Sécurité : entre complicité locale et manque des moyens, l’ANT se perd dans la lutte contre Boko Haram

Sécurité : entre complicité locale et manque des moyens, l’ANT se perd dans la lutte contre Boko Haram

Les attaques de la secte islamiste Boko Haram se multiplient ces dernières semaines dans la province du Lac, frontalière à la fois avec le Ngieria, le Niger et le Cameroun. Chaque fois, les éléments de l’armée tchadienne sont surpris par des attaques nocturnes. Les terroristes réussissent après l’attaque à se replier très promptement.

Des modes opératoires similaires

L’état-major donne très rarement le bilan de ratissage. Quasiment toutes les opérations de Boko Haram dans cette province se déroulent entre minuit et 4 heures du matin pendant que les soldats tchadiens sont dans leur sommeil, et à peu près ou presque dans la même zone. Dans la plupart des temps, ce sont des petites localités isolées dans les eaux qui sont prises pour cible. Les endroits attaqués sont différents, mais les modes opératoires sont toujours les mêmes. Les terroristes viennent à bord des pirogues nuitamment, et ouvrent le feu sur les positions de l’armée nationale tchadienne. Dans l’obscurité, ils ont la possibilité de commettre assez de dégâts.

Une population locale complice de Boko Haram ?

Ces multiples attaques asymétriques, « similaires » qui surviennent, chaque que fois les soldats tchadiens baissent un peu la garde laissent présager des « complicités » dans cette province. La dernière attaque de la position de l’armée, à Bohama, dans la sous-préfecture de Kaïga Kindjiria, ce lundi 15 avril 2019, à minuit a fait au moins onze soldats morts et une quinzaine blessés. Dans sa réplique, l’armée tchadienne a tué 63 terroristes appartenant à Boko Haram. Une source sécuritaire locale déduit qu’avec cette dernière attaque, il y a « sans nul doute une complicité au sein même de la population ». Ce haut responsable sécuritaire observe que, « la population locale ne contribue pas conséquemment pour la sécurisation de la province et lutter efficacement contre Boko Haram ».

Changer des modes opératoires de l’armée

Selon lui, au lieu des répliques armées, il faut « plutôt mettre à contribution les habitants de la province pour mieux faire face à Boko Haram ». « Ils sont les seules à connaître qui est Boko Haram et qui ne l’est pas. La plupart des terroristes qui attaquent l’armée étaient d’abord des populations des îles du Lac-Tchad qui ont rejoint la secte islamiste. Ils entretiennent des relations avec leur base qui leur fournissent toujours des informations sur le mouvement de l’armée. Dans ces conditions il est très difficile de faire la guerre, dans une situation où ton ennemi connaît tout sur toi », explique un haut gradé de l’armée. Justement avant la dernière de Bohoma ce lundi, les éléments de la secte Boko Haram aurait même appelé au téléphone le commandant du secteur pour l’aviser de l’attaque.

Des soldats de l’ANT démunis face à une puissance folle prête à mourir

En plus de la guerre asymétrique que livre Boko Haram, les soldats tchadiens déployés sur le terrain pour combattre ces terroristes manquent aussi suffisamment des moyens pour mener à bon port leur mission. Des soldats sur le terrain renseignent qu’ils sont mal nourris et mal payés. Il y en a qui disent qu’ils « sont même découragés et prêts à quitter l’armée s’il faut continuer dans ces conditions à faire la guerre avec un ennemi inconnu et puissant. » Des sources bien introduites font même état « des complicités au sein de l’armée ». « Un soldat qui est dépourvu de tout est plus dangereux que Boko Haram. Quelqu’un qui combat des terroristes et qui ne gagne pas normalement son salaire est prêt à fournir des informations aux terroristes qui achètent au prix d’or » explique un autre haut gradé de l’armée déployé dans la zone.

Des permutations annoncées qui tardent à s’appliquer

L’autre problème, pas de moindre, le chef de l’Etat Idriss Déby Itno, qui s’est rendu dans la province du Lac en 2018 pour réaménager le dispositif sécuritaire dans la zone pour mieux faire face à Boko Haram avait annoncé, qu’il faut instaurer un système de permutation, pour changer les équipes après chaque année. Mais cette décision du président de la République tarde à s’appliquer. Dans le camp de Bohama, dernière position de l’armée attaquée ce lundi, il y a un soldat qui a fait au moins cinq ans dans le même endroit. Avec ces différents défis, il sera très difficile pour l’armée tchadienne de continuer à combattre Boko Haram acculé par l’armée nigériane et nigérienne, qui trouve refuge dans des zones isolées du Lac Tchad. Après une accalmie les attaques de la secte deviennent de plus en plus fréquentes et féroces.

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