie : le paradoxe tchadien

Le 4 mars dernier, le président de la République inaugurait la centrale électrique de Lamadji. Et le chef de l’Etat de dire sa satisfaction avant de se fendre d’une vague promesse sur une révision, à la baisse, du prix de l’électricité. Depuis ce jour, cette denrée est devenue plus rare que les larmes d’un poisson. Paradoxale, n’est ce pas ? C’est à croire qu’au Tchad, lorsqu’un bien de consommation est produit sur place qu’il se raréfie pour ne pas dire qu’il disparaît complètement du marché. Deux exemples pour nous éclairer. La construction de la raffinerie de Djermaya, un peu au dessus de la centrale électrique en question, avait suscité des espoirs pour ce qui est du prix des produits pétroliers qui se vendront à un coût raisonnable. Des années de dépendance vis-à-vis du Cameroun et du Nigéria qui pratiquaient de prix prohibitifs ne seront plus que des lointains souvenirs. Hélas non ! Le pétrole, l’essence et le gaz de Djermaya sont encore plus chères que lorsque ces produits nous venaient de l’extérieur. La spéculation a pris le pas sur la sécurité intérieure et des groupes ont fait main basse sur ce qui devait être un signe de notre indépendance énergétique nationale. A cause de cela, la contrebande des produits pétroliers persiste tandis que ce qui devait rendre la vie moins pénible à ceux de nos concitoyens qui ont des véhicules à deux et quatre roues s’est transformé en un cauchemar tant il est difficile de faire le plein du réservoir pour vaquer à ses occupations de la semaine. L’essence «made in Chad» sert à enrichir quelques personnes qui ont le monopole de la distribution de ces produits. Il y a une année en arrière, la cimenterie de Baoré est inaugurée à grand renfort de publicité. Les Tchadiens qui y croyaient se sont mis à rêver s’imaginant pouvoir construire une case en matériaux durables avant de quitter ce bas monde. Ce ne fut, heureusement, qu’un rêve. On ne trouve nulle part ce ciment ou bien, lorsqu’il est signalé quelque part, le prix d’achat est deux fois plus que ce qui avait été fixé par le gouvernement. Des groupuscules mafieux ont organisé autour de la commercialisation du ciment des techniques dignes de Cosa nostra sicilien pour s’enrichir avec la complicité de l’Etat. Pourquoi l’Etat tchadien s’entête alors à construire sur le territoire national des entités de production si c’est pour vendre les produits plus chers que lorsqu’ils sont importés ? Certainement, ceux qui tirent les ficelles de ces opérations scabreuses savent ce qu’ils veulent. Mais ce n’est pas le bien des tchadiens qu’ils désirent. Loin de là. Le drame qui se joue ici n’est pas nouveau sous les cieux. C’est la gestion féodale qui se réédite au Tchad. Les « en hauts des hauts » perçoivent des tributs des diverses opérations financières qu’ils ont monté avec leurs représentants aux commandes des différentes structures qu’ils ont construit sans se donner de la peine pour accumuler des fortunes gigantesques. Ces représentants ont, auparavant, perçu des tributs de ceux qui sont aux échelons inférieurs et le système, bien rodé, fonctionne sans que les serfs des temps modernes ne sachent qu’ils sont exploités gratis. Comment peut-on agir ainsi contre le pays et le peuple sans que les plus hautes autorités ne réagissent ? C’est parce qu’il existe des liens de dépendance qui lient ces seigneurs les uns aux autres. Il y a conflit d’intérêt et tant pis pour le pays et le peuple. L’électricité n’est pas une denrée facile à transporter. C’est pourquoi ces gens sont entrain de réfléchir aux voies et moyens pour s’en mettre plein les poches en contournant la société nationale d’électricité (SNE). Ils sont habiles au mal et ils sauront monter une combine pour pomper l’énergie électrique et le revendre à l’étranger au détriment de nos compatriotes qui n’y verront que du feu. Malgré les 66 kilovolts, le délestage continue dans la capitale parce que ceux qui se complaisent de cette situation savent que l’électricité en permanence et à moindre coût fera péricliter leurs affaires. Les groupes électrogènes ne se vendront plus et le gasoil et l’essence ne s’écouleront pas comme c’est le cas ces jours ci. En attendant les 200 mégawatts promis par ceux qui nous gouvernent, nous devons continuer à supporter le bruit des générateurs électriques par ce temps de canicule. Nous n’avons pas fait ce choix. Il nous est imposé par ceux qui n’ont jamais aimé ce pays et qui préfèrent le maintenir dans la misère.

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2 Commentaires

  1. Jamaya
    21 avril 2013 at 15 h 46 min Répondre

    “Malgré les 66 kilovolts” , depuis quand ce sont les kilovolts qui permettent de connaitre la capacité électrique d’une ville ?

    Sachez que N’Djamena a 100 mégawatts de puissance mais qu’elle ne peut tout simplement pas le distribuer car il n’y a pas le réseau de distribution adéquate. C’est comme si vous injectiez une quantité énorme en un petit laps de temps dans une gaine en plastique , il finira certainement par éclater.

    C’est la même problématique pour l’électricité et l’État a lancé la seconde phase du projet qui est de doter N’Djamena de réseau de distribution pouvant acheminer les 60 mégawatts de Farcha 2. Ces travaux sont très lourds , et l’entreprise chinoise mandatée pour exécuter ce projet a 36 mois pour le finir. Donc prenez votre mal en patience ou continuez à râler pendant 36 mois.

    Vous avez le choix !

    • ahmat
      23 avril 2013 at 1 h 50 min Répondre

      On sent bien dans vos dire, que vous ne vivez pas ce qui a pourtant bien été expliqué, personne n’a le choix, seul une minorité bénéficie de ce privilège, qui est ôté à tout citoyen tchadien honête

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