samedi 29 janvier 2022

A la découverte de : Ray’s Kim, entre la scène et la rue

Votre rubrique « A la découverte de… » vous dresse cette semaine le portrait de Ray’s Kim. Ce rappeur qui se distingue par son style, le « bunda », a également un pied en politique et plus généralement dans l’engagement social.

Il s’est fait un nom sur la scène artistique tchadienne. Aujourd’hui, l’évocation du concept « Bunda » renvoie systématiquement à Djasrabé Kimassoum Yilmian, connu sous de nombreux pseudonymes comme Ray’s Kim EDM, le Bunda Boss, l’ambassadeur de la forêt de Dembé, le Mohamed Ali du game.

Djasrabé Kimassoum Yilmian naît le 25 juin 1989 à N’Djamena de parents, tous deux infirmiers. Ainsi, au gré des affectations de ses parents, il fut trimballé dans différentes localités du Tchad, notamment Gounou-Gaya, Kelo, Djodo Gassa, Biltine, Bol. La famille se replie définitivement sur N’Djamena en 1996 suite au décès du papa.

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Ce 4e enfant sur les 7 de sa mère (père polygame, la première épouse a 10 enfants) rappelle que l’art s’est emparé de lui très tôt. « Je me suis plus formé à l’école de la vie. Aujourd’hui, c’est ce qui constitue un peu mes expériences », confesse-t-il.

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Au sujet du déclic dans la musique, le Bunda Boss souligne que très jeune, il aimait reprendre les chansons. Ayant pris goût, il a commencé à écrire ses premiers textes en 1999. En 2000, il forme avec quelques amis le groupe Jeunes rayons solaires (JRS). Mais l’aventure tournera court parce que certains membres, après leur baccalauréat, ont quitté le pays pour les études supérieures. S’en suit quelques groupes du quartier mais ça n’a pas vraiment marché. C’est en 2006 qu’il décide de mener une carrière solo. Il se rappelle que c’est une prestation devant le domicile d’un de ses amis, emporté par l’attaque rebelle en avril de cette année dans la capitale, qui l’a propulsé. « J’ai fait une prestation qui a marqué tout le monde », se souvient-il.

Un palmarès garni

Le Mohamed Ali du game est aujourd’hui parmi les artistes les plus célèbres du Tchad. Son premier album, « Le Bilan » sort en 2010 produit par « Ikun Kultur », structure du rappeur Sultan. Un album suivi en 2013 d’un maxi single de cinq titres. Le rappeur croise le chemin de l’artiste Mawndoé en 2012. Ensemble, ils décident d’initier un projet axé sur la recherche de l’identité de la musique tchadienne. Un projet qui se concrétise par le fameux titre « Bunda Hip-Hop » sur l’album « Kydanc » de Mawndoé. Dès lors, Ray’s Kim fait du bunda sa langue d’écriture. Le bunda, explique-t-il, est cette langue inventée par les jeunes marginaux de la société tchadienne, somme de plusieurs langues basées sur le sara et l’arabe. Fils d’infirmier, donc pas misérable, Djasrabé Kimassoum Yilmian affirme que par désir d’apprendre, il a fréquenté les bandits (appelés communément colombiens de la forêt de Dembé). Il souligne que dans le but de découvrir, de faire des expériences, il a côtoyé beaucoup de ces jeunes. « Je ne savais pas que ça allait contribuer à ma musique », avoue-t-il.

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En 2016, le rappeur sort son deuxième album : « Bunda phénomène ». De 2016 à nos jours, il sort plusieurs singles et fait de nombreux concerts qui ont drainé du public. Il projette la sortie de son troisième album « C’est le peuple » en mars 2021, un album dont la sortie est retardée par la pandémie de Covid-19.

Ray’s Kim a eu plusieurs récompenses, notamment :

  • révélation de N’Djam Hip-Hop 2007
  • meilleur  rappeur à N’DjamVi 2010
  • meilleur artiste de l’année 2015 à Dari Awards
  • meilleur artiste rappeur de N’DjamVi 2016
  • nomination au Canal d’Or en 2017
  • meilleur rappeur à N’Djam  Hip-Hop 2017
  • meilleur rappeur 2018 selon la plateforme VMTF (Valorisons la musique tchadienne avec fierté)

Général de la rue

En plus de la musique, Ray’s Kim est désormais dans la politique. Il est un cadre du parti les Transformateurs. Surnommé aussi « Général de la rue », il prend régulièrement la tête des manifestations. Avec son aura, il mobilise facilement les foules.

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A propos de son engagement politique, Ray’s Kim EDM (Kim est le diminutif de son patronyme ; Ray’s pour dire la race en colère, la race qui ne supporte plus et EDM signifie enfant de merveille) affirme qu’il ne date pas d’aujourd’hui.  « C’est quelque chose qui m’a toujours animé : ne pas rester silencieux devant l’injustice. J’ai toujours refusé d’être silencieux devant l’injustice, j’ai toujours refusé de me cacher pour pleurer, j’ai toujours aimé prendre la parole devant les gens pour dire ce qui marche et ce qui ne marche pas. J’ai toujours aimé dire la vérité », confie-t-il, relevant au passage que cette franchise lui a coûté des amis qui ne le supportent pas.

C’est ainsi que Ray’s Kim indique avoir commencé l’engagement avec ses chansons sur les maux de la société, pour rappeler à l’ordre les dirigeants sur le respect des droits de l’homme. « Le respect est mon leitmotiv. Je n’accepte pas qu’on manque de respect à une personne à cause de sa position », confie Djasrabé Kimassoum Yilmian.

Ray’s Kim (au micro) lors de la marche de Wakit Tamma (dont est membre son parti politique) le 11 décembre dernier

Mais estimant que les chansons n’étaient pas suffisantes, il a décidé de s’engager dans l’activisme notamment avec les mouvements comme Iyina ou ANDUR (Au nom du respect) qu’il a créé avec quelques amis. Il est pratiquement de toutes les manifestations citoyennes. Mais là également, il a constaté que ça ne suffisait pas encore. D’où son choix de s’engager dans la politique. Leur chemin se croise avec Succès Masra et ils ont travaillé ensemble pour la création du mouvement les Transformateurs en 2018, reconnu officiellement comme un parti politique en juillet 2021.  « Pour le changement au Tchad, je suis prêt à me mettre avec le diable. Parce que j’ai déjà été humilié, j’ai subi le pire dans ce pays, mon droit n’est pas respecté. Aujourd’hui, j’ai des enfants. Pour ces enfants, je suis prêt à tout pour que le Tchad qu’ils trouveraient ne soit pas le Tchad dans lequel, pour un contrôle de routine, on leur dira : ‟hey, carte anak wène ? (Où est ta carte ? )” J’aimerais léguer à mes enfants un Tchad dans lequel, quand pour un contrôle de routine, l’agent de police s’adressera de la sorte : ‟Bonjour monsieur. Puis-je avoir vos pièces d’identité ? ”. C’est ce Tchad que j’aimerais léguer à mes enfants », explique ce père de deux enfants, qui est l’un des porte-paroles des Transformateurs mais surtout, Secrétaire général à l’art et à la culture.

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