Affaire Habré: fin de la première phase de l'instruction à N'Djamena

N’DJAMENA, 31 août (Xinhua) — Des juges des Chambres africaines extraordinaires de Dakar ont enquêté, pendant deux semaines dans la capitale tchadienne, sur les exactions imputées à l’ancien chef d’Etat tchadien Hissène Habré dont ils ont la charge de juger.

Vendredi, une équipe des juges sénégalais et tchadiens ayant à leur tête, Mbacké Fall, Procureur général près les Chambres africaines, a été autorisée à pénétrer dans les archives de l’ancienne Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique de l’époque. Les documents constitutifs de preuves ont été déplacés vers le Pool judiciaire, mis en place par le gouvernement tchadien, pour y être exploités par les magistrats.

“On veut disposer de toutes les données dans cette affaire”, a expliqué à Xinhua le Procureur général des chambres africaines. Ce travail marque la fin de la première visite d’enquête des juges.

Avant de disposer des données de la DDS, les six juges sénégalais (quatre titulaires et deux suppléants), ont passé une dizaine de jours dans les locaux du commissariat central de police de N’Djaména, à auditionner plus de 400 témoins et victimes du règne de Habré (entre 1982 et 1990).

Venues des différentes régions du Tchad, les victimes se sont organisées en groupes, comme l’a souhaité Mbacké Fall lors de sa première visite au Tchad en juin dernier. Ce qui a facilité les auditions.

“Dieu a exaucé nos prières. Nous avons attendu longtemps cette occasion pour dire le calvaire que Habré et ses sbires nous ont fait subir”, déclare M. Goua Ndol qui a vu son père, un ancien chef de village, brûler vif par les agents de la DDS en 1984. A l’instar des victimes du régime de Habré encore en vie, M. Goua Ndol attendent impatiemment le jugement de Habré et d’obtenir réparation.

Les juges africains n’ont été les seuls à écouter les témoins. Plus de 50 officiers de police judiciaire tchadiens et sénégalais ont été mis à la disposition de cette commission rogatoire.

“La plupart des victimes, qui ont préféré témoigner devant les officiers de police judiciaire sénégalais, ont exprimé une sentiment de satisfaction au sortir de l’entretien”, affirme Zakharia Fadoul Khitir, président de l’Association des victimes des crimes et répressions politiques au Tchad (AVCRP).

Après avoir auditionné les victimes et témoins de l’ère Habré, les juges africains se sont rendus à Ambing et Hamral-Goz ou “la plaine des morts”, deux localités situées au nord de N’Djaména et réputées avoir abrité des charniers. L’arrivée de la mission des Chambres africaines a coïncidé avec la découverte, début août, de nouveaux charniers à une quarantaine de kilomètres au nord-est de la capitale dans la région centrale du Guéra.

Les magistrats ont également visité les centres de détention au sein de N’Djaména, notamment la Brigade de sécurité et d’intervention rapide (BSIR) et la DDS avec sa tristement célèbre piscine fermée par une dalle en béton et qui servait de prison.

Le 3 septembre, les juges des Chambres africaines devront repartir à Dakar. Une autre équipe les remplacera pour le même travail jusqu’à l’instruction complète du dossier Habré, a indiqué le Procureur général, M. Mbacké Fall.

L’ancien chef de l’Etat tchadien, qui s’était réfugié à Dakar depuis sa chute, avait été inculpé début juillet 2013 de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et torture et aussitôt mis en détention.

Une “commission d’enquête sur les crimes et détournements” commis pendant les années Habré, créée par le gouvernement tchadien après sa chute, a estimé à plus de 40.000, dont 4.000 identifiées, le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées au cours de ses huit ans de présidence.

Outre Hissène Habré, cinq autres Tchadiens sont considérés comme des “suspects” et ont été cités dans les faits reprochés à l’ancien président: Guihini Koré, un neveu de Habré, Zakaria Berdeye, Abakar Torbo, Mahamat Djibrine et Saleh Younouss (les deux derniers ont été arrêtés et détenus à N’Djaména depuis plusieurs mois).

Ces cinq suspects importants seront extradés vers le Sénégal pour y être jugés, selon une source du Pool judiciaire tchadien. Les autres tortionnaires de Habré (une vingtaine détenus à N’Djaména) seront, dans le cadre de l’entraide judiciaire entre les Chambres africaines et la justice tchadienne, jugés à N’Djaména. Tout ce beau monde avait été également entendu par les juges venus de Dakar.

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