vendredi 2 décembre 2022

Edito : Réaction schizophrénique ?

Il ne se passe plus une semaine sans que l’actualité du Dialogue national inclusif ne soit contrebalancée par les images de fumées de gaz lacrymogène montantes aux abords du siège des Transformateurs. Ce diptyque est désormais ce qui symbolise l’ambiance politique tchadienne… ponctuées par des travaux du DNIS en pointillé et par le matraquage d’une opposition à ce dernier.

Depuis que ce Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) a débuté, il n’y a pas eu un seul week-end sans que l’on ne parle des Transformateurs et du traitement musclé dont ils font l’objet. Le gouvernement et les partis politiques qui gravitent autour du CMT ont beau minimiser ce « parti de la rue », ce « parti des réseaux sociaux » ou encore « ce parti des gens de périphéries » ; force est de constater qu’il occupe leurs pensées et use toutes leurs énergies.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, on en arrive à se poser la question de savoir si les militaires qui sont actuellement au pouvoir 1) réfléchissent aux conséquences de leurs actes, 2) maitrisent vraiment les hommes en arme qui sont à leur disposition et enfin 3) sont entourés par des stratèges politiques. Au vu de la succession de bavures constatées (heureusement sans mort d’homme), on serait tenté de croire que les tenants du pouvoir ne connaissent que le rapport de force. A croire qu’un homme comme Ali Abdérahman Haggar n’est conseiller du Président de la République que pour le symbole, pour attendrir le chaland qui se nourrit de belles paroles conciliatrices et que d’autres, moins lyriques, plus terre à terre et qui ne sont pas officiellement conseillers, sont les réels guides du CMT dans son objectif de pacifier le Tchad à travers un dialogue en souffrance depuis que les principales oppositions (politiques et rebelles) l’ont boudé.

Une fois de plus, cette approche duale dans la gestion des affaires courantes de la transition laisse dubitatif. Et mène à être questionneur sur les réelles capacités (et non plus sur les intentions) de Mahamat Idriss Déby et son entourage à mener à son terme et dans des conditions optimales de sécurité cette transition…qui coulait jusqu’à là des jours plutôt tranquilles.

Le chaud et le froid

D’un côté nous avons un dialogue. De l’autre nous avons les répressions. C’est souffler le chaud et le froid sans que personne ne comprenne les raisons de cette attitude. Le froid est évidemment la tenue de ces assises tant médiatisées. Il ressort des travaux de celui-ci que le niveau général des débats n’est pas à la hauteur des attentes en comparaison avec la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1993, surtout lorsque la volonté est de refonder l’Etat. Les premiers rapports des sous-commissions consultés ce lundi 12 septembre trahissent un manque de fond documentaire et un style rédactionnel à revoir… tant dans l’énumération des résolutions que dans l’argumentation avancée pour soutenir ces dernières. Ces documents désignés « Rapport » ne sont rien de plus qu’un survole sans aucune référence historique (ou à la limite des références basées sur nos mœurs séculaires), sans aucune source de loi et encore moins de références scientifiques/livresques qui leur pourvoiraient ce minimum de densité à laquelle on est en droit de s’attendre. A leur lecture on en oublierait presque que ce sont ces clauses qui sont susceptibles d’être soumises à nos concitoyens pour un referendum constitutionnel. Sans vouloir manquer de respect aux personnes qui sont à l’origine des pages parcourus, ce travail n’est même pas digne d’un projet que pourraient défendre des collégiens lors d’un exposé. Sommes-nous si pressés de plier ces assises qu’on en arrive à bâcler ces textes que l’on souhaite coucher sur notre future constitution ? Qui resteront pour la postérité ? Ou alors nous n’avons plus cette profondeur académique et cette rigueur scientifique qui nous obligent à être pointilleux, précis, référencés et intransigeant… à la virgule près ?

Le chaud c’est évidemment le traitement infligé au Transformateurs. En parallèle du DNIS, il y a ces actions musclées. Et tellement contre productives. Même si Les Transformateurs étaient tentés d’accepter la main tendue et d’abonder dans le sens des bonnes intentions initiées par Gali Ngoté Gatta lors de sa prise de fonction en tant que président des travaux du DNIS, ces cagades émanant des autorités doit les avoir échaudés.

Parler de schizophrénie n’est pas si éloignée que ça de la réalité que nous voyons devant nous. En tous cas pas si nous prenons ce vocable dans sa définition populaire. Celle-ci nous explique que le « schizo » est reconnaissable par son dédoublement. Loin de la pathologie telle que décrite dans son pan scientifique, le pouvoir souffle le chaud et le froid. Il est rassembleur en semaine et diviseur durant le week-end.

Cette situation a eu pour effet d’agréger les partenaires du Tchad (qui soutiennent ouvertement le DNIS) qui se sont fendus d’un communiqué commun ce dimanche 11 septembre. Cet annonce laconique (en guise d’avertissement ?) a tenu à rappeler au pouvoir que les libertés fondamentales doivent être respectées. Sans utiliser certains mots, ils lui demandent poliment de tenir ses sbires.

Chérif Adoudou Artine

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