Éphéméride : il y a 45 ans, un coup d’État emportait Ngarta Tombalbaye

La journée du 13 avril 1975 a été fatale pour le premier président tchadien, l’un des pères de l’indépendance du Tchad, Ngarta Tombalbaye dont le pouvoir tombait en même temps que lui, tué dans un coup d’État. Quarante-cinq ans après, même si le Tchad n’a pas connu encore un tel drame, le pays continue, malgré les efforts de paix, de vivre les affres de la guerre. 

Après la naissance de la jeune République du Tchad proclamée le 28 novembre 1958 à l’issue du référendum organisé par la Métropole, la France, le Tchad devient indépendant le 11 août 1960. La gestion des affaires revient ainsi aux nationaux. Au plus haut sommet, Ngarta Tombalbaye alors Premier ministre devient le premier président de la jeune Nation. L’exercice de son pouvoir débute avec l’indépendance qu’il a proclamée à côté de l’émissaire de la France, André Malraux. Ngarta aura géré le pays, tant bien que mal durant quinze ans.

Coup D’Etat du General Felix Malloum. A l’intérieur d’une maison mise à sac, les hommes du général Felix MALLOUM. (Photo by Jean Tesseyre/Paris Match via Getty Images)

Mais son régime vacille et sera emporté par un coup d’État fomenté par des militaires qui étaient à son service et dont la majorité, lui-même avait élevé aux grandes de généraux. 

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ?

À l’époque, beaucoup des observateurs n’avaient pas vu venir un coup d’État en interne du régime du président Ngarta d’autant que les regards étaient tournés vers la rébellion du FROLINAT née en 1966 après la suppression des partis politiques en janvier 1962. L’instauration du parti unique a été, selon les témoins de l’époque, la première erreur du président, qui a, du coup, mis à l’écart beaucoup des acteurs qui voulaient, ou qui participaient déjà à l’animation de la vie politique. Les acteurs politiques sont « étouffés ». Aucune voix discordante.

Les opposants sont arrêtés et parfois humiliés en public. Les populations commencent aussi à rejeter un président dont elles avaient placé espoir.

Le génréal de Gaulle serre la main du président tchadien François Tombalbaye sur le perron de l’Elysée, à Paris, France, le 27 avril 1967. (Photo by KEYSTONE-FRANCE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Par ailleurs, pour bien s’assurer de sa protection, le président Ngarta créa en 1967 la Compagnie Tchadienne de Sécurité (CTS), une garde présidentielle prétorienne, une sorte d’armée dans l’armée, bien équipée et les membres très aisément traités que les autres militaires. Les militaires au sein de la CTS jouissent des privilèges avec un bon salaire régulier, un équipement à la hauteur de leur tâche et sont considérés avec tous les honneurs. De ce fait, Ngarta crée ainsi, la première frustration au sein de l’armée.

Dans les années 1970, les acteurs de l’époque affirment que, Ngarta était déjà de plus en plus isolé, malgré qu’il ait lancé une politique de réconciliation nationale en reconnaissant les erreurs du passé, il n’a pas pu redorer son blason. En outre, parmi les autres causes du coup d’État, l’on peut retenir la révolution culturelle commencée en 1973 avec la dissolution du PPT (parti progressiste tchadien), l’unique formation politique qui devient désormais le Mouvement National pour la Révolution Culturelle et Sociale (MNRCS).

Tchad, 29 janvier 1972, le président de la république française Georges POMPIDOU est en visite officielle dans cette république africaine dirigée par le président François TOMBALBAYE. Ici les 2 présidents voyagent debout dans une voiture à toit ouvrant, saluant la foule de part et d’autre de la chaussée. (Photo by Francois Pages/Paris Match via Getty Images)

Cette politique appelée l’authenticité a été très mal appliquée obligeant certaines personnes à changer leurs prénoms à consonance occidentale, et surtout, l’envoi de certaines personnes, contre leur gré, à l’initiation appelée communément « Yondo ». Des cadres sudistes, militaires ou civils sont envoyés au Yondo, parfois sans leur consentement. Ce qui a crée aussi des frustrations. Ngarta Tombalbaye se livrait aussi à des arrestations au sein de l’armée et même dans son propre cabinet. Le cas du commandant de la Gendarmerie, le colonel Djimet Mamari et son adjoint Kotiga Guérinan, du général Djogo, son chef de cabinet militaire, entre autres.

Ce cumul des erreurs, non exhaustives, a poussé un groupe des jeunes officiers parmi lesquels, Bendodjim, Galiam, Gouara Lassou, Badjé, Daoudingadé, Déring, Djimtoloum, Ngakoutou Golhor et Toguy a passé à l’acte. Le coup d’État devrait avoir lieu dans l’immédiat, mais ils ont retardé leur action pour sortir de la saison des pluies. En réalité, trois plans ont été établis : attaquer la cité en novembre, s’en prendre au cortège du président à son retour du Cameroun sur la route de l’aéroport ou encore coincer le président lors de la « fête du coton ». Finalement, au mois d’avril, les choses se mettent en place surtout que le groupe a été rejoint par d’autres officiers comme le cas du commandant Kamougué chef du troisième bureau des opérations militaires.

General Felix Malloum
Coup D’Etat du General Felix Malloum. Le général Felix MALLOUM, debout sur une tribune, devant un micro, en arrière plan son état-major en uniforme. (Photo by Jean Tesseyre/Paris Match via Getty Images)

L’organisation et la coordination étant faites, les putschistes lancent l’assaut très tôt dans la matinée du 13 avril 1975. Le premier coup de feu a été tiré aux environs de 5 heures du matin. Divisés en trois groupes, les militaires attaquèrent des positions stratégiques du régime, notamment, le camp de la CTS, la cité OCAM et le camp Koufra. Les fidèles du président Ngarta étaient ainsi pris en tenaille, malgré la résistance, ne pouvaient plus recevoir des renforts ni des munitions. Le coup n’aura duré que quelques heures parce que dès 10 heures, les militaires ont repris le contrôle de la capitale et passé leur message à la Radio Tchad.

Le général Odingar passe à la radio et annonce un message en ces termes « Compatriotes, Tchadiennes, Tchadiens. En cette heure décisive de la vie de notre patrie, nos forces armées ont pris leur responsabilité devant Dieu et devant la Nation. Je vous demande à tous de rester dans le calme et ne pas vous inquiéter de votre sort. Quant aux étrangers accueillis sur notre généreux sol, le Dieu de nos ancêtres garantira leur sécurité et leurs intérêts. Je demande aux forces françaises stationnées sur notre territoire de ne pas s’immiscer dans l’événement que connait actuellement la Nation tchadienne ».

General Felix Malloum
Coup D’Etat du General Felix Malloum. Portrait en extérieur du général Felix MALLOUM, en treillis et béret. (Photo by Jean Tesseyre/Paris Match via Getty Images)

Les militaires vont annoncer, toujours pendant la journée du 13 avril 1975, dans l’après-midi, que le président « Tombalbaye a succombé à ses blessures malgré les soins qui lui ont été prodigués pour le capturer vivant ». Ngarta a-t-il été blessé avant de succomber ou a-t-il été assassiné volontairement par les militaires ? Le mystère reste entier.

Dans tous les cas, après sa chute, les militaires mettent en place un nouveau régime sous l’appellation du Conseil Supérieur Militaire (CSM) avec à sa tête le général Félix Malloum comme chef d’État, qui dirigera le pays jusqu’en 1979, à l’éclatement de la guerre civile.

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