dimanche 27 novembre 2022

Edito : doit-on se préparer à la guerre ?

A quelques jours du pré dialogue avec les politico-militaires, qui aura lieu à Doha au Qatar, un fait impromptu vient jeter le trouble sur la sincérité de certains d’entre ceux qui sont censés participer à ces consultations dont le but est de les amener à s’asseoir avec les autres Tchadiens autour d’une même table lors du Dialogue national inclusif, prévu pour mai prochain à N’Djaména. Le fait : un enregistrement vocal, qui circule sur les réseaux sociaux, et dont le contenu est repris par les médias internationaux. Il révèle un échange téléphonique entre le chef rebelle Timan Erdimi et un conseiller du président de la République centrafricaine, pays voisin du Tchad, désormais sous influence Russe aux dépens de la France. L’on apprend que le leader du groupe politico-militaire UFR cherche à avoir une conversation téléphonique avec Archange Touadera pour que ce dernier favorise un rapprochement entre son groupe et les Russes de Wagner afin d’orchestrer le renversement du Conseil militaire de transition (CMT).

Cet enregistrement qui, pour le moment, n’est ni confirmé, ni démenti par son auteur présumé, a fait sortir le gouvernement tchadien de ses gonds. Au micro de Rfi, son porte-parole a dénoncé, avec véhémence, un projet de « déstabilisation du Tchad » par celui qu’Abderamane Koulamallah a jugé « capable d’aller pactiser avec le diable pour venir semer le trouble dans le pays ». Et le ministre de la Communication de trancher : « L’on n’acceptera pas que cet homme qui projette de faire la guerre au moment où les gens veulent faire la paix puisse assister au pré dialogue ».  

Si cet élément sonore dont on ne connaît, pour l’instant, ni la provenance ni la date d’enregistrement est de nature à refroidir les relations entre N’Djaména et Bangui, la Présidence de la République centrafricaine a, lui aussi, réagi en publiant un communiqué, le 16 février 2022, pour démentir les qualités de ministre et proche conseiller du président Archange Touadera, attribuées [par les médias] à Aboulkassim Algoni Tidjani Anour, l’interlocuteur téléphonique de Timan Erdimi. Ensuite, Bangui, qui se dit respectueuse de ses obligations internationales et des relations de bon voisinage, a justifié « n’avoir jamais servi de base arrière ni de refuge aux leaders des groupes rebelles ou terroristes qui tenteraient de déstabiliser l’un des pays voisins ». A supposer que les autorités centrafricaines disent vrai et que Timan est tout seul à vouloir « déstabiliser » un pays qui vit déjà les moments les plus difficiles de son existence, des questions somme toute légitimes subsistent. On peut légitimement se demander : en cherchant à s’allier aux Russes, quelles sont les intentions [réelles] de Timan Erdimi ? Prendre le pouvoir [au CMT] pour le donner à un civil ou le garder ? Changer de puissance tutélaire comme en République centrafricaine et au Mali ? A quelles fins ? Perpétuer la rébellion armée, que lui et Cie considèrent, depuis des décennies, comme leur viager au détriment des Tchadiens ? Est-il le seul opposant armé à jouer des coudes pour s’appuyer sur une force étrangère afin d’arracher au fils ce qu’ils n’ont pas pu prendre au père ? Qu’une conversation aussi confidentielle autour d’un projet tant délicat que grave ait fuité à quelques semaines du pré dialogue avec les forces armées, ne serait-ce donc pas un stratagème ourdi pour hausser les enchères dans le dessein d’avoir plus de rôle à jouer pendant le Dialogue national inclusif et ou dans la suite de la transition ? Ou alors voudrait-il s’en exclure comme l’a si bien sous-entendu le porte-parole du gouvernement ? 

Dans tous les cas et quelles que soient les réponses données à ces questions, il n’est pas question pour le CMT, qui ne saurait non plus en tirer prétexte pour retarder le dialogue, de considérer le rêve de Timan Erdimi comme celui d’un rebelle seul ou esseulé. Non seulement il doit prendre les dispositions sécuritaires qui s’imposent pour éviter de laisser plonger le Tchad dans un énième vide, mais aussi, questionner la position du Qatar où se joue une partie importante de l’avenir du pays. En effet, Doha abrite en même temps Timan Erdimi, dont les projections notoirement machiavéliques donnent le tournis aux autorités tchadiennes, et les consultations entre le comité technique et les politico-militaires. Même si ces propos sont censés n’engager que son auteur et, en attendant que ce dernier ne dise publiquement et honnêtement s’il entend ou non venir s’asseoir avec les autres Tchadiens pour discuter franchement de l’avenir du Tchad, les autres groupes rebelles doivent davantage se montrer plus sincèrement déterminés à participer au prochain Dialogue national et, partant, à donner un nouvel espoir à leur pays. Ce beau pays qui, depuis Tombalbaye à Déby fils en passant par Déby père, continue de souffrir le martyre à cause du bellicisme de ses fils, prêts à le mettre à feu et à sang pour leurs intérêts personnels. Et ça, la majorité écrasante des Tchadiens, qui aspirent à jamais à une paix durable et sans conditions, l’ont compris.

La rédaction

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