Médicaments : difficile accès des produits non-occidentaux en Afrique, emprise de l'héritage colonial

YAOUNDE, 13 janvier (Xinhua) — Encore sous l’emprise de l’héritage colonial plus de 50 ans pourtant après les indépendances obtenues pour certaines dans le sang comme pour le cas du Cameroun, le marché africain du médicament reste dominé par des produits issus des industries européennes et américaines et offre une ouverture limitée à d’autres pays, s’accordent à reconnaître nombre d’acteurs.

Hissé à une place qualifiée de déterminante dans le système de soins, le médicament représente environ 53% des dépenses des ménages dans ce pays d’Afrique centrale, d’après les statiques qui en avril 2012 recensait par ailleurs 5.300 références homologuées parmi lesquelles les trois quarts sont déclarés disponibles sous la forme de génériques.

De facto, dans un pays dépendant de l’industrie étrangère, du fait des faibles capacités financières des pouvoirs publics, “le médicament devient alors un enjeu majeur de santé publique”, avisait précédemment déjà à Xinhua le Dr. Prosper Hiag, vice-président de l’Ordre des pharmaciens du Cameroun et également président de l’Association des grossistes pharmaceutiques (AGPC).

Un regroupement de six entreprises appartenant à des pharmaciens, cette association constitue un maillon du secteur privé commercial du système de distribution du médicament camerounais qui comporte en outre 380 officines fonctionnelles, contre huit entreprises de fabrication du secteur privé industriel, autre entité d’une chaîne qui fait aussi apparaître un secteur confessionnel non lucratif.

Le marché des approvisionnements a certes institué une franchise douanière pour toute importation de médicaments, mais l’emprise de l’héritage colonial fait prospérer l’hégémonie des filières européennes et américaines au détriment d’autres circuits tels que l’industrie asiatique à forte croissance, et notamment chinoise, selon un constat général.

“Nous ne fabriquons pas encore et puis les tailles de marché que nous avons sont faibles et l’héritage colonial est là. Les premiers à faire venir des médicaments dans nos pays, c’était des comptoirs coloniaux de la côte ouest-africaine, la SCOA (Société commerciale de l’Ouest africain) notamment avec Laborex créé en 1949”, confirme le Dr. Hiag.

Devenue CFAO (Compagnie française de l’Afrique occidentale), la SCOA, rappelle-t-il, a permis d’avoir du médicament sur l’ensemble de la côte ouest-africaine, du Sénégal jusqu’au Congo. “Il y a eu d’autres opérateurs entre-temps, il y a eu le Groupement des pharmaciens d’Afrique qui a disparu”.

Dans la pratique, explique le sociologue politique Claude Abe, éminent acteur de la société civile, “l’ensemble des accords passés entre les anciennes puissances coloniales et les pays africains continuent de jouer leur rôle qui est le contrôle des comptoirs et de préservation du monopole occidental en termes d’échanges commerciaux”.

De l’avis du Dr. Hiag, il y a tout de même “des médicaments produits en Asie qui sont déjà homologués dans notre pays. Il y a des laboratoires chinois par exemple qui ont déjà fait homologuer un certain nombre de produits. La part du générique fabriqué dans les pays émergents dans notre marché progresse, mais elle ne pas progresse pas suffisamment, elle est largement en dessous de 20%” du total du marché privé commercial.

Il justifie cette portion congrue par le fait que “l’offre malheureusement reste faible, parce que les laboratoires de ces pays ne comprennent pas souvent nos règlementations et se découragent très vite lorsqu’on n’a pas obtenu un visa aujourd’hui, et se plaignent des tracasseries de notre administration”.

A cette faiblesse de gouvernance administrative s’ajoute un système de corruption généralisé décrié par le président camerounais lui-même, Paul Biya. Ainsi que l’attestent les fortes affluences de patients dans les cabinets privés et les hôpitaux publics dotés d’équipes médicales chinoises, la médecine et les médicaments chinois jouissent pourtant d’une très bonne répartition auprès des Camerounais.

Une cote de popularité mal perçue des concurrents occidentaux qui se sentent menacés sur un terrain qu’ils estiment conquis et lui n’ont jamais fait cas des désastres commis par leurs médicaments, dont le cas des premières utilisations de Quinimax par exemple qui a rendu handicapés de nombreux Camerounais, sans oublier de probables dégâts locaux de Médiator, médicament récemment interdit en France après la révélation d’une centaine de décès.

“Les Occidentaux jusqu’à un certain moment ont fait de l’Afrique leur chasse gardée. Il a fallu au départ combattre la médecine traditionnelle en montrant tout le caractère arbitraire et hasardeux qui y était lié, et surtout son arrimage avec l’idée d’une puissance magico-religieuse qui sous-tendrait cette médecine qui, en réalité, ne résoudrait pas les problèmes au sens propre du terme”, note Abe.

Selon l’universitaire, “après cette bataille, on s’est rendu compte que, bien que la médecine moderne se soit installée, on n’assiste pas à une défaite de la médecine traditionnelle (reconnue après un long combat par l’Organisation mondiale de la santé, NDLR), puisque les gens continuent d’avoir leur itinéraire thérapeutique en deçà ou au-delà de la médecine moderne”.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 80% la population africaine ayant recours à cette forme de médecine.

“Aujourd’hui, souligne encore le Pr. Abe, à l’ère de la mondialisation, les Occidentaux n’ont plus un seul adversaire. A la médecine traditionnelle, il faut ajouter la médecine chinoise et même la percée de la puissance indienne en matière médicamenteuse en Afrique. La Chine a toujours pratiqué la médecine. C’est le pays le plus peuplé au monde. Si cette médecine était une médecine d’expansion de la mort, les Chinois ne seraient pas les plus nombreux au monde”.

Sur une note d’optimisme cependant à travers laquelle il appelle au concours des partenaires chinois pour la lutte contre les faux médicaments, le Dr. Hiag pense qu'”il y a bon espoir que ces produits qui permettront à nos populations démunies d’avoir accès à des soins de qualité et à moindre coût, progresseront dans la part” du marché national du médicament qui attire un nombre croissant d’aventuriers y compris locaux arborant la casquette d’opérateurs économiques.

L’espoir déclaré est fondé sur un constat selon lequel “quand il s’agit par exemple de soigner des pathologies comme le Sida à travers les antirétroviraux, le paludisme ou la tuberculose, les plus gros intervenants dans le secteur public au niveau de la Centrale nationale d’achat des médicaments essentiels (CENAME), ce sont des laboratoires asiatiques, en particulier des laboratoires indiens”.

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