Tchad: les priorités majeures du nouveau gouvernement

N’DJAMENA, 11 décembre (Xinhua) — Dans son discours de politique générale fait mercredi devant l’Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre tchadien, Kalzeubé Pahimi Deubet, a annoncé huit priorités majeures, dont la justice, la lutte contre la corruption, la santé, l’accès à l’électricité, l’emploi et la cherté de la vie.

“Les ambitions politiques, militaires, économiques, diplomatiques et sociales du gouvernement n’ont aucune chance de se réaliser sans la garantie d’une Justice juste, c’est-à-dire une Justice qui fonde ses décisions sur la loi, rien que la loi, toute la loi”, a déclaré M. Kalzeubé Pahimi Deubet.

La Justice étant d’abord les textes, le gouvernement examinera en priorité le projet de loi organique sur la Cour suprême, les projets de Code pénal, de Code de procédure pénale, de Code de procédure civile, ainsi que ceux portant sur le statut des professions judiciaires, avant leur transmission à l’Assemblée nationale, a indiqué le Premier ministre.

Pour “créer les bases d’une humanisation durable” des prisons tchadiennes, d’autres établissements pénitentiaires seront construits dans la capitale et dans les villes de province, avec un corps d’agents bien formés mis en place dans l’administration pénitentiaire, a-t-il précisé.

Le Premier ministre promet, par ailleurs, la construction d’un palais de justice “digne des prétentions” de la capitale tchadienne, l’application de la nouvelle grille indiciaire des salaires des magistrats, le renforcement des capacités du personnel judiciaire, l’accroissement des effectifs des juges et greffiers.

Mais conscient que les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire ne sont pas liés aux seules conditions de travail, M. Kalzeubé Pahimi Deubet veut lutter contre les graves déviances qui ont leur origine dans les manquements à l’éthique et à la déontologie des magistrats, des greffiers, des huissiers et des avocats.

“La corruption en milieu judiciaire prend une ampleur phénoménale qui risque à terme de saper tous les efforts consentis dans le sens de la consolidation du pacte social, condition sine qua non de maintien d’une paix sociale durable”, a-t-il déploré.

Il a promis traquer sans ménagement et extirper du corps judiciaire, “la minorité de brebis galeuses qui ont opté pour la noble fonction de dire le droit, non pas par vocation, mais par la recherche du gain le plus abject qui soit”.

Comme les brebis galeuses de la justice, le Premier ministre tchadien a également cité tous les fonctionnaires véreux de l’Etat dans sa ligne de mire, promettant qu’il fera “preuve de fermeté et frappera fort quand il faudra”.

Concomitamment à cette action répressive, M. Kalzeubé Pahimi Deubet veut mettre l’accent sur la prévention à travers des vastes programmes de sensibilisation pour éveiller les consciences sur les ravages et l’immoralité de certaines pratiques qui ont cours au coeur des services de l’Etat tchadien.

“La promotion de la transparence dans la gestion publique est un combat de tous les instants que mon gouvernement s’engage à propager dans tous les secteurs, à commencer par celui des marchés publics où la compétence, le professionnalisme et l’intégrité doivent être de rigueur”, a-t-il insisté.

En matière de santé, M. Kalzeubé Pahimi Deubet promet assurer l’accès à toute la population à des services de base de qualité. Plus précisément, il s’agit pour lui d’améliorer l’efficacité du système de santé, de réduire la morbidité et la mortalité liée aux problèmes prioritaires de santé (notamment ceux liés à la mère et à l’enfant) et de renforcer les interventions contre les principales maladies, notamment le paludisme et le sida.

“L’année 2013 ayant été très éprouvante pour les populations tchadiennes à cause d’une recrudescence du paludisme, les dispositions seront prises pour accroître les moyens requis, et surtout trouver des solutions plus durables et pérennes à cette maladie qui affecte et ruine la santé de nombreuses populations sur l’étendue du territoire national”, a indiqué le chef du gouvernement.

Il a, par ailleurs, ajouté vouloir travailler à l’ élargissement des centres de santé sur l’ensemble du territoire, à la formation du personnel, à l’amélioration de la qualité des soins et l’accès aux médicaments, avec l’appui des partenaires que sont l’OMS, l’UNICEF et l’UNFPA.

