Leur service est tous les jours sollicités mais l’on parle presque pas d’eux. Les fossoyeurs sont d’une grande utilité pour des gens qui ont perdu leurs proches. Du cimetière de Toukra à celui de Lamadji, ils sont toujours présents. Au cimetière de Lamadji, un groupe de jeunes tente tant bien que mal à vivre de ce métier.

Ils sont plus de 90 jeunes venus de différents quartiers de N’Djamena à s’adonner à ce métier au cimetière de Lamadji, à la sortie nord de N’Djamena. Organisés en groupe, ces fossoyeurs passent toute leur journée au cimetière, considéré comme leur lieu de travail.

Pour trouver de quoi mettre sous la dent et subvenir aux besoins de leurs familles, ils font le tout pour le tout. Même pour des miettes. « Nous sommes nombreux, d’autres sont venus des villages périphériques de N’Djamena, et d’autres quittent la ville pour venir travailler ici. Creuser les tombes, c’est notre travail, parcequ’il est difficile de trouver du travail dans ce pays et nous ne pouvons pas supporter voir les enfants pleurer de faim. Raison pour laquelle moi je suis ici pour trouver un 500f le soir », explique Adoum Ezedine, un des fossoyeurs.

Constitués en équipe, ces jeunes travaillent en suivant les ordres du chef de groupe. « Quand il y a un corps qui arrive, je désigne quatre (4) personnes pour creuser la tombe d’un adulte, et deux (2) pour celle d’un enfant. Et c’est une rotation afin de permettre aux autres de prendre un peu de l’air en se reposant sous cet arbre », nous explique Youssouf, chef de groupe.

Alors qu’ils comptaient faire de ce métier une activité rentable, sur le terrain, la réalité est tout autre. “Souvent, quand des parents des défunts se présentent, on nous parle de “moussada” (assistance). Et on ne peut pas refuser. On leur donne de coup de mains. Quelquefois, on nous donne les 5 000, 10 000F. Quelquefois, rien”, relate le chef de groupe. Finalement, le travail n’est réduit qu’à un travail de volontariat.

Comme tout autre travail, le métier de fossoyeur n’est pas facile. Conditions de travail pénible, manque d’équipements et de matériels adaptés sont entre autres les difficultés que rencontre le groupe de Lamadji. “Nous creusons la terre et c’est difficile quand nous n’avons pas des matériels. Nous sommes au soleil du matin au soir, on n’a pas de hangar pour nous abriter en cas de pluie ou de forte canicule. Il y a des fois des cas sociaux, comme des corps en état de putréfaction, nous sommes obligés d’enterrer comme ça, sans gant, ni protection, des fois sans cache-nez”, fait constater Tom Alhamdoum, un membre du groupe. Et les conséquences sont visibles : “Comme vous le voyez, plusieurs d’entre nous sont malades et d’autres sont morts. On ne mange pas bien alors qu’on dépense beaucoup d’énergie », poursuit Tom Alhamdoum.

Le métier de fossoyeur est un travail dont on ne parle que très peu. Bien souvent, on le réduit au travail d’assistance alors que la discipline va bien au-delà dans certains pays et l’aspect de sécurité des fossoyeurs est pris en compte par la direction d’hygiène et assainissement.

Aimée Dolinassou