L’année 2022 qui s’achève a été riche en politique. Le dialogue national et la manifestation violemment réprimée du 20 octobre sont encore dans les mémoires.

Le 20 octobre 2022, des manifestations organisées à N’Djamena, Moundou, Koumra, Doba et Sarh ont été violemment réprimées. Le gouvernement qui a qualifié la marche d’« insurrection populaire » en vue de prendre le pouvoir, a donné le soir même un bilan de 50 morts et trois cents blessés. Les organisateurs, notamment les parti Les Transformateurs, les Patriotes, parti socialiste sans frontières ainsi que le mouvement Wakit Tamma et d’autres défenseurs des droits de l’homme ont évoqué autour de 200 morts, de centaines de blessés et de personnes arrêtées ou enlevées.

Dans la foulée, le gouvernement a instauré l’Etat d’urgence, un couvre-feu dans les villes concernées par les manifestations mais aussi décidé de suspendre pour trois mois les partis politiques organisateurs. Les principaux opposants, dont Succès Masra, sont soit entrés en clandestinité soit ont quitté le pays.

Les personnes arrêtées ont été déportées à la prison de haute sécurité de Koro Toro, située à plus de 600 kilomètres de N’Djamena dans le désert tchadien. Après un mois et demi de détention, leur jugement, boycotté par les avocats, a eu lieu au sein de la prison de Koro Toro. Le procureur de N’Djamena, lors d’un point de presse, a notifié que sur 401 personnes jugées en procédure de flagrant délit, 262 ont été condamnées à de la prison ferme allant de deux à trois ans, 80 ont écopé d’une peine de prison avec sursis allant d’un à deux ans, 59 relaxés et 80 mineurs sont ramenés à N’Djamena puis libérés.

Le gouvernement avait accepté l’idée de la mise en place d’une commission d’enquête internationale pour faire la lumière sur les événements du 20 octobre et situer les responsabilités. Cette commission séjourne actuellement à N’Djamena. Mais, alors qu’elle devait être composée de l’ONU, de l’Union africaine et de la CEEAC, elle ne comporte en réalité que des délégués de la communauté sous régionale d’Afrique centrale dont beaucoup remettent en cause la crédibilité à cause de son soutien aux autorités de transition.

Des manifestants le 20 octobre 2022

La marche du « jeudi noir » a été organisée pour protester contre les décisions du dialogue national tenu du 20 août au 8 octobre, notamment celles de prolonger la transition, ouverte en avril 2021 pour 18 mois, de deux ans et la possibilité laissée aux dirigeants de la transition d’être candidats aux élections.

En effet, après plusieurs reports, le dialogue national dit inclusif et souverain s’est tenu pendant une quarantaine de jours à N’Djamena. Il a investi Mahamat Idriss Déby comme président de transition pour deux ans et ne lui interdit pas d’être candidat aux élections post-transition, comme cela est devenu en quelque sorte un principe dans les pays en transition. Un dialogue qui a été boycotté par les partis et mouvements organisateurs de la marche du 20 octobre ainsi que l’Eglise catholique qui s’est retirée peu de jours après l’ouverture des assises.

Mais un dialogue auquel ont participé une bonne brochette de politico-militaires. En rappel, au bout de près de cinq mois de pré-dialogue à Doha au Qatar, seuls 9 groupes armés (dont le FACT de Mahamat Mahdi Ali) sur les 52 officiellement représentés ont refusé de signer l’accord de Doha. Ceux qui y ont apposé leur signature ont donc regagné N’Djamena et ont participé au dialogue national. Des ex-rebelles qui sont bien représentés dans les organes de transition. Trois sont entrés au gouvernement et 45 autres sont recasés au Conseil national de transition, le parlement de transition.