Edito : 60e anniversaire, il n’y a rien à fêter

Edito : 60e anniversaire, il n’y a rien à fêter

Le 11 août 1960, le Tchad accédait à la souveraineté. Ce mardi, nous devrions fêter le soixantième anniversaire de ce jour historique qui, malheureusement, sera éclipsé par l’élévation solennelle du président Idriss Déby Itno à la dignité de Maréchal du Tchad.

Un anniversaire est une occasion pour faire de l’introspection, de l’examen personnel. Qu’avons-nous donc fait de nos 60 ans? Rien n’a changé! Economiquement, le Tchad, à l’instar des cinq autres pays de l’Afrique centrale, continue à croupir sous le franc CFA, la monnaie imposée par le colon, alors que l’Afrique de l’ouest a réussi à créer sa propre monnaie. Le tissu économique et industriel n’a guère évolué. Nous avons le pétrole depuis près de deux décennies, mais il n’a guère rien changé, sinon à appauvrir davantage la majorité et à enrichir une poignée d’individus. Nos dirigeants n’arrêtent pas de quémander pour le développement du pays, mais rien de sérieux n’est fait et nous nous pointons à la queue sur pratiquement tous les indicateurs de développement. Nous sommes criblés de dettes, des dettes que devront supporter nos enfants au cours des 60 prochaines années.

Nous tendons la sébile pour financer les élections, pour soigner des maladies même les plus bénignes, pour construire des écoles, des ponts et des routes, pour financer des campagnes agricoles qui n’arrivent jamais à assurer notre autosuffisance alimentaire. Pire, des millions de Tchadiens sont menacés chaque année par la faim et la malnutrition. Et ce sont les Américains qui viennent à leur secours avec des biscuits. Quelle honte!

Rien n’a changé! Sur le plan politique, l’histoire de notre pays a été faite de moult soubresauts. Les différents présidents qui sont succédé, par le bout du canon, ont brillé par un exercice autocratique du pouvoir, créant des rébellions interminables. La décentralisation peine à avancer, malgré la tenue des premières élections locales il y a près d’une décennie.

L’insécurité, la violence sociale sont partout. Des communautés se dressent les unes contre les autres, les éleveurs et agriculteurs n’arrêtent pas de s’entretuer. On est très loin de l’idéal de nation rêvée par nos pères fondateurs.

Le seul terrain où les Tchadiens peuvent être fiers reste militaire avec nos interventions contre les narcotrafiquants au Nord-Mali et les terroristes de Boko Haram. Mais là encore, il n’y a rien à être fiers fondamentalement car ces prouesses militaires ne sauraient cacher le soleil d’une armée dont la tête est composée des milliers de généraux et autres officiers supérieurs bien entretenus pendant que la soldatesque broie du noir.

Face à ce tableau sombre, il est temps de nous remettre en question, de rebâtir une réelle indépendance politique, économique, agricole, industrielle, énergétique, etc. Il faut rebâtir un nouveau Tchad où le népotisme, la corruption, le clientélisme et tous les autres maux sont bannis à jamais, un Tchad basé sur des valeurs telles que le travail, le mérite, la probité, etc.

Aujourd’hui, nous sommes plus dépendants qu’aux durs moments de la colonisation. Il n’y a donc rien à être fier de nos 60 ans, rien à fêter. Le président Déby l’a surement compris, lui qui a préféré mettre sa fête “maréchalesque” le 11 août pour masquer cet échec permanent depuis 60 ans.

Bonne fête au Maréchal!

La Rédaction.

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