Tchad : l’accord de Koumra relatif à la réparation civile fait bondir des cadres du Mandoul

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La gouverneure du Mandoul (en compagnie des représentants des parties) brandissant l'accord

Le 15 octobre dernier, les chefs traditionnels du Mandoul et les représentants des allogènes, réunis autour de la gouverneure, Madame Diamra Betolngar, ont signé l’ « Accord de Koumra relatif à la réparation civile ». Un accord contre lequel des voix s’élèvent.

L’accord prévoit qu’en cas d’ « homicide volontaire », le prix à payer est de 1.500.000 francs CFA dont une avance de 200.000 Francs CFA pour les obsèques et le reste à verser à une date convenue. Quand c’est pour un accident de la circulation, la somme est de 1.000.000 francs CFA dont une avance de 200.000 francs CFA pour les sacrifices et autres dépenses liées aux obsèques, le reliquat à payer à une date convenue.

Le document précise toutefois que le mis en cause peut être poursuivi par les juridictions compétentes.

L’accord a été signé, d’un côté, par dix représentants de différents groupes allogènes (notamment d’éleveurs) et de l’autre par Me Noubarangar Kladoumbé au nom des autorités traditionnelles du Mandoul. Un accord entériné par la gouverneure du Mandoul, Madame Diamra Betolngar.  

Mais aujourd’hui, des cadres et ressortissants du Mandoul sont très remontés contre cet acte. « Les gens mélangent la vie des populations avec leurs pratique politiques. Ça ne marche pas et ça ne marchera jamais. C’est de l’amalgame. La dia est une pratique coutumière, qui généralement ne concerne que la zone septentrionale. La généraliser ou alors l’imposer à d’autres contrées relève d’une dictature. La laïcité du pays est remise en cause par Diamra Betolngar (la gouverneure du Mandoul). Aussi, les coutumes qui constituent les valeurs ancestrales et traditionnelles de la province du Mandoul sont muselées. La loi n’existe plus dans ce domaine et surtout des questions liées au crime. Les criminels qui ont des moyens peuvent continuer à tuer et payer la Dia qui représente la valeur de deux bœufs. Le Tchad est une République et les lois sont faites pour réguler la vie de la société. Pourquoi une telle entorse à la jeune démocratie ? », s’emporte Madjyera Ngar Alkoa, le coordonnateur de l’Association pour la récupération des enfants en détresse et la défense des droits de l’homme (ARED).

Delaville Djimyabaye Sewingar, le coordonnateur du Réseau des associations du Mandoul (RESAMA) n’est pas tendre non plus. « C’est tout simplement inadmissible et nous devrions réagir face à ce dossier scandaleux aux conséquences dommageables pour la vie de nos parents. C’est un coup fourré de madame la gouverneure du Mandoul en complicité avec les éleveurs », pense-t-il.

Le président du Cadre d’action populaire pour la solidarité et l’unité de la République (CAP-SUR), Rangar Djenadjim Timothé s’est également insurgé contre l’accord de Koumra.  Il s’interroge sur l’opportunité et l’enjeu de ce qu’il qualifie de « simulacre d’accord ». Il se demande également si c’est la Dia sous une forme souple. « Pour moi, ces prétendus accords n’arrangent en rien les populations autochtones mandoulaises. Je pense que les autorités traditionnelles se sont laissé enrôler dans une complicité malicieusement orchestrée par une tierce », déclare-t-il.

La colère se généralise. Les ressortissants du Mandoul entendent se mobiliser et agir pour que cet accord ne passe pas.

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