dimanche 4 décembre 2022

Grande interview : Conférence nationale souveraine de 1993, Abderaman Djasnabaille raconte son expérience

Faisant partie des figures tchadiennes qui ont pris part à la Conférence nationale souveraine de 1993, Abderaman Djasnabaille, dans une interview exclusive accordée à Tchadinfos, revient sur le déroulement de cette rencontre. Mais aussi, il fait la comparaison avec le dialogue national inclusif et souverain en cours de préparation.

Vous faites partie de ceux qui ont pris part aux assises de la Conférence nationale souveraine. Racontez-nous un peu le déroulement de cette conférence. 

La Conférence nationale souveraine s’est tenue au moment où les Tchadiens étaient éparpillés un peu partout dans le monde. Ce n’est pas comme maintenant où l’essentiel des Tchadiens sont ici. Nous qui étions à l’extérieur étions plus nombreux que ceux qui étaient au pays. La Conférence nationale souveraine a démarré sur les chapeaux des roues.

Il y avait beaucoup de problèmes parce qu’on n’avait pas préparé ça ensemble comme maintenant. Chacun est venu avec son agenda. Il a fallu 15 jours pour nous entendre sur ce qu’il faut faire à la conférence. Alors qu’elle était prévue pour un mois environ. Et après, il a fallu 15 jours encore pour adopter le principe de la souveraineté de la conférence.

Au bout d’un mois, nous sommes tombés d’accord sur le préambule que maintenant beaucoup de gens utilisent. A partir de ce moment, nous avons adopté le règlement intérieur. Nous avons listé les thèmes qu’il faut aborder. Dans la salle, on n’était pas moins de mille personnes, chacun à des idées différentes. Les gens sont venus de partout. C’était difficile, il nous a fallu trois mois pour finir.

Nous avons débattu de tous les thèmes. La forme de l’Etat nous a pris beaucoup de temps. L’arabe n’était pas officielle à l’époque, c’est pendant cette conférence qu’elle avait été retenue comme une langue officielle associée au français. Nous avons parlé également du processus électoral : la loi sur la charte des partis.

Aussi à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de médias, il y avait un seul organe. A partir de ce moment-là, nous avons élargi la loi sur les médias, pour qu’il y ait les multitudes des médias, c’est ça qui fait la démocratie.

Egalement nous avons dit, il faut un multipartisme intégral, et nous l’avons inséré dans la Constitution. Il faut une société civile riche, variée avec des jeunes, des femmes, des associations de défense des droits de l’homme. Nous avons aussi mis dans le préambule de la Constitution, le fait de résister à la dictature, pour éviter qu’on revienne à la dictature. Par la suite, nous avons élaboré la charte de la transition. Parce que ce n’était pas prévu avant.

C’était le ministre de l’Intérieur à l’époque, Djimasta Koïbla, qui présidait le comité d’organisation avec quelques personnalités. Quand nous sommes venus, nous avons mis un présidium issu même de la conférence et à la fin nous avions élu un parlement provisoire, qu’on appelait Conseil supérieur de la transition (CST). Et après on a élu un gouvernement dans la salle. Un Premier ministre dans la salle, moi-même j’étais candidat. Par la suite un gouvernement a été formé. Voilà comment ça s’est passé.

Tous les textes qui ont fondé la démocratie sont partis de cette conférence. Bien qu’après, il y a eu des restructurations et des remises en cause. Mais principalement c’était un débat très riche, souvent très houleux. Mais toujours, il y avait un consensus. Et lorsqu’il n’y a pas de consensus sur le problème des textes, on allait au vote à main levée. Et si c’est pour choisir des personnes, on allait au vote à bulletin secret. C’est comme ça qu’on a élu le Premier ministre et les membres du Conseil supérieur de la transition.

Et après on avait donné un délai de 18 mois,  de sorte que les gens vont élaborer la Constitution. Je fais partie de ceux qui ont élaboré la Constitution et tous les textes. Enfin, nous avons évolué vers les élections de 1996.

Voilà 29 ans après, les Tchadiens retournent à la table du dialogue. Pensez-vous que ça sera une solution ultime pour le Tchad ?

Je pense qu’il y a beaucoup d’espérance. Mais nous connaissons aussi par expérience, ce dialogue ne peut pas être le dernier. Chaque fois que vous réglez un problème, il y a toujours un autre qui apparaît. Mais tout le monde fonde l’espoir sur ce dialogue de façon à traiter les grands problèmes qui minent le Tchad, à évoluer d’une manière sereine. Surtout en tenant compte de nos différences, de ce que les gens attendent de ce dialogue. C’est important qu’on puisse se retrouver, beaucoup de jeunes comptent sur ça pour être impliqués réellement dans la vie active.

Mais d’une manière générale, tous les Tchadiens aspirent à la paix, à la réconciliation nationale et à la cohésion sociale. Tous ces thèmes seront débattus.  La question même de nos forces de défense et de sécurité, la question de vivre-ensemble et tous les problèmes de développement seront abordés. Ce ne sera pas sûrement la dernière rencontre des Tchadiens, mais au moins les grands problèmes seront traités, de façon à ce qu’au sortir de ce dialogue les Tchadiens aspirent à une vie meilleure.

Y a-t-il une similitude entre les préparatifs de la Conférence nationale souveraine et le Dialogue national inclusif ?

Je dirais qu’il y a des ressemblances et des dissemblances. Ressemblance c’est que les Tchadiens vont se retrouver ensemble pour réfléchir et trouver une solution. L’autre aspect, il y aura des thèmes à débattre. Mais au niveau de la préparation, il y a une dissemblance, parce qu’à l’époque, nous on est venu de partout, on s’est retrouvé dans la salle pour faire les choses. Aujourd’hui, il y a un comité d’organisation qu’on appelle le Codni (comité d’organisation du dialogue national inclusif) qui prépare l’essentiel en termes des propositions. Il y a eu des pré-dialogues dans les 23 provinces et dans la diaspora. A  l’époque il n’y avait pas ça. Donc les choses sont mieux préparées.

A partir de là, j’espère qu’on ne va pas faire trois mois. Ce sera plus court.  Et c’est là la différence entre les deux. On ne se connaissait pas trop à l’époque. Aujourd’hui des Tchadiens se connaissent. Qui est qui et qui peut faire quoi. Ils vivent la réalité, c’est ça la différence essentielle avec la conférence. Nous allons tirer les leçons du passé. Tous les textes ont été revus pour que les résolutions soient appliquées pour ceux qui vont être élus pour diriger le Tchad.

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