Mali, une aubaine pour le Prince du Tchad

Par ses calculs multiples et ses initiatives souvent impensées, le président Déby Itno s’est mis dans un cul-de-sac au plan diplomatique.

En Afrique centrale, tant au ni- veau de la Cémac que de la Cééac, le chef de l’Etat tcha – dien n’a pas brillé par sa capacité à fédérer la sous-région. On se rappellera sa “trahison” de sa sous- région lorsqu’il a fait le choix de jouer contre son propre camp en s’alignant sur les vues de l’Afrique du Sud lors du choix du président de la Commission de l’Union africaine. Il a préféré l’Afrique australe anglophone au camp francophone d’Afrique centrale. Depuis que les sirènes de la Renaissance africaine sonnent de façon stridente à ses oreilles, il n’a plus d’yeux que pour l’Afrique du Sud, par ailleurs anti-colonialiste et anti-impérialiste. C’est de son système politique d’ailleurs et de celui de la Guinée équatoriale qu’il s’est inspiré pour modifier la Constitution afin de demeurer président actif de son parti. Mécontent de la réticence de François Hollande à le recevoir à l’Elysée, il a boycotté le sommet de la Francophonie de Kinshasa préférant aller se prélasser auprès de son alter ego autocrate de la Guinée équatoriale. Après Obiang Nguema, il a séjourné auprès de Zuma avant de marquer un arrêt à Kinshasa consoler Kabila de l’humiliation de “l’impérialiste” et “ néo-colonialiste” Hollande. Il faut ici se rappeler utilement la teneur de son discours de clôture du dernier congrès de son parti. Adoptant la posture d’un vrai grand leader africaniste et anti-colonialiste, Déby s’est pris à rêver de piloter, en Afrique, un grand front anti-Occident, oubliant au passage ce qu’une telle ambition souverainiste a coûté à son prédécesseur Hissène Habré.

La revanche de Bongo

Mal lui en a pris. Déby a manifestement oublié qu’avant d’être sa colonie, la Centrafrique fut d’abord une possession française et que pour installer Bozizé au pouvoir en 2003, il n’a fait qu’une guerre par procuration. Hollande l’a, sur le sujet et pour reprendre une fable de la Fontaine, ramené à sa juste dimension de grenouille, ne pouvant jamais être aussi grosse que la vache. Hollande a ainsi privé Déby d’une médiation, à N’Djaména, entre Bozizé et la Séléka cette médiation que le Prince tchadien voulait comme “sacre” de son incontestable leadership en Afrique centrale. Libreville a été préférée à N’Djaména. Quelle belle revanche pour Ali Bongo dont Déby Itno a privé le pays d’un prestigieux poste à l’Union africaine! Sur injonction de Paris, le corps expéditionnaire envoyé à Bangui pour sauver le soldat Bozizé, s’est mué en force d’interposition, qui du reste n’a pu s’interposer pour empêcher la prise de Sibut. Il n’était pas question pour la France de laisser les “mercenaires” de Déby séjourner longtemps dans cette ancienne place-forte de l’armée française. Circulez! Toute honte bue et pour ne pas perdre sur toute la ligne et protéger ses arrières, Déby s’est résolu à demander des gages auprès des personnalités de l’opposition politique et militaire centrafricaine. D’où le défilé de Ziguélé et de Demafouth au Palais rose et le convoyage des éléments de la Séléka à Libreville. Rédorer un blason diplomatique terni Rappelons que la dernière visite de Déby à Paris a été un fiasco qui lui a fait perdre la tête au point de nier les évidences comme le décret de grâce des membres de l’Arche de Zoé qu’il a signé de sa propre main. Il n’a pas non plus obtenu que les Français l’aident à renouer avec les institutions de Bretton Woods. Son contentieux avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, à propos du prêt chinois d’environ 300 millions dollars US contracté en violation du Programme d’ajustement structurel, est trop lourd pour être passé en pertes et profits. Les sujets qui fâchent comme le dossier “Ibni”, Déby n’a pas voulu en discuter en présence de la délégation qui l’a accompagné à Paris, préférant l’aborder en tête- à-tête avec Hollande. Sa colère, à l’issue de cet entretien qui a duré à peine un quart d’heure, est la preuve que les échanges ont dû être orageux. Aujourd’hui, la crise malienne offre au président tchadien une planche de salut. Il l’a bien compris et a surpris plus d’un en donnant du “Hollande et de la France amis de l’Afrique” à propos de l’intervention de l’Armée française au nord Mali. Ses prédispositions à envoyer des troupes dans le bourbier malien, espérons-le, le remettront en selle diplomatique et contribueront à redorer un blason qui s’est beaucoup délavé.

La Rédaction

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