Tchad: le paludisme a la peau dure

N’DJAMENA, 31 octobre (Xinhua) — Le paludisme continue de peser lourdement sur les populations tchadiennes, malgré les importants efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires pour le contenir.

“Le paludisme est la première cause de consultations, constituant environ 35% des motifs de consultation médicale. En outre, près de 40% de décès qui surviennent dans les hôpitaux et centres de santé sont dus au paludisme”, déclare Dr Kérah Hinzoumbé Clément, coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP).
Le nombre de cas annuellement reportés est en constante augmentation: 616.724 cas en 2012, 1.272.841 en 2013 et 1.513.772 en 2014, selon des données du PNLP.

Fortement associée à la hauteur des précipitations, la maladie présente une recrudescence saisonnière pendant la saison des pluies, avec un pic souvent observé en octobre, ce qui a pour conséquence un débordement des capacités d’accueil des formations sanitaires au cours de ce mois.
Pour faire face de manière efficace à ce “problème majeur de santé publique”, le gouvernement tchadien a adopté, en mars 2014, un ambitieux Plan national stratégique de lutte pour les cinq prochaines années. Il s’agit d’un programme de 120 milliards F CFA (240 millions USD) qui prévoit trois axes stratégiques: la promotion de l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide, régulièrement et gratuitement distribuées aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 12 mois dans les formations sanitaires ou tous les 3 ans à l’ensemble des ménages des zones ciblées; le traitement préventif intermittent chez la femme enceinte; et la chimioprévention du paludisme saisonnier chez les enfants de 3 mois à 5 ans.

“Les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans sont des groupes très vulnérables au paludisme en raison de leur faible immunité”, explique Dr Kérah Hinzoumbé Clément.
Toutes ces actions doivent permettre de réduire de 30%, d’ici fin 2016, la morbidité liée au paludisme par rapport à son niveau de 2013, avec une réduction supplémentaire de 20% entre 2017 et 2018, espèrent les autorités.

Si l’augmentation des cas en fonction des saisons est un phénomène naturel qui n’est pas sous le contrôle direct de l’action sanitaire, le système de santé peine à infléchir le nombre total de cas annuellement rapportés et qui avoisine 1.500.000 cas depuis 2 ans. Or, les prévisions les plus optimistes (si l’on s’en tient aux chiffres de l’enquête nationale sur les indicateurs du paludisme) prévoient qu’on devrait s’attendre chaque année à plus de 4.400.000 cas. C’est dire donc que près de 3.000.000 de patients par an ne se soignent pas dans les formations sanitaires publiques. “Cependant, tempère le coordonnateur du PNLP, depuis 2010, on observe une meilleure fréquentation des hôpitaux et centres de santé à cause de l’amélioration de la qualité des services, l’instauration de la gratuité des soins d’urgence, de la gratuité de la prise en charge du paludisme, ce qui fait que le nombre annuel de cas de paludisme (rapportés) a triplé en cinq ans, passant de 564. 571 en 2010 à 1.513.772 en 2014”.

Selon Dr Kérah Hinzoumbé Clément, plusieurs contraintes entravent la lutte contre le paludisme. La première contrainte est d’ordre épidémiologique et liée au comportement des moustiques, notamment les anophèles vecteurs. “En plus de devenir de plus en plus résistants aux insecticides utilisés pour l’imprégnation des moustiquaires, ces moustiques ont changé leur mode de piqures, à la tombée de la nuit”, précise-t-il. Il en résulte qu’environ 20% des moustiques infectées piquent déjà avant 22 heures, à une heure où les habitants ne sont pas encore sous moustiquaires. Des dispositions adéquates doivent être prises pour prévenir cette transmission aux heures de veille.

“La seconde contrainte est d’ordre humain et est liée à l’utilisation des méthodes et outils de prévention et de traitement du paludisme”, ajoute le coordonnateur du PNLP. Il déplore l’usage qui est fait des moustiquaires imprégnées qui sont pourtant largement distribuées (94.3% des ménages sont couverts dans les régions ciblées). Certains bénéficiaires les revendent, d’autres les utilisent pour la pêche, la protection des animaux, des cultures, etc. D’où la nécessité d’une intensification des activités de communication et de sensibilisation à l’endroit des populations.

Par ailleurs, le recours aux soins hospitaliers est tardif. Les patients viennent souvent à l’hôpital après avoir consulté des guérisseurs traditionnels ou après l’échec du traitement consécutif à une automédication avec des médicaments de la rue. Ce retard expose les patients à un risque élevé de mourir de paludisme.

Enfin, l’autre défi de taille dans la lutte contre le paludisme reste les financements. Le paludisme ne peut être parfaitement contrôlé que si toute la population a simultanément accès aux interventions clés de prévention et de traitement. Cela nécessite une mobilisation suffisante de ressources. “Le financement interne notamment sur le budget de l’Etat doit être durable et concret. L’apport des partenaires ne fera que compléter l’effort national mais ne pourra jamais le remplacer”, conclut Dr Kérah Hinzoumbé Clément.

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