Selon le Profil pays de ressources humaines en santé 2012, le Tchad compte 6.696 agents de santé inégalement répartis sur l’ensemble du pays. Ces agents sont nombreux à N’Djaména, la capitale, mais inexistants dans certaines régions comme le Lac, frontalier avec le Cameroun et le Nigeria, où il n’y a par exemple aucune sage-femme.

Le déficit est plus accentué pour certaines catégories: 1 médecin pour 28.466 habitants contre 1 pour 10.000 selon les normes de l’OMS. A cela vient s’ajouter une insuffisance de médecins spécialistes.

Dans le domaine de l’énergie qui demeure un luxe pour le Tchad, le nouveau gouvernement se fait le devoir de développer un système de production, de transport et de distribution d’énergie électrique plus économique et plus fiable, d’une part, et de promouvoir les énergies alternatives propres en vue de protéger l’ environnement, d’autre part.

“Dans les années à venir et de façon concrète, la réalisation des projets spécifiques attendus, l’accroissement et la stabilisation de la production électrique à N’Djaména, ainsi que l’ extension du réseau de la capitale et des villes de l’intérieur, la promotion des industries d’énergie solaire impliquant davantage le secteur privé, seront promus”, a affirmé M. Kalzeubé Pahimi Deubet.

Il entend également faciliter l’accès au gaz butane et à ses équipements dans tous les ménages afin de suppléer le bois et ses dérivés, dont l’utilisation est interdite depuis quelques années.

Pour le nouveau Premier ministre, l’édification d’une économie solide ne peut se faire sans la garantie d’un emploi pour chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence. “En plaçant l’emploi au coeur de sa politique du quinquennat, le chef de l’Etat entend contribuer à l’accroissement des opportunités d’emplois décents grâce à une croissance forte, inclusive et équitable, afin de résorber graduellement le niveau de chômage en milieux urbain et rural, par une meilleure transversalité de l’emploi”, a-t-il indiqué.

Dans cette optique, il entend faire adopter la politique nationale d’emploi et de formation professionnelle, finaliser et mettre en oeuvre le projet d’emploi pour les jeunes.

M. Kalzeubé Pahimi Deubet a annoncé l’intégration à la fonction publique, de 2.000 lauréats de l’Ecole nationale de police, “dans un bref délai” et “pour renforcer les effectifs de la police nationale”.

Pour lutter contre le chômage des femmes et des jeunes, il va également à mettre en oeuvre le projet présidentiel “1.000 idées, 3.000 emplois”, dès le début de l’année 2014.

Enfin, sur la cherté du coût de la vie, le chef du gouvernement a appelé à “une fédération des énergies de toutes les composantes de la société”. “Le gouvernement, pour sa part, s’engage à pratiquer une politique hardie de lutte contre la hausse des prix, à travers un processus participatif impliquant aux différentes échelles toutes les catégories d’acteurs de la société civile, du secteur privé, des collectivités locales et de l’administration”, a affirmé M. Kalzeubé Pahimi Deubet.

Il a annoncé des mesures consensuelles de régulation des prix de certains biens et services de première nécessité, une baisse de fiscalité pour certains produits et la création des conditions favorables au développement du commerce transfrontalier.

Avec toutes ces priorités qu’il juge lui-même “réalistes et réalisables”, le 15ème Premier ministre du président Déby Itno (au pouvoir depuis vingt-trois ans), doit faire avec deux facteurs qui jouent à sa défaveur: le temps et les disponibilités financières. En effet, il entre en scène à mi-parcours du mandat de cinq ans du chef de l’Etat, et au moment où son pays peine à atteindre l’ Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE).

Si la plupart des députés de la majorité ont donné leur confiance à M. Kalzeubet Pahimi Deubet, d’autres sont restés dubitatifs, dénonçant l’absence de chiffres dans le programme du nouveau gouvernement. Le chef de l’opposition, Saleh Kebzabo, a parlé d’un “catalogue de bonnes intentions, irréalistes et irréalisables”, doutant que M. Kalzeubé Pahimi Deubet réussisse là où ses prédécesseurs ont échoué depuis deux décennies.

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