Au Tchad, tenir une caméra est considéré comme un métier réservé qu’aux hommes. On compte sur les bout des doigts les femmes qui exercent dans ce domaine. Parmi elles, Néné Fatimé Brahim dit la “camerawoman”.

Du haut de son 1,62m, toujours de bonne humeur avec un sens d’humour et toujours disposée pour émerveiller son entourage, Néné Fatimé Brahim est née le 09 décembre 1998 à N’Djamena.

La « Camérawoman », comme ses confrères journalistes l’appellent, est titulaire d’une licence en communication, option journalisme à l’université Emi-Koussi en 2020.

Elle rêvait de devenir pilote mais par manque de moyens, elle a décidé alors de faire le journalisme. « A l’université, je m’intéressais beaucoup plus au cours du photojournalisme et je suis vraiment à l’aise dans ça. L’écrit ce n’était pas beaucoup mon affaire mais tout ce qui est technique, le montage, la caméra, la photographie m’intéressent. Donc j’ai décidé de me lancer dans cette aventure », explique-t-elle. C’est ainsi qu’elle commence à suivre des cours en informatique, ensuite en photographie et l’infographie tout en étudiant.

Devenir une « camérawoman » est un défi qu’elle s’est lancée, mesurant les difficultés que rencontrent les femmes dans ce milieu. Au Tchad, tenir la caméra est considéré comme un métier réservé aux hommes. On compte sur les bouts des doigts de la main les femmes qui exercent dans ce métier.

Lentement mais sûrement, après sa licence, Néné Fatimé Brahim a débuté par un stage académique au niveau du journal N’Djamena Bi-Hebdo. Arrivée au terme de son stage, elle prend part à un casting lancé par la chaîne de télévision Tchad 24. C’est là où tout commence pour Néné Fatimé Brahim, elle touche du doigt son rêve de devenir la « Camerawoman ».

« C’est une fille qui aime son travail, elle aime apprendre. A Tchad 24, elle faisait le journalisme simple mais elle a appris le montage et la caméra c’est parce qu’elle était un peu frustrée par le comportement des caméramen et techniciens en global. C’est ce qui l’a amené à s’auto-former dans ce domaine », témoigne sa collègue Rassem Mordjim Leila.

A Tchad 24, Néné Fatimé Brahim a travaillé pendant deux ans et demi, de 2019 à 2021, comme cadreuse et monteuse. Ensuite elle intègre la télévision Sahara TV avec la lourde tâche de chef de service de montage de 2021 à 2023.

Actuellement, elle est en service au journal Tchadinfos dans le cadre du projet « Tchadinfos TV ». « Tchad Infos œuvre beaucoup pour le professionnalisme et ici je peux mieux acquérir de nouvelles connaissances », a-t-elle justifié sa venue dans ce média.

Lors du DNIS (Dialogue National Inclusif et Souverain) tenu du 20 août au 08 octobre 2022 au palais des arts et de la culture, elle a été recrutée par le CODNI (Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif) comme cadreuse. Elle a fait ses preuves étant la seule femme cameraman parmi les hommes. « Au début, je me sentais bizarre. Beaucoup plus les gens pensent qu’être cameraman est un métier pour homme et non pour les femmes », a-t-elle analysé.  

Les difficultés dans l’exercice de son métier, Néné Fatimé Brahim en rencontre. Son statut de femme joue. « Les difficultés que je rencontre sont beaucoup plus liées à la couverture des cérémonies officielles. Avec les militaires qui assurent la sécurité, j’ai souvent des problèmes. Des fois, on en arrive même aux mains », explique-t-elle.

D’après Néné, il n’y a pas un métier réservé aux hommes. Elle appelle ses sœurs à mettre un terme à ces arrière-pensées « Je lance un cri fort à l’endroit de mes sœurs qui pensent que la camera c’est seulement pour les hommes de se donner corps et âme et arracher leur place, il faut mettre de côté ces arrière-pensées que tel c’est un métier réservé aux hommes », recadre-t-elle.

Guidée par la passion, aujourd’hui elle nourrit une grande ambition qui est celle de mettre en valeur la femme tchadienne. « J’ai un projet de créer mon propre studio et former uniquement des femmes en camera, montage et autres parce qu’il faut valoriser la femme tchadienne, elle n’est pas « Mara Sakit (Femme seulement) ».