Opinion : Quand Ngana Djekila se prend pour garant des valeurs civiques

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OPINION – A Moundou, dans la province du Logone occidental, une journaliste de la télévision nationale a été arrêtée le 18 janvier. Sa faute : ne s’être pas levée au passage du secrétaire général de la province, Ngana Djekila.

« Amenez-là ! » Cette phrase du secrétaire général de la province du Logone occidental, Ngana Djekila, a très vite jeté la pierre chaude dans l’eau. Dans la matinée du 18 janvier, alors que la Société tchadienne d’eau se préparait à lancer une opération de bancarisation de ses recettes, une journaliste de la télévision nationale, Angal Toclock, a été arrêtée pour ne pas s’être levée à l’arrivée de Ngana Djekila.

Cette arrestation est la première du genre connue. C’est à la fois comique , mais surtout une honte pour l’image de l’administration tchadienne. Comment un secrétaire général obligerait un citoyen à se lever parce qu’il arrive ? D’autant qu’en occurence il s’agissait d’une journaliste qui bénéficie d’une neutralité dans l’exercice de métier ? Quels sont les textes de la République qui obligeront les individus à se lever aux passages des autorités ? Nous avons chercher. Et nous n’ en avons trouvé aucun !

C’est simplement par le bon sens, le bon gré de chacun, que l’on peut se tenir debout lorsqu’une autorité débarque. En effet, aucune loi tchadienne, encore moins aucun texte réglementaire, n’exige d’un citoyen de se tenir debout pour honorer l’arrivée d’une autorité, exception faite aux magistrats lors des audiences et procès au tribunal.

C’est plus qu’une bassesse

Autre absurdité : le secrétaire général s’est arrogé les compétences d’ordonner l’arrestation d’une citoyenne. Cela relève plutôt des attributions du procureur, habilité à délivrer un mandat d’arrêt. Ce qui s’est passé à Mondou n’est rien d’autre qu’un abus de pouvoir.

Faut-il rappeler que Ngana Djekila est allé jusqu’à proférer des injures à la journaliste ? C’est plus qu’une bassesse. Cette attitude est injustifiable. Il faut que cela cesse ! Il en est de même du jargon répandu dans les provinces : « Ici, c’est eux [responsables et autorités politiques] qui font la loi. »

Tous les Tchadiens naissent libres et donc, cette liberté ne peut être bafouée par qui que ce soit. Il appartient à chacun de respecter les symboles de l’État, mais il n’appartient pas à une autorité de violer les droits et libertés de chacun au nom de quoi que ce soit. Que les hautes autorités du pays prennent en compte ce comportement hors de la normale pour que le secrétaire général de la province du Logone Occidental arrête de se prendre pour un dieu.

En réalité, ce comportement est en déphasage avec la carrure de l’homme qu’il est : expérimenté, Ngana Djekila est à la tête de la province depuis plus de trois ans déjà et a servi en tant qu’administrateur pendant plusieurs années. Aujourd’hui, après le tollé suscité par son acte, il justifie sa décision par la nécessité de faire respecter le drapeau qui flotte sur son véhicule. Vraiment ?

